ET LE CHAT
ma demeure actuelle , et à m’y livrer au plaisir dans la société de ma compagne.
L’autre lapin persista dans son dessein , soutenant que la saison où ils se trouvaient était la seule de l’année favorable pour les voyages ; il insistait pour que son ami l’accompagrçât ainsi qu’ils en étaient convenus auparavant. D’ailleurs il ne voulait pas le laisser seul auprès de sa femélle, de crainte qu’il ne l’allât voir en son absence. Il justifiait ses inquiétudes à ce sujet par cette ancienne maxime :
« [Trois choses détruisent les amitiés les mieux cimentées;, savoir * importuner sans cesse ses amis, prêter de l’argent sur gages, et fréquenter la femme de son ami lorsqu’il est absent. »
Leur dispute finit par devenir sérieuse; ils résolurent tous les deux d’aller trouver des arbitres pour leur soumettre la question et leur faire décider quelle saison était la plus propre aux voyages. , ' . •
Comme ils parcouraient le pays pour cher- .»-> cher des arbitres, ils vinrent à passer par la ville Canta-V aty-Parvdta. Près de l’endroit où ils s’arrêtèrent vivait un chat fameux par ses ruses et
LÏS deux lapins
par ses vols. Un jour, ce chat étant entré à la dérobée dans la maison d’un berger, y découvrit un pot de terre rempli de lait caillé, dans lequel il mit la tête et mangea tout ce qui y était contenu. Mais comme l’orifice du pot était étroit, il ne put se dégager et le vase resta suspendu à son cou. Sur ces entrefaites, le maître de la maison entra , et le chat , épouvanté par le bruit, prit aussitôt la fuite et se retira dans un temple voisin, ayant toujours la tête dans le pot. 11 se plaça dans un coin du temple, où il restait immobile et vivait dans les plus vives alarmes.
Dans cet intervalle, les deux lapins plaideurs vinrent à ce même temple, et ne furent pas peu surpris d’y trouver ce chat avec la tète dans un pot; ils le considérèrent quelque temps avec méfiance et n’osaient s’approcher de lui. Cependant, lorsqu’ils virent qu’il restait toujours immobile à là même place, ils s’imaginèrent qu’il avait embrassé l’état de sanniassy, et qu’il avait introduit sa tête exprès dans le pot suspendu à son cou, afin d’augmenter par là la rigueur de sa pénitence.
Dans cette persuasion, les deux lapins s’approchèrent de lui et désirèrent le prendre pour arbitre de leur différent, s’imaginant ne