‹ Le Pantcha-TantraChapitre 33 sur 114 · LES MOINEAUX PLAIDEURS · texte numérisé non relu

LES MOINEAUX PLAIDEURS

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Un moineau avait construit son nid sur un

gros arbre. Après la saison des fruits, ce nid lui devenant inutile, il l’abandonna, et un autre moineau y vint établir son domicile. Le premier propriétaire, informé de cette circonstance, vint pour chasser l’intrus, et réclamer une propriété qu’il disait lui appartenir. Le moineau nouveau venu s’obstinait de son côté et ne voulait pas céder la place, disant qu’il s’yétait logé, parce qu’il l’avait trouvée abandonnée et qu’il était résolu à y rester. Comme ils ne pouvaient s’accorder ensemble, ils convoquèrent une assemblée générale de tous les oiseaux, et vinrent plaider leur cause devant eux. Les oiseaux réunis furent aussi surpris qu’indignés qu’on les eût tous rassemblés pour un sujet si futile. Ils engagèrent les plaideurs à vivre en paix ensemble, et leur dirent que leur domicile commun , la demeure qui leur apartenait à tous , c’étaient les arbres sur lesquels il se trouvait le plus de fruits, et ils ajoutèrent . que ce n’était pas la peine de faire tant de bruit pour un nid de moineau.

LE «or

Les deux plaideurs, peu satisfaits de la décision des arbitres, quittèrent l’assemblée, résolus de porter l’affaire devant le roi du pays. Ils prirent cette détermination imprudente malgré les représentations des autres oiseaux, qui cherchèrent à les en dissuader.

Cf liai ft lf djassmr.

Dans la ville de Santa-Poura , leur dirent les

autres oiseaux , vivait le roi Yîssarada-Raya. Ce prince, désirant devenir gros et gras, demanda à ses médecins par quels moyens il pourrait acquérir de l’embonpoint. Ces derniers lui répondirent que c’était suMxmtpar l’usage habituel de la viande. En conséquence le roi résolut d’en user, et ayant fait venir les meilleurs chasseurs de son pays, il

animal , afin qu’il pût se nourrir de sa chair. Les chasseurs obéiront à ses ordres , et ne manquèrent pas de lui fournir chaque jour la quantité de gibier nécessaire à sa consommation.

Un jour cependant, la pluie ne cessant de tomber par torrens , les chasseurs ne purent aller à leurs excursions ordinaires de chasse; un seul

KT r.E CHASSEUR.

toutefois, malgré le mauvais temps, essaya de parcourir une partie de la forêt où le gibier abondait davantage. Mais quelque peine qu’il se donnât, quelque fatigue qu’il prît, il ne put rien rencontrer.

Comme il retournait chez lui, il rencontra au pied d’un arbre un rayon de miel, qu’il cueillit et qu’il apporta au roi, lui disant que c’était tout ce qu’il avait pu se procurer ce jour-là. Le roi reçut ce rayon de miel avec plaisir, et durant le temps qu’il le mangeait, un petit morceau étant tombé par terre , une mouche vola dessus. Un de ces petits lézards qu’on voit courir sur les murailles des maisons, vit cette mouche se reposer sur ce brin de miel, et courut sur elle pour la dévorer. Une mangouste, que le roi élevait, et qui était alors sur ses genoux, n’eut pas plutôt aperçu le petit lézard, qu’elle sauta sur lui pour le saisir et en faire sa proie. Dès que le chien du chasseur qui avait apporté le rayon de miel vit la mangouste par terre, il se jeta sur elle pour la mordre ; et le roi ne vit pas plutôt sa mangouste en danger, qu’il saisit un gros bâton et en frappa rudement le chien. Le chasseur, à son tour, mécontent de voir maltraiter ainsi son chien , voulut prendre parti pour sa pauvre bête, et demanda au roi d’un ton d’assez mau-

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vaise humeur pourquoi il battait son chien, ajoutant que c’était cet animal qui le faisait vivre, et qu’il aimerait mieux être battu luimême que (le voir battre son chien.

Le roi, irrité de la remontrance du chasseur, «ordonna à ses gens de le saisir, de le lier et de le punir pour son insolence. Dans le temps qu’on le fustigeait sévèrement , les autres chasseurs, qui se trouvaient rassemblés en grand nombre dans la ville royale et les environs, apprirent le cruel châtiment du chasseur ; tous ressentirent l’injure faite à un de leurs compagnons et s’attroupèrent en tumulte ; ils levèrent l’étendart de la révolte, pillèrent et s’accagèrent totalement la ville.

Que cet exemple, ajoutèrent les oiseaux en s’adressant aux deux moineaux qui les avaient choisis pour juges, vous apprenne à quels dangers on s’expose souvent pour de légers sujets.

Cependant les plaideurs ne tinrent aucun compte des sages avis des arbitres, et persistèrent dans la résolution d’aller faire décider leur querelle au tribunal du roi : pour justifier cette démarche téméraire, ils citaient cette ancienne maxime:

«Comme la fierté est la plus belle qualité d’un éléphant; la lune, le plus bel ornement de la nuit ; le soleil , le plus bel ornement du jour ; la modestie, la plus belle qualité d’une femme; la vivacité, la plus belle qualité d’un cheval ; la douceur dans les paroles, le plus bel ornement du discours; des enfans vertueux, le plus bel ornement des familles : de même la justice est la plus belle qualité des rois. »

Voilà pourquoi, ajoutèrent-ils, nous voulons aller auprès du roi pour faire juger notre procès à son tribunal. En même temps ils se mirent en route et se présentèrent devant le prince, à qui ils expliquèrent le sujet dé leur différent, le suppliant de décider leur querelle.

Le xoi, après avoir entendu le rapport dé ces deux moineaux , se mit à rire ; et ne pouvant concevoir comment deux misérables oiseaux avaient eu l’audace de venir de si loin le troubler pour un^sujet si ridicule, il les renvoya en les invitant à s’arranger entre eux. Mais les moineaux persistèrent à lui demander justice.

Le prince , étonné de leur obstination , leur dit qu’il ne connaissait. pas assez bien leurs lois et leurs usages pour terminer leur différent, et

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