‹ Le Pantcha-TantraChapitre 32 sur 114 · ÉT LE JACK A.L · texte numérisé non relu

ÉT LE JACK A.L

où se tient caché mon rival , afin que je l’immole sans délai à ma vengeance.

Le jackal conduisit le lion au bord du puits, lui dit de regarder au fond , et qu’il y verrait son ennemi.

Le lion , hérissant sa crinière et se battant les flancs avec sâ queue, s’approche en fureur du puits, regarde, et voit son image peinte dans le fond de l’eau ; il la prend pour un objet réel , et s’imaginant que ce qu’il aperçoit est en effet un autre lion, il pousse un rugissement horrible, çt se précipite dans le puits pour combattre ce prétendu rival. Aussitôt qu’il y fut tombé, le jackal appela à son secours les autres animaux ; ils firent rouler dans le puits de grosses pierres,et écrasèrent ce cruel ennemi de leurs espèces. Après s’être ainsi délivrés de ce terrible animal , ils vécurent tranquilles dans leur désert.

Je sais, ajouta Damanaca, que nous ne sommespas doués de la force ; mais nous avons en par-, tage l’esprit et la ruse , moyens infaillibles pour

venir à bout de nos desseins.

Carataca ne se rendait pas encore. Réfléchissons avant d’agir, dit-il à son tour, et rappelonsnous qu’il arrive souvent que les ruses que nous dirigeons contre les autres tournent à notre propre ruine comme je vais te le prouver.

LA PROSTITlIKf ,

fa prostituer, fumant et la iïlère.

Dans la ville de Rettna-Poury vivait une prostituée du nom de Harou-Sany. Un jeune homme riche et de belle figure ayant fait connaissance avec elle , ils conçurent l’un pour l’autre une passion mutuelle si vive , qu’ils ne se quittaient plus. Le jeune homme , dans la violence de sa passion , livra à sa maîtresse tout ce qu’il possédait d’argent et de joyaux. La mère d’Harou- Sany ne tarda pas à s’apercevoir que sa fille avait réussi à dépouiller son amant de toutes ses richesses et que ce dernier n’apportait plus rien à la maison. Elle fit des reproches à sa fille de ce qu’elle continuait à le recevoir, lui rap- 'pelant que le métier de prostituée était de faire des dupes, et de n’accorder ses faveurs qu’à ceux qui les payaient: Maintenant, disait-elle, que votre amant est réduit à la misère , il faut l’abandonner et vous en attacher quelque autre qui soit en état de vous apporter de nouvelles richesses. Souvenez-vous, ajouta-t-elle, de cette ancienne maxime :

l'amant et la mère. 9 c

à Les oiseaux jie se reposent pas sur les arbres où il n’y a plus de fruits. Les quadrupèdes quittent les forêts lorsque les arbres dépouillés de leurs feuilles ne leur fournissent plus d’ombre. Les insectes laissent les plantes qui n’ont plus de fleurs. Les sangsues sortent des sources lorsqu’elles tarissent. Un ministre quitte le service d’un roi obstiné. Les femmes abandonnent un homme devenu vieux et misérable. C’est ainsi que l’intérêt est le mobile de tous les êtres. »

Mais Harou-Sany ne faisait aucune attention aux remontrances de sa mère , et elle continuait toujours d’entretenir les mêmes liaisons avec son amant. La mère, alors, résolut de faire périr ce dernier ; n’osant pas cependant exécuter ouvertement son dessein , elle tenta de l’accomplir par la ruse : pour cela, elle se procura le poison le plus subtil qu’elle put trouver, et ayant construit un tube qui pût répondre à son projet , elle le remplit de ce poison réduit en poudre.

Lorsque tout fut préparé, elle choisit le temps où le jeune homme dont elle voulait causer la mort dormait d’un profond sommeil. Elle s’ap-

t)2 LA PROSTITUÉE , L’àMANT ET LA MÈRE.

proche sans bruit, et lui introduisant doucement un bout de ce tube dans l’anus, elle applique sa bouche sur l'autre bout pour lui souffler le poison dans le corps : pour le lancer avec plus de force elle prend sa respiration ; mais, dans ce moment, un vent subit s’échappe des entrailles du jeune homme , et sort avec tant d’impétuosité , qu’il renvoie dans l’estomac de la vieille tout le poison contenu dans le tube. Cette femme mourut sur la place , et se trouva punie par les moyens mêmes qu’elle avait inventés pour causer la ruine d’autrui.

Tu vois par cet exemple, ajouta Carataca en terminant son récit, que nos ruses tournent quelquefois contre nous-mêmes, et que là où nous voulons une chose , les Dieux et notre des-, tin en veulent une autre. '

Un autre exemple, continua-t-il, en confirmant cette vérité, t’apprendra en même temps que dans nos entreprises nous devons user de moyens proportionnés aux fins que nous voulons obtenir.

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