‹ Le Pantcha-TantraChapitre 28 sur 114 · ET L’ÉCREVISSE · texte numérisé non relu

ET L’ÉCREVISSE

temps qu’ils n’avaient plus rien à craindre de lui , ils se fièrent à ses promesses et se livrèrent à ce perfide. Ce dernier tirait chaque jour un poisson de l’eau, commençant par les plus gros; il le mettait sur son dos , et le transportait sur le sommet d’un rocher aride, où il le dévorait à son aise.

Bientôt il eut dévoré tous les poissons de l’étang. Il y restait encore une écrevisse, qui, se doutant de la trahison de l’oiseau, résolut de le punir comme il le méritait : pour exécuter son dessein, elle le supplia de lui rendre aussi le même service qu’il avait rendu aux poissons.

Le pormoran ne se défiant de rien, met l’écrevisse sur son dos et la transporte sur le rocher. Arrivée là, cette dernière, n’apercevànt nulle part le réservoir d’eau, ne remarquant de tous côtés que des rochers arides, et voyant en même temps la place toute couverte d’arêtes de poissons , reconnut sans en pouvoir douter la perfidie du cormoran. Mais celui-ci n’attendit pas long -temps le châtiment qu’il avait mérité ; l’écrevisse le saisit par le cou avec ses bras et l’étrangla.

Après s’être ainsi vengée de ce méchant , elle se traîna peu-à-peu dans son ancienne demeure , où elle continua à vivre en paix commeauparavant.

8o LE CORBEAU, LE RENARD

Lorsque le renard eut fini son récit, voilà, dit-il à son ami le corbeau, comment on se défait par la ruse de ceux qu’on a intérêt de détruire. Cherchons maintenant, ajouta-t-il, à inventer quelque artifice pour détruire ton ennemi comme ce cormoran détruisit en premier tous les poissons, et comme il fut ensuite détruit lui-même par l’écrevisse.

Le renard n’eut pas plutôt fini de parler que le corbeau le conduisit au lieu de son domicile et lui montra la demeure de son dangereux voisin.

Sur ces entrefaites, le roi de ce pays étant allé à la chasse dans cette forêt, vint à passer par l’endroit qu’habitaient le corbeau et le serpent, et comme il était fatigué il voulut se reposer sous l’arbre sur lequel le premier avait construit son nid. Ayant auparavant quitté son collier d’or et quelques autres de ses principaux ornemens qu’il posa par terre, il se coucha à l’opibre de l’arbre et s’y endormit. Pendant qu’il était plongé dans le sommeil, le renard s’approcha et fit un signe au corbeau : celui-ci descendit sans bruit, et, parle conseil du renard, prit avec son bec le collier d’or du roi , et l’enfonça bien avant dans le trou où vivait le. serpent; après quoi ils se retirèrent tous les deux en silence. • • : ..

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