‹ Le Pantcha-TantraChapitre 51 sur 114 · FIN DU SECOND TANTRA · texte numérisé non relu

FIN DU SECOND TANTRA

TROISIEME TANTRA.

Cfô Éjibou* rt 1rs Corbraur.

Un hibou nommé Vîmarda , chef de sa race , avait établi sa demeure dans les fentes des rochers ‘de la montagne Pafiahtra-Parvata , où il vivait tranquille avec les siens. Il avait choisi pour ses assistans ou ministres trois animaux de son espèce, Dakchakcha, Droudrakcha et Kroudakcha.

Le chef de la race des corbeaux , appelé Y ayassa- Varma, avait, de son côté, fixé son habitation avec les siens au milieu d’un arbre touffu , d’un immense volume , situé au pied d’une autre montagne, à quelque distance de celle où vivaient les hiboux. U avait pour ministres trois corbeaux, Pratipty, Santipty et Stirandjivy. Réunis sous la domination de ce chef, les corbeaux, passaient leurs jours dans la paix et la tranquillité.

Cependant le chef des hiboux s’avisa de concevoir des pensées d’orgueil et des projets de domination. Il s’imagina qu’il n’existait dans

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le monde aucun être qui l’égalât en force et en puissance. Dans cette idée, il appelle ses trois ministres , leur fait un pompeux étalage de sa prétendue gloire , leur déclare qu’il a formé le dessein de se faire élire roi, et leur ordonne de faire tous les préparatifs nécessaires pour cette importante cérémonie. Ses ministres ne jugèrent pas à propos de le contredire, au contraire tous parurent approuver ses projets.

Le chef des corbeaux ne tarda pas à être informé du dessein de son voisin le hibou, et comprit sur-le-champ tous les dangers qui le menaçaient si ce dernier parvenait à la royauté. Rempli de trouble et de crainte , il appelle ses -trois ministres, leur communique les projets du hibou , l’ennemi irréconciliable de leur race, et leur fait part en même temps de la consternation dans laquelle le jette la crainte d’un pareil événement : Si le hibou , notre ennemi déclaré, disait-il, parvient une fois à la dignité royale, c’en est fait de notre espèce : dans peu de temps il nous fera tous exterminer. Au milieu du trouble que cette fâcheuse nouvelle a répandu dans mon esprit, je vous ai appelés, continua-t-il, pour savoir si vous pourriez découvrir quelque moyen de détourner le danger qui nous menace tous. . »

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Dès que les corbeaux connurent les alarmes de leur chef et les motifs qui les faisaient naître, ils parurent d’abord tous partager les sentimens dont il se sentait agité. Le ministre Pratipty prit la parole le premier et donna son avis en le motivant sur cette maxime : . .

. • 6/2oca.

« Les faibles doivent toujours éviter les disputes avec les forts , et s’ils pe peuvent se soustraire autrement aux attaques des puissans , ils doivent, ou se soumettre à leur volonté , ou leur abandonner le terrain. »

Comment donc nous autres, espèce faible, pourrions -nous concevoir la pensée de traverser les projets du hibou , bien plus puissant que nous? .

A l’avis de Pratipty le ministre Santipty joignit aussi le sien , en citant d’abord cette sentence :

a Lorsqu’on prévoit qu’on ne pourra réussir . dans une affaire, il ne faut pas l’entreprendre. », -

11 l’appuya d’autres réflexions morales : Ceux qui sont revêtus du pouvoir, dit-il, et élevés en dignité , doivent être attentifs à certaines règles

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de conduite; ils ne doivent pas se fier trop aveuglément à ceux qui sont plus forts qu’eux. S’ils ont à craindre les attaques de quelque ennemi plus puissant qu’eux, qu’ils cherchent à s’en garantir en contractant alliance avec quelque autre plus puissant encore que celui dont ils redoutent le pouvoir. Quand les faibles se trouvent engagés dans des querelles avec les forts, ils doivent tâcher d’engager les autres dans leur parti , afin de pouvoir, par leur secours, triompher de leurs ennemis.

Mais nous, continua-t-il, qui dans le danger qui nous menace sommes évidemment les plus faibles, et qui n’avons aucun secours, aucun appui à attendre d’ailleurs, le parti le plus sûr que nous ayons à prendre, est d’éviter la rencontre du hibou et de fuir loin de sa présence.

Lorsque Santipty eut ainsi exposé son avis, Stirandjivy , le troisième ministre , prit la parole à son tour : Ce n’est pas d’aujourd’hui, dit-il, que la haine qui subsiste entre la race des hiboux et celle des corbeaux a commencé. Cette aversion mutuelle a existé de tout temps , et nous devons nous attendre qu’à mesure que nos ennemis croîtront en puissance, leur haine contre nous croîtra en égale proportion. Pour mettre un terme à ces dangers toujours renais-

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sans, je ne vois d’autre moyen que de chercher quelque ruse pour faire périr à-la-fois et celui qui aspire à la royauté et toute sa race. Ce ne sera qu’après nous être totalement défaits de ces ennemis acharnés à nous poursuivre, que nous pourrons espérer de vivre tranquilles. 3e me charge moi-même de cette entreprise périlleuse , et j’espère que ma destinée me favorisera assez pour me conduire au but que je me propose. • • . .

Le discours de Stirandjivy excita l’admiration du corbeau, qui donna de grands éloges au courage et au dévouement de son ministre. En même temps il lui fit des présens considérables et l’exhorta à persévérer dans son projet, promettafit dé le combler de ses faveurs lorsqu’il l’aurait exécuté.

Stirandjivy voulut aussitôt travailler à l’exécution du plan qu’il avait formé pour exterminer tout d’un coup la race des hiboux avant qu’ils eussent eu le temps de se choisir un roi. Dans ce dessein, il se rend au lieu de leur demeure ,. et se présentant d’un air humble , il demande à parler au premier ministre. Celui-ci l’interrogea sur sa condition et sur les affaires qui l’amenaient en ces lieux. Stirandjivy répondit qu’il était un des ministres du chef de la race

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des corbeaux, qu'il s'était attaché depuis lougtemps à son service, mais que, las d’obéir à un maître aussi vil et aussi méprisable, il avait renoncé pour toujours à une condition où il s’était vu abreuvé de dégoûts; qu’il venait auprès de lui pour le supplier de s’intéresser en sa faveur auprès du chef des hiboux , et de lui procurer un service quelconque auprès de sa personne, promettant, de son côté, de se conduire de manière à mériter sa confiance.

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Le hibou, surpris d’un langage si extraordinaire de la part d’un ennemi de son espèce, voulut, avant d’ajouter foi à ses paroles, examiner de plus près ses dispositions. Il commença par lui répondre de manière à le rebuter de son dessein : Notre chef hibou, lui dit-il, est* d’une condition très-basse et d’un caractère encore plus vil ; et je connais trop ses habitudes pour te conseiller jamais de prendre parti au service d’un maître aussi méprisable. Rappelle-toi cette ancienne maxime :

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«Ainsi qu’un homme de bien ne doit pas entretenir des liaisons avec la femme d’un autre; ainsi que des bananes tendres ne doivent pas se

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rencontrer sons le tranchant d’un couteau; ainsi que les perroquets ne doivent pas reposer sur les arbres où il n’y a pas de fruits : de même aussi .les savans et les gens d’honneur doivent éviter la présence d’un roi d’un caractère vil. »

Crois*moi , continua le hibou , la condition dans laquelle tu désires entrer ne convient nullement à un caractère comme le tien. Je te conseille donc de te retirer. Est-il besoin que je te cite encore bette .autre sentence?

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« Plutôt que de servir un roi auprès duquel . ' il faut toujours être en alerte, ou un autre qui ne fait pas de la vérjité la base de sa conduite et qui manque à sa parole quand il lui plaît, il vaut mieux habiter les déserts èt y vivre exposé à tous les dangers. »

Je, te le répète donc, renonce à ton projet; car notre chef est d’un naturel si fourbe, que tu ne peux t’attendre qu’à des malheurs si tu entres à son service. Mais écoute un exemple qui mieux que tous mes raisonnemens te fèra sentir l’utilité des avis que je te donné et les dangers que l’on court en se fiant à des fourbes ou à

des hypocrites.

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