BOUCHER
Pour le spirituel, l'on ne peut rien désirer de plus. Noos avons un évèque dont le zèle et la vertu sont au-delà de ce que j'en puis dire ; il est tout à tous ; il se fait pauvre pour enrichir les pauvres et ressemble aux évêques de la primitive église. Il est assisté de plusieurs prêtres séculiers, gens de grande vertu, car il n'en peut souffrir d'autres.
EOESIES NATIONALES.
La muse qui parfois m'inspiie TJne Épigmmme, une chanson, D'Horace me prêtant la lyie, M'ordonaei de hausser le ton, Pour chanter dignement la gloire Du héros qui, dans notre histoire, S'est fait un immortel renom.
Quel est ce guerrier magnanime Qti'on remarijue entre six héros, Que l'amour de la gloire anime, £t porte aux exploits les plus heaux '.
Iberville, nom que j'honore, Qui mérites de vivre encore, Inspire moi des chants nouveaux.
Honneur de la chevalerie, Cherchant la gloire et le danger, 11 court partout où la patrie Succombe aux coups de l'étranger.
Les forêts, l'élément liquide, Le pôle, ia zone torride Ne le sauraient décourager.
Du chevalier suivons les traces Dans les tristes cliiiiat'i du Nord.
Bëgions de neiges et do glaces, Lugubre image de la mort :
Tantôt marinier intrépide.
Tantôt fautassin homicide.
Tout succombe sous se!> efiin\A.
Souvent, dans son abord rapide Chez les ennemis de son roi.
Son nom, comme celui d'Alcyde, Porte la terreur et l'effroi :
Et dans leurs paniques alarmes.
Se troublant, jetant bas \fi% arme».
Ils se mettent sous sa loi.
De son roi le vœu pacifique L'éloignant du sein des combâ^ts,.
Pour le bien de la république.
Il parait en d'autres climat» : Se transportant de plage en plage.
Notre héros devient un sage Et fonde de nouveaux états.
Ce grand homme comblé de gloire, Iberville, était Canadien ; Mais pour honorer sa mémoire, Son pays encore n'a feit rien :
De ses bienfaits reconnaissants> Ailleurs une ville naissante A pris son nom et le retient.
BATAILLE DE MONONGHAHLA.
Sur la Mononghala régnent des défilés- Bordés d'antiques pins et de pics mutilés, Dans le fond du vallon l'herbe épaisse et pressée Flottait au gré du vent comme l'onde agitée.
C'est là que De Beaujeu, chef habile et pnÉlent, Attend des ennemis le fiot envahissant.
L'acier muet brillait, au travers des feuillages ; Soudain un bruit lointain troubla ces lieux sauvages, Les voilà ! c'est Braddock et douze cents soldats, Ses plus braves guerriers accourent sur ses pas. Chez les Canadiens règne un profond silence, Beaujeu n'a pas besoin d'exciter leur vaillance. Ils savent sans chef mêrrre, et combattre et mourir^ On lisait sur leurs front» l'espoir de conquérir. BientU des- ennemie i^êsooneiit le» trompette»^ ^
Les rayons d« soleil fra|ip:iient leurs bayon'îttea,
Us marchaient pleiu d urgiieil, et de leot» étendards.
L'ombre, ea se prolongeant, couvrait ietirs fiers regards
Ils marchent, — mais soudain, ainai que dans l'orage
L'éclair élincela,nt traverse le nuage,
Brille nn feu qui, partout, sur eux vomit la mort.
Sur les cris des moiiratis s'élève im cri plus fort,
Vive le iloi trois fois de montagne en moutagne.
Ce cri canadien roula dans la campagne.
Tel on vient de l'entendre aux rives des Détroits
Terrible aux ennemis encore comme autrefois,
Comme le âot brisé sur la ruche plaintive,
Ketombe avec fracas en blancliissaot la rive,
Les ennemis rompus et saisis de fm/eur,
Reculent un moment sous ce feu destructeur.
Mais la voix de leurs chefs à. la &a les rallie.
Le combat recommence avec plus de furie.
Les cris des combattans s'élèvent Jusqu'aux cienx.
Les boulets rugissans s'élancent furieux.
Le ciel était couvert de torrents de fumée
Sillonnés avec bruit par la fLiudre enflammée.
Toiit-à-coup De Beanjeu par le feu est atteint ;
Une balle invisible a tranché son destin.
n chancelle et puis tombe avec brnit sur l'arène.
La mort, la mort planait en tous lieux sur la plaine.
Le brave Washington combattant eu soldat,
Avec quelques guerriers balance le combat.
Les fils du Saint Laurent répandent le carange j
L'intrépide Dumas anime leur courage.
La carabine au poing, dans sa bouillante ardeur,
De Chambly, comme lui, combat avec valeur.
A la tétées siens il plonge en la mêlée ;
La hache des combats à sa voix est levée.
Leurs tranchants meurtriers en cercle fendant l'air,
S'élevaient, retombaient aussi prompts que l'éclair.
La mort suivait leurs coups — quand rendant son èpée
D'une main défaillante et qu'un fer a frappée.
Devant Chambly s'arrête ua guerrier d'Albion,
P&le et le sang partout ruisselant sur son front,
Va air noble, mais doux, animait sa figure ;
Jeune, ses traits sont beaux, sa blonde chevelure
Cn boucles tombait sur sou habit doré
Que la poudre a noirci, la hache déchiré.
Querrier, dit-il, reçois ces armes
Que mon bras mutilé ne peut plus soutenir,
A ses décrets le ciel me force d'obéir.
Et Ton vit dans ses yeux paraître quelque larmes.
Avec peine son cœur se soumettait au sort,
Qui semblait lui ravir la gloire de la mort.
Brave guerrier, lui dit Chambly, ton courage
Méritait un sort plus heureux ;
Mais aux combats la fortune est volage,
Nous saurons respecter un soldat valeureux.
Il dit, quand près de la passe un Indien farouche ;
Ces mots, ces mots affreux s'exhalèrent de sa bouche^
Guerriers ! point de quartier, partout mort aux anglais!
De sa hache le sang coulait à flots épais ,
Audessus de son front longtems il la cadence 5
Et sur le prisonnier avec un cri la lance.
Pour détourner le coup Chambly lève son bras ;
Dans le flanc de Chambly la hache meurtrière
S'enfonce en mugissant ; le guerrier en tombant
Exhale avec son âme un sourd mugissement.
Cependant le combat s'éloigne dans la plaine.
Les morts et les mourrans jonchent partout l'arène.
Mais l'aspect de la mort et l'agite et l'anime,
Le fer l'atteint enfin. Ses soldats effrayés
Dans leur confusion sont partout foudroyés.
Ils fuyaient — leur terreur dans la fuite s'augmente.
Ils vont semer au loin la mort et l'épouvante.
Braddock enfin lui-même est obligé de fuir ;
Mais honteux il arrête, il veut aussi mourrir.
Son cœur altier ne peut survivre à sa défaite.
Il vit en expirant sa déroute complète.
Et dans ce jour sanglant les fils du Canada
Elever leur drapeaux sur la Monongahla.