‹ Le Pantcha-TantraChapitre 2 sur 114 · LES CINQ RUSES · texte numérisé non relu

LES CINQ RUSES

EXPOSITION

Dans la ville de Pattaly -Poura régnait le roi Souca-Daroucha. Amara-Satty était son premier ministre. Le roi avait de sa femme Chitrâ-Rebai trois fils , Vasou-Satty, Ougraha-Satty et Mourca- Satty.

Souca-Daroucha vivait en paix avec tous les princes ses voisins; il mettait son étude à régnée par la justice et la bonté ; et les momens de loisir que lui laissait le soin de son gouvernement, son fidèle mftaistre savait les mettre à profit en lui expliquant des maximes morales.

Voici les plus remarquables de ces maximes qu’il faisait servir à l’instruction du roi. »

« La plus belle qualité d’un roi est la pru-

(i) Stance ou maxime.

£ PANTCHA-TANTRA ,

dence; la plus belle qualité d’une femme, la modestie; la plus belle qualité d’un savant, un esprit fermé à l’envie; la plus belle qualité d’un maître, l’humanité; la plus belle qualité d’un Cheval , le courage qu’il déploie , lors même qu il est dangereusement blessé dans le combat. »

« Soyez soumis à vos parens. Tenez -vous éloigné de vos ennemis. Mdntrez-vous poli enver” les gens honnêtes. Vous ne pouvez avoir trop de réserve avec les méchans , trop de confiance avec vos amis, trop d’humilité avec votre gourou (i), trop de circonspection avec les femmes, trop de soumission si vous vivez dans un état de dépendance. »

Avec ces qualités, vous serez regardé par-tout comme un homme de bien.

ef/oca.

« On n’acquiert de la gloire que par des actions éclatantes, et on n’obtient la réputation d’homme vertueux que par un esprit enclin au

bien. »

(t) Ou directeur spirituel. Voyez Mœurs, Institutions et Cérémonies îles peuples de l'Inde , tome I er . , I' a K c

EXPOSITJpN.

* tSMM.

« Celui qui est élevé en dignité doit s’efforcer de plaire à tout le monde. Ûn homme vraiment courageux doit s’abstenir de toute parole de provocation. Une personne d’esprit doit se montrer condescendante envers tous. »

Celui qui fai^ paraître ces qualités aura partout la réputation d’un véritable vitou vansa (savant). * '

«S rfoca.

« La véritable vertu est modeste. Que le riche fesse de ses biens, un usage honorable. Un pénitent ne doit jamais donner entrée dans son cœur à des sentimens d’orgue il -ou à des mouvemens de colère. Dans Je tribunal de la justice, ne vous laissez jamais conduire par le respect humain ou par la préventiop. »

Une conduite conforme à ces maximes vous assurera l’estime générale.

/vz.

« Celui qui exerce l’empire doit, avant tout, être dirigé par le désir de faire le bien. Une profonde connaissance du monde, une surveillance active sur tout ce qui se passe autour de

6 • PAIfTC^A.-TAIlTRA ,

lui , une sage circonspection lui sont nécessaires. Il peut montrer de la colère lorsque les circonstances l’exigent; mais il ne doit jamais conserver de désir de vengeance. Lorsqu’il se trouve engagé dans le combat il faut qu’il renonce à l’amour de la vie , et qu’il s’avance avec courage sur l’ennemi. Se montrer généreux au milieu des richesses ; inspirer des sentimens de générosité à ceux qu’il gouverne; savoir discerner le naturel des hommes par leurs discours et par leur conduite : voilà encore une partie de ses devoirs. » *

Sans ces qualités, un prince ne sera pas digne du nom de roi.

Les vertus et les bonnes qualités enseignées dans ces maximes se trouvaient toutés réunies en un degré éminent dans la personne du roi Souca-Daroucha ; mais malheureusement ce bon prince avait pour «toute postérité trois fils qui ne faisaient paraître que les vices directement opposés aux vertus de leur père. Ils étaient indociles , opiniâtres, colères , prodigues ; leur stupidité les rendait l’objet du mépris public, et ils joignaient à tous ces vices les sentimens les plus bas et les manières les plus grossières; chacun évitait leur rencontre; il ne se passait pas de jour que le roi n’entendit des plaintes sur les

EXPOSITION. . 7

excès de ses trois fils. Les mauvaises compagnies, le jeu, la chasse, les lieux de débauche partageaient tout leur temps.

La suite naturelle d’une vie si dissipée était une ignorance profonde et une stupidité qui paraissaient les rendre incapables de recevoir aucune éducation.

Le roi leur père se sentait accablé de la plus vive douleur; il gémissait de la conduite irrégulière et du naturel incorrigible de ses trois fils, qui, loin de s’amender, allaient s’empirant de jour en jour. Plusieurs fois il appela auprès de lui son fidèle ministre pour lui confier ses chagrins ; il lui faisait Une longue énumération des vertus et des bonnes qualités que doit posséder un bon roi, ajoutant avec amertume qu’il ne découvrait dans ses fils que les vices tout contraires à ces vertus, omemens d’un bon prince , et que cette vue était pour lui le plus cruel des tourmens.

De quoi me sert-il, répétait-il souvent dans l’excès de sa douleur , d’avoir pour toute postérité des enfans aussi pervers ? Plut aux Dieux que ma femme fût restée à jamais stérile, plutôt que d’avoir donné le jour à des fils aussi indignes de leur haute destinée ! Nos anciens slocas ne disent-ils pas : '

.+ PANTCHA-TANTRA,

■{/tco.

« Plutôt que d’avoir des enfans qui n’ont ni esprit, ni beauté, ni bonnes qualités, il vaut mieux mourir sans postérité. »

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