LE BRAHME, SA. FEMME
dues et perdues; le sot a fait écrouler en un ins- . tant tout l’édifice de ses vains projets Lorsqu’il vit toutes ses espérances s évanouir plus vite encore qu’elles n’avaient été formées, il se contenta de gémir en secret sur son imprévoyance, et retourna chez lui couvert de honte.
Que ce trait de folie, ajouta la femme de Déva-Sarma en finissant son récit, t’apprenne donc qu’avant de bâtir de vains projets sur un avenir incertain , il faut penser au besoin du présent , et ne pas se charger d’avance d’un fardeau qu’on n’est peut-être pas destiné à porter.
Déva-Sarma, désabusé, résolut de mettre à profit la morale enseignée par sa femme, et reconnut qu’en effet il ne nous arrive dans ce monde que ce qu’il plaît au destin d’ordonner.
Cependant la femme du brahme atteignit le terme de sa grossesse, et le temps de son accouchement arriva : elle mit au monde un beau garçon , qui naquit sous une constellation trèsheureuse, et tous les augures furent favorables à l’enfant. La mère passa les dix jours de souillure de ses couches comme il est prescrit aux personnes de sa condition (i). Le onzième jour,
(i) L’accoucliement d’uue femme, dans l’Inde, la rend impure durant di* jours; pendant lesquels elle ne peut avoir
ET SA MANGOUSTE
qui était celui de sa purification , elle sortit de la maison pour aller faire dans la rivière voisine les ablutions qui devaient la rendre pure. En sortant , elle recommanda à son mari de veiller sur l’enfant, et de prendre garde qu’il ne lui survînt aucun accident durant son absence.
Quelque temps après qu’elle fut sortie , Déva- Sarma apprit que le roi de la ville Virassa-Raya avait rassemblé tous les brahmes des environs pour leur distribuer des aumônes: il voulut aussi y avoir part , et se rendit , pour cet effet , au palais du roi.
Ce brahme élevait dans sa maison une mangouste à laquelle sa femme et lui étaient fort attachés; ils en prenaient le plus grand soin, et ne la nourrissaient que de beurre et de lait. Comme Déva-Sarma n’avait personne à la maison à qui il pût recommander le soin de l’enfant, en partant, il en confia la garde à sa mangouste, lui ordonna d’avoir constamment l’œil sur lui , et de bien prendre garde qu’il ne lui survînt rien de fâcheux durant son absence, ajoutant
communication avec personne, ni toucher à aucun des meubles de sa maison; te onzième jour, elle se purifie par le bain et plusieurs autres cérémonies.