‹ Le Pantcha-TantraChapitre 71 sur 114 · LE BRAHME, SA. FEMME · texte numérisé non relu

LE BRAHME, SA. FEMME

qu’elle répondrait sur sa vie, des accidens qui pourraient arriver à l’enfant.

Après avoir fait ces recommandations à sa mangouste, il courut vite au palais du roi, et aussitôt qu’il eût reçu sa portion des aumônes que ce dernier distribua à tous les brahmes présens, il reprit le chemin de sa maison, où il se rendit à la hâte , dans la crainte qu’il n’arrivât quelque malheur à l’enfant qu’il avait laissé à la garde peu sûre d’un animal aussi faible qu’une mangouste. Mais durant son absence, la vie de son fils avait couru le plus grand danger.

Depuis long- temps un gros seqænt avait, sans être aperçu, établi sa demeure dans un trou de la muraille de la maison du brahme. Profitant du temps oû personne n’étant au logis, il y régnait un profond silence, il était sorti de son trou , et rampant de côté et d’autre dans l’appartement, il s’était approché peu-à-peu du berceau où dormait l’enfant. Déjà il se dressait pour s’élancer sur lui et le dévorer; mais la mangouste, qui veillait à côté du berceau, ne l’eut pas plutôt aperçu , qu’entrant en fureur, elle se jeta sur lui, le saisit à la gorge et l’étouffa. Après avoir tué le serpent, la mangouste le mit en pièces, et fière de sa victoire, elle se replaça à côté du berceau, où elle continua de veiller sur l’enfant,

ET SA MANGOUSTE

attendant avec impatience le retour de ses maîtres pour leur faire part de cette aventure, et leur apprendre les dangers dont elle avait délivré cet enfant chéri.

Sur ces entrefaites, le brahme arriva au logis. Son premier soin fut t}c se rendre à 1 appartement où il avait laissé son enfant, pour savoir s’il ne lui était survenu aucun accident durant son absence.

La mangouste entendit son maître revenir; elle sort aussitôt, et vient au-devant de lui; elle lui montrait la joie la plus vive , et témoignait son allégresse , en se roulant sur ses pieds et en se livrant à d’autres démonstrations sem-^ blables.

Elle était encore toute couverte du sang qui s’était répandu sur elle dans le combat qu’elle avait soutenu contre le serpent. Le brame , à la vue de ce sang, s’imagine que la mangouste a tué son enfant , et que ce sang est celui de ce fils chéri qu’elle a dévoré : troublé par cette idée , et sans autre examen , il saisit un gros pilon qu’il trouve sous sa main , et assomme à l’instant même la pauvre mangouste.

Mais quels furent sa douleur et son désespoir, lorsque, étant entré dans l’appartement, il y trouva son enfant dormant d’un sommeil doux

216 lk drahhe, sa femme, etc.

et tranquille, et qu’il aperçut autour du berceau les lambeaux du serpent monstrueux que sa mangouste venait de déchirer. 11 vit alors, mais trop tard, les funestes effets de sa précipitation , et reconnut qu’il était redevable de la vie de son enfant à la mangouste qu’il venait d’assommer.

Pendant qu’il gémissait sur le crime qu’il venait de commettre, sa femme revint de la rivière . où elle était allée se purifier de ses souillures. En entrant dans la maison , elle aperçoit la mangouste étendue sans vie à la porte, et voit de l’autre côté son mari , dont toute la contenance exprimait une profonde douleur; saisie d’effroi , elle demande, en tremblant, quel malheur il est survenu; et son mari lui raconte, non sans interrompre son récit par de fréqueus soupirs, la faute énorme dont il a eu le malheur de se rendre coupable, en tuant sans réflexion la fidèle mangouste qui avait conservé la vie à leur enfant,

La femme du brahme se sentit pénétrée de la plus vive douleur en entendant le récit de son mari ; elle l’accabla de reproches : Malheureux ! lui dit-elle, le crime que tu as commis est audessus du brammathiah même ( meurtre d’un brahme) , et ne saurait jamais être expié. A-t-on

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