LE DE LA POTHERIE
M. le comte de Frontenae a gouverné l'espace de vingt ans. Il était l'amour et les délices de la Nouvelle-France, la terreur des Iroquois, et le père des nations sauvages alliées des Français. Il déclara la guerre à la Nouvelle-Angleterre de la part du Roi en 1689. Il soutint le siège de Québec en" 1690, contre toutes les forces des Anglais. Corlar, petite ville de la Nouvelle-York fut emportée d'emblée par ses ordres, dans laquelle on épargna une quarantaine d'Iroquois. Cette nation ne reconnut point ce bienfait. Elle se joignit dans la suite aux Anglais ; mais il leur fit connaître que les ayant voulu considérer comme ses amis, il pouvait, quand il voudrait leur faire ressentir la force de ses armes. En effet le fort des Agniers, une des cinq nations iroquoises, fut pris d'assaut en 1693, dans lequel on prit 300 de leurs guerriers. Jl alla en 1694-, attaquer en personne, à l'âge de 74» ans, les Onnontagués qui sont de la même nation, où il porta le fer et le feu, et quelque résolus qu'ils fussent de se défendre jusque à la mort ayant envoyé tous leurs vieillards et leurs femmes dans la profondeur des bois, ils furent contraints d'abandonner leur fort plutôt que de hasarder une défense incertaine : leurs campagnes de blé d'inde furent brûlées, ce qui leur causa une grande famine. Les Onneyouths eurent en même temps un pareil sort. Il les
obligea de le reconnaître pour leur père dans toutes lea ' ambassades où ils sont venus lui demander la paix ; mais dans le temps qu'il allait la conclure, il mourut. La nouvelle de sa mort se répandit aussitôt chez eux.
Il fut sincèrement regretté. Tout ce que je peux en dire est que la Nouvelle-France a fait en lui une très grande perte. On recounut quelques jours avant sa mort où l'on estime les choses quand elles sont prêtes à finir, et où l'un commence à les mieux voir lorsqu'on va les perdre, combien le Canada avait d'amour et de tendresse pour lui. Ce n'était que larmes : on n'entendait de toutes parts que des louanges que l'on donnait à sa vertu et à ses belles actions ; de sorte qu'il pouvait déjà jouir de sa réputation et de sa gloire, et goûter comme par avance les favorables jugemens qu'on devait faire de lui après sa mort : l'état ecclésiastique l'honorait pour sa piété, et la noblesse l'estimait pour sa valeur ; le marchand le respectait pour son équité, et le peuple l'aimait pour sa bonté.