ODE DES GRANDS CHEFS
Faut-il qu'ils soient perdus, un jour, Ces noms fameux dans notre histoire î Doivent-ils à notre mémoire
Echapper sans retour, Les noms de ces enfans de la simple nature ! Sans rehausser le ton, enfler nos chalumeaux,
Evoquons des tombeaux Ces hommes illustrés sans l'art ni la culture*
Je vois plus d'un brave Crillon ; Sans lettres, vainqueur dans l'arène ; Plus d'un foudroyant Démosthène, D'un fleuri Cieéron, Chez ces peuples par nous mal appelés sauvages i Je vois, chez eux, briller des vertus, des talents.
Des hommes éloquents, Des négociateurs, des héros, des sages.
Je laisse des puissants Incas Et de l'illustre Montezume L'éloge à plus habile plume,
Et de Pokakontas Je tairai la grandeur, les vertus magnanimes, Le cœur compatissant, la générosité :
D'un renom mérité Chez le Canadien seul je remplirai mes rimes.
Qui mérita, par l'amitié
Qu'il porte aux enfans de la France,
Mainte fuis leur reconnaissance ?
Ce fut Garakonthié :
Amateur de la paix„quoiqu'habre à la guerre, Entre les siens et nous grand négociateur,
Et Pacificateur, Que de fois il nous fut utile et nécessaire !
Salut, ô mortel distingué
!Par la droiture et la franchise,
Dont la candeur fut la devise ;
Honneur à'Onnontagué :
Ce que j'estime en toi, c'est bien moins l'éloquence, L'art de négocier, que la sincérité,
Que la véracité, Et des mœurs, chez les tiens, l'admirable décence.
Qui mérite d'être admiré
Par un cœur tendre, une âme pure ;
Par tous les dons de la nature !
C'est Ouréhouaré. ; Qui, se donnant aux siens coin me exemple et modèle, Oubliant Denonville et le fatal tillac,
Devient de Frontenac, L'admirateur, l'ami, le compagnon fidèle.
Avec les Canadiens, parfuis, Avec les enfans de la France, S'il porta I'épée ou la lance, Contre les Jroquois, Ne le croyons point lâche et traître à sa patrie ; Non, Ouréhouaré chérit sa nation,
Même avec passion ; Mais il la voudrait voir hors de sa barbarie.
C'est lui, qui devenu chrétien, / Et près de son heure dernière, Attentif, entendant un Père, Qui, pieux, l'entretient.
De Jésus par les Juifs meurtris sur le Calvaire Dans un dévot transport hautement s'écria :
Eh ! que n'étais-je là t Ah ! je les eusse bieu empêchés de le faire.
Qui connaît si bien les moyens, Le jeu de la diplomatie ? * Qui si prudemment négocie ?
C'est Teganùsorens, Qui, trois fois, des Cantons ambassadeur illustre Dans l'art de rétablir ou préserver la paix,
L'Emule du Français, A, trois fois, des Cantons fait accroître le lustre.
Le prenant sur un plus haut ton, D'une humeur plus fiére et plus brusque, L'homme qui jamais ne s'embusque, C'est Ganihêgatom :
Dans son discours jamais il ne feint ni ne flatte C'est lui qui ne craint pas de dire, à Montréal
A notre général, Je préfère à Québec et Boston et Manhatte.
Entre ces guerriers, quel est donc Ce chef à la mâle figure A la haute et noble stature î Ali ! c'est Kondiaronhy Ce guerrier valeureux, ce rusé politique, Ou, pour dire le mot, ce grand homme d'état,
Cet illustre Yendat, Presque digne du chant de la muse héroïque.
De quel < sprit est-il doué Quand, deux fois, pnr sa politique, Et par son adroite rubrique L'Iroquois est joué !
Quand, pour le mot plaisant, la fine repartie, Laissant loin en arrière et Voiture et Balzac,
Le seul De Frontenac Peut avec lui lutter à pareille partie ?
Qui prit Michillimakinac,
Fit tomber Corlar dans le piège,
JMit devant le Détroit le siège ;î
C'est le grand Ponthiac , Ce chef parmi les chefs, ce nouvel Alexandre, Qui, des mains d'un rival recevant sa boisson,
Dédaignant le soupçon, Contre l'avis des siens aussitôt l'ôse prendre ?
Mais Ponthiac, homme d'état, Autant que guerrier magnanime, Dans le grand dessein qui l'anime, Veut-être potentat.
Il le fût devenu, si sagement faciles, Yendats, Miamis, Outaouais, Cristineaux,
Sous les mêmes drapeaux, Eussent pu se montrer à ces ordres dociles.
Par nul Orateur éclipsé, Egal aux plus grands dans la guerre, Du plus transcendant caractère se montre Tecumse Lui ! non, le soleil seul se peut dire mon père, Dit-il, en rejetant le fauteuil d'Harrison,
Et sur le vert gazon, Il s'assied, se disant suc le sein de sa mère.
Si sa main cueille le laurier ; Au camp, sur le champ de bataille, Son œil, du bravache, sans faille, Distingue le guerrier :
Il connaît Pà-propos de l'ordre et de la marche, L'art du commandement ; c'est lui qui dit encor Par reproche à Proctor :
Quand Brock disait : Marchons, tu dis rudement, Marche.
Donnant à son courroux Pessor, Pour éviter une défaite, Il faut, dis-tu, faire retraite, Répond-il à Proctor :
Comme tu l'as prévu, notre sang, sans le vôtre, Ne se répandra point pour défendre ces forts :
Tous tes Anglais sont morts, Si leur sang ne se mêle, en combattant, au nôtre*
Pourtant, revenu du propos Que le dépit lui mit eu tête, Il consent à faire retraite ;
Puis, combat en héros, Et meurt, quand devant lui tout recule et tout plie. Des tribus, pur la mort de ce chef des guerriers,
8e fanent les lauriers, Mon chalumeau se brise, et ma tâche est remplie.