LA COLOMBE, LE COB BEA U
avait si heureusement commencé , et de continuer des leçons si pleines d’intérêt.
Vichnou-Sarma , de son côté, charmé des dispositions de ses élèves , et satisfait de voir que le plan qu’il avait formé pour leur instruction eût si bien réussi jusque-là, poursuivit son entreprise avec zèle , et leur raconta de nouveaux apologues.
Ca Colomb? , U Corbeau , le Hat, la tëajeUe , et la tortue.
Écoutez, jeunes princes, ce que je vais vous raconter (dit Vichnou-Sarma à ses trois pupilles rassemblés autour de lui ) : Dans les diverses circonstances de la vie , nous devons nous prêter mutuellement secours. C’est en s’aidant réciproquement que les faibles évitent le danger auquel les exposent souvent les attaques des forts, comme vous l’apprendra l’apologue suivant :
Une colombe , nommée Tchitrany, avait établi son domicile sur le sommet de la montagne
Canaca-Tchalaparvata. Là , elle vivait en paix avec toute sa parenté. Au pied de la même montagne, demeurait aussi uii corbeau. Un jour que
LE RAT, LA GAZELLE, ETC. 1 3g
Véga-Varma (c’était le nom de ce dernier), parcourait la campagne pour chercher sa subsistance, il aperçut un oiseleur qui avait tendu ses réseaux sur la route. Saisi de frayeur à la vue du danger qui le menaçait, il rebroussa aussitôt chemin, et revint au lieu de son domicile.
La colombe Tchitrany, accompagnée de sa famille, vint aussi à passer par le même endroit; mais, n’étant pas assez sur leurs gardes, elles donnèrent toutes dans les filets de l’oiseleur et se trouvèrent prises.
Dans cette triste captivité, que faire? comment éviter une mort certaine? Aucun moyen de salut, nul espoir de délivrance : elles allaient être la proie de l’oiseleur. Déjà celui-ci accourait, il allait les saisir, quand tout-à-coup, inspirées par le danger, elles prennent toutes à-la-fois leur essor et s’envolent, enlevant dans les airs le filet qui les retenait.
Cet expédient leur réussit , et l’oiseleur, qui se croyait déjà maître de toutes ces colombes, ne fut pas peu surpris lorsqu’il les vit prendre leur vol et disparaître avec ses filets.
Les colombes parvinrent sans autre accident an lieu de leur demeure, enveloppées dans les réseaux où elles s’étaient trouvées prises.
Le corbeau Véga-Varma les voyant venir dans
l4o LA COLOMBK , LE CORBEAU,
cet équipage, se rendit en hâte auprès d’elles. Dès que la colombe Tchitrany l’aperçut, elle lui raconta l’accident qui leur était survenu , et le supplia de les aider à se débarrasser du fdet dans lequel elles se trouvaient prisonnières. Le corbeau lui répondit qu’il n’était pas en son pouvoir d’opérer leur délivrance; mais il leur indiqua un rat nommé Yranniah-Varma, qui vivait dans le voisinage, et qui pouvait leur rendre service. Tchitrany invoqua aussitôt ce rat et l’appela à son secours. A sa voix, ce dernier accourut sans délai , et lorsqu’il vit la captivité de Tchitrany et de ses compagnes , son premier soin fut de leur adresser de vifs reproches sur leur imprudence et leur étourderie, qui les avaient ainsi jetées dans ces réseaux. Tchitrany chercha à s’excuser, et cita cette maxime >
« Aucun être , quelque sage qu’il soit , et quelques précautions qu’il prenne , ne saurait échapper à sa destinée. »
Le rat, touché de compassion pour ces pauvres colombes , appela un grand nombre de ses compagnons, et tous se mettant à ronger les noeuds du filet, ils eurent en peu de temps remis eu liberté Tchitrany et ses compagnes.