ET LE RENARD. I
lion son ministre, et lui dit qu’on lui avait enseigné un remède assuré pour arrêter les progrès de sa maladie ; que ce remède était de dévorer le cœur et les oreilles d’un âne : il ordonna donc au lion son ministre de se procurer par quelque moyen que ce fut, un de ces animaux, et de le lui amener, afin qu’il pût se repaître de ces parties de son corps, et guérir, par ce moyen aisé, de la maladie dangereuse qui le consumait depuis si long-temps.
Le ministre répondit au roi son maître que ses désirs seraient satisfaits, et lui promit de lui amener dans peu de temps un âne mort ou en vie : pour se le procurer, il se rendit sans délai au village le plus proche du lieu de leur demeure, où il eut bientôt découvert un âne appartenant an blanchisseur de l’endroit, et qui paissait tranquillement dans les champs voisins; setant approché de lui, il lui déclara qu’il n’était pas venu dans l’intention de lui nuire, mais qu’au contraire il n’avait d’autre désir que de vivre en bonne intelligence et de lier amitié avec lui.
L’âne se défia, au commencement, de cette déclaration et se tint sur ses gardes. Voyant ce- • pendant que le lion ne manifestait aucune mauvaise disposition à son égard, il se familiarisa peu-
aoo l’ane, le lion
à-peu avec lui , et finit par le regarder comme un ami sincère.
Le lion , s’apercevant qu’il avait gagné la confiance de l’âne', crut qu’il était temps de pratiquer la ruse qu’il avait inventée pour le perdre.
* Dans cette intention, il s’adressa à lui en cés termes : Pourquoi, seigneur âne! lui dit -il, mènes-tu ici une vie si abjecte et si méprisable? Le maître que tu sers t’accable de travaux pénibles , et oubliant ensuite les services que tu lui rends , il ne cesse de te maltraiter, ne t’accorde presque pas de relâche, et ne te dom|t qu’autant de nourriture qu’il en faut pour t’empêcher de mourir de faim. L’amitié que je te porte me fait considérer avec la plus vive douleur la, vie dure et misérable que tu mènes ici, et m’engage en même temps à chercher à améliorer ta condition : si tu veux doncÿ je t’introduirai auprès du roi lion que je sers, je te ferai contracter amitié avec lui et je te placerai sous sa protection. Protégé et aimé par un maître si puissant, tu pourras vivre heureux auprès de lui, et tu te verras respecté de tout le monde. Crois-moi donc, laisse-là les paquets de linge sale et de guenilles. puantes dont te chargé, les jours, le blanchisseur ton maître. Fuis de ces lieux où tu vis dans un mépris universel.