‹ Le Pantcha-TantraChapitre 30 sur 114 · J LE LION, LES ANIMAUX ET LE JACKAL · texte numérisé non relu

J LE LION, LES ANIMAUX ET LE JACKAL

après qu’un grand nombre d’autres animaux eurent été ainsi dévorés , vint le tour du jackal. Le jour qu’il devait être conduit auprès du lion pour lui servir de pâture , il convoqua une assemblée générale dés animaux, et leur exposa que le remède qu’ils avaient cru trouver à leurs • premiers malheurs, n’était qu’un palliatif, et qu’ils n’en finiraient pas moins par être tous dévorés en détail. Il ajouta que pour éviter la ruine générale qui les menaçait, il n’y avait pas d’autre moyen que d’inventer quelque artifice pour faire périr leur ennemi.

Les animaux , saisis d’étonnement à la proposition du jackal , et se regardant les uns les autres, lui demandèrent quels moyens il avait pour exécuter une entreprise si désespérée.

Je n’ai besoin pour cela du secours de personne, répondit le jackal, et je me charge moi seul d’en venir à bout. Apprenez de moi que ce qui ne peut s’exécuter par la force s’accomplit par la ruse :

l’oISEAU T1TTY, l’ÉLÉPHANT , ETC.

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Dans le désert Cammaca - Fanantra , vivait un oiseau titty (i). La place où il avait fixé sa demeure était fréquentée par un éléphant, qui ne manquait jamais de marcher sur son . nid et d’écraser ses œufs. Le titty lui»fit souvent d’humhles remontrances sur son manque de commisération; mais l’éléphant ne fit pas la moindre attention à ses plaintes, et continua de détruire sans pitié la petite famille que mettait au monde le pauvre oiseau.

Le titty, désespéré de se voir condamné par la cruauté de cet éléphant impitoyable à vivre sans postérité , résolut d’inventer quelque moyen pour perdre ce puissant ennemi : pour cela il s’adressa à un renard qui vivait dans son voisinage, auquel il raconta, en se lamentant, le sujet de sa douleur. Le renard , après avoir entendu son récit, lui dit de se consoler et de reprendre courage , lui promettant d’inventer

(i) Espèce de grosse alouette.

86 I.’oiSEAU TITTY, l’ÉLÉPHANT,

bientôt quelque artifice pour faire périr son ennemi.

Pour cette fin, il s’associa un corbeau, un taon et une grenouille, et ils allèrent tous ensemble à la recherche de l’éléphant. Après l’avoir cherché quelque temps, ils le rencontrèrent couché à l’ombre d’un gros arbre. Dès qu’ils l’aperçurent, le renard fit un signe au corbeau, qui alla se placer sur le front de l’éléphant, et de là lui donnait de grands coups de bec sur les yeux; tandis que le taon , entrant dans une de ses oreilles, lui causait des démangeaisons insupportables : l’éléphant ne pouvant se défaire de ces deux ennemis acharnés à le poursuivre , poussait des cris horribles , et courant furieux de côté et d’autre , cherchait quelque soulagement aux maux qu’il endurait. *

Sitr ces entrefaites , la grenouille sauta dans un puits cjui se trouva dans le voisinage, et se mit à coasser de toutes ses forces. L’éléphànt, entendant les coassemens de la grenouille , jugea qu’il devait y avoir de l’eau dans cet endroit. 11 y courut donc vite pour s’y plonger et se délivrer par ce moyen des deux ennemis qui lui faisaient endurer de si cruels tourmens. Arrivé au bord du puits, la douleur qu’il éprouvait

I,E LIOtT, LES ANIMAUX , ETC. 87

lui ôtant toute réflexion, il s’y jeta et mourut de sa chute.

Après avoir causé la ruine de ce puissant ennemi , le renard renvoya le titty à son' nid, et celui-ci y vécut long-temps dans une parfaite tranquillité; quant à lui, il rassembla sa famille et ses amis et ils trouvèrent tous de quoi se régaler abondamment plusieurs jours des dépouilles de l’éléphant.

Le jackal avait terminé son récit. S’adressant aux animaux rassemblés autour de lui : Suis-je donc, leur dit-il, moins que l’oiseau titty, et puisque celui-ci trouva les moyens de faire périr un éléphant, ne pourrai -je pas trouver aussi quelque ruse pour perdre le lion, notre ennemi commun? Après ces paroles, il renvoya tous les autres animaux, et s’achemiua seul vers l’antre du lion. v *

Chemin faisant, il passa près d’un puits, et ayant regardé au fond, il y vit son image représentée dans l’eau. Réfléchissant sur ce phénomène : Voici , dit-il , un excellent moyen pour tromper le lion et le perdre. Et après avoir bien dressé son plan pour exécuter ce dessein, il se présenta devant le lion d’un air triste, et lui dit : Je viens à toi pour te servir de pâture aujourd’hui, parce que c’est mon tour. Cependant,

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