‹ Le panthéon canadien, (choix de biographie.) Dans lequel on a introduit les hommes les plus célèbres des autres colonies britanniquesChapitre 12 sur 26 · LE HÉROS CANADIEN · texte numérisé non relu

LE HÉROS CANADIEN

La muse qui parfois m'inspire Une épigrarnme, une chanson, D'Horace me prêtant la lyre, M'ordonne de hausser le ton, Pour chanter dignement la gloire Du héros qui, dans notre histoire, S'est fait un immortel renom.

Quel est ce guerrier magnanime Qu'on remarque entre six héros, Que l'amour de la gloire anime, Et porte aux exploits les plus beaux !

Iberville, nom que j'honore, Qui mérites de vivre encore, Inspire moi des chants nouveaux.

Honneur de la chevalerie, Cherchant la gloire et le danger, Il court partout où la patrie Succombe aux coups de l'étranger.

Les forêts, l'élément liquide, Le pôle, la zone torride Ne le sauraient décourager.

Du chevalier suivons les traces Dans les tristes climats du. Nord.

Régions de neiges et de glaces, Lugubre image de la mort :

Tantôt marinier intrépide, Tantôt fantassin homicide, Tout succombe sous se» effort*.

Souvent, dans son abord rapide Chez les ennemis de son roi, Son nom, comme celui d'Alcyde, Porte la terreur et l'effroi :

Et dans leurs paniques alarmes, Se troublant, jetant bas les armes, Ils se mettent sous sa loi.

De son roi le vœu pacifique L'éloignant du sein des combats.

Pour le bien de la république, Il paraît en d'autres climals :

Se transportant de plage en plage, Notre héros devient un sage Et fonde de nouveaux états.

Ce grand homme comblé de gloire, Iberville, était Canadien ; Mais pour honorer sa mémoire, Son pays encore n'a fait rien :

De ses bienfaits reconnaissants, Ailleurs une ville naissante A pris son nom et le retient.

BATAILLE DE MONONGHAHLA.

Sur la Mononghala régnent des défilés Bordés d'antiques pins et de pics mutilés, Dans le fond du vallon l'herbe épaisse et pressée Flottait au gré du vent comme l'onde agitée.

C'est là que De Beaitjeu, chef habile et pn#ent, Attend des ennemis le flot envahissant.

L'acier muet brillait, au travers des feuillages 5 Soudain un bruit lointain troubla ces lieux sauvages. Les voilà ! c'est Braddock et douze cents soldats, Ses plus braves guerriers accourent sur ses pas. Chez les Canadiens règne un profond silence, Beaujeu n'a pas besoin d'exciter leur vaillance, Ils savent sans chef même, et combattre et mourir» On lisait sur leurs front» l'espoir de conquérir. Bientôt des- ennemis résonnent les trompettes- ;

Les rayons du soleil frappaient leurs bayonettes.

Us marchaient plein d orgueil, et de leurs étendards,

L'ombre, en se prolongeant, couvrait leurs fiers regards

Ils marchent, — mais soudain, ainsi que dans l'orage

L'éclair étincelant traverse le nuage,

Brille un feu qui, partout, sur eux vomit la mort.

Sur les cris des mourans s'élève un cri plus fort,

Vive le Roi trois fois de montagne en montagne,

Ce cri canadien roula dans la campagne.

Tel on vient de l'entendre aux rives des Détroits

Terrible aux ennemis encore comme autrefois,

Comme le flot brisé sur la roche plaintive,

Retombe avec fracas en blanchissant la rive,

Les ennemis rompus et saisis de frayeur,

Reculent un moment sous ce feu destructeur.

Mais la voix de leurs chefs à la fin les rallie,

Le combat recommence avec plus de furie.

Les cris des combattans s'élèvent jusqu'aux cieux,

Les boulets rugissans s'élancent furieux.

Le ciel était couvert de torrents de fumée

Sillonnés avec bruit par la foudre enflammée.

Tout-à-coup De Beaujeu par le feu est atteint ;

Une balle invisible a tranché son destin.

Il chancelle et puis tombe avec bruit sur l'arène.

La mort, la mort planait en tous lieux sur la plaine.

Le brave Washington combattant en soldat,

Avec quelques guerriers balance le combat.

Les fils du Saint Laurent répandent le carnage ;

L'intrépide Dumas anime leur courage.

La carabine au poing, dans sa bouillante ardeur,

De Chambly, comme lui, combat avec valeur.

A la têtç^des siens il plonge en la mêlée ;

La hache des combats à sa voix est levée.

Leurs tranchants meurtriers en cercle fendant l'air,

S'élevaient, retombaient aussi prompts que l'éclair.

La mort suivait leurs coups — quand rendant son épée

D'une main défaillante et qu'un fer a frappée,

Devant Chambly s'arrête un guerrier d'Albion,

Pâle et le sang partout ruisselant sur son front,

Un air noble, mais doux, animait sa figure ;

Jeune, ses traits sont beaux, sa blonde chevelure

En boucles tombait sur son habit doré

Que la poudre a noirci, la hache déchiré.

Querrier, dit-il, reçois ces armes

Que mon bras mutilé ne peut plus soutenir,

A ses décrets le ciel me force d'obéir.

Et l'on vit dans ses yeux paraître quelque larmes.

Avec peine son cœur se soumettait au sort,

Qui semblait lui ravir la gloire de la mort.

Brave guerrier, lui dit Chambly, ton courage

Méritait un sort plus heureux ;

Mais aux combats la fortune est volage,

Nous saurons respecter un soldat valeureux.

Il dit, quand près de la passe un Indien farouche ;

Ces mots, ces mots affreux s'exhalèrent de sa bouche,

Guerriers ! point de quartier, partout mort aux anglais !

De sa hache le sang coulait à flots épais

Audessus de son front longtems il la cadence ;

Et sur le prisonnier avec un cri la lance.

Pour détourner le coup Chambly lève son bras ;

Dans le flanc de Chambly la hache meurtrière

S'enfonce en mugissant ; le guerrier en tombant

Exhale avec son âme un sourd mugissement.

Cependant le combat s'éloigne dans la plaine,

Les morts et les mourrans jonchent partout l'aréne,

Mais l'aspect de la mort et l'agite et l'anime,

Le fer l'atteint enfin. Ses soldats effrayés

Dans leur confusion sont partout foudroyés.

Ils fuyaient — leur terreur dans la fuite s'augmente,

Ils vont semer au loin la mort et l'épouvante.

Braddock enfin lui-même est obligé de fuir ;

Mais honteux il arrête, il veut aussi mourrir,

Son cœur altier ne peut survivre à sa défaite.

II vit en expirant sa déroute complète,

Et dans ce jour sanglant les fils du Canada

Elever leur drapeaux sur la Monongahla.

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