XTRAIT DE LA RELATION DE 1636 PAR LE P. LEJELNB
Le TÎngt-ciDquième Décembre, jour de ta naissance de i, notre Sauveur en terre, Monsieur Je Chninplain, noire gouverneur, prit une nouvelle naissance aueieI,duinoina nous pouvoDS dire 411e sa mort a élé remplie de bénédictions. Je crois que Dieu lui a fait cette faveur en considération des biens qu'il a procurés à la Nouvelle-France, oii TOUS espérons qu'un jour Dieu sera aimé et servi de nos Français, et connu et odoré de nos Sauvages. Il est vrai qu'il avait vécii' dans une grande justice et équi- 'é, dans une fidélilé parfaite envers son Roi et envers Messieurs de !a Conîpagnie ; mais à. là mort, il perfectionna ses vertus aVec dés'sentimens de piété si grands, qu'il nous étonna tous. Que ses yeux jettérent de larmes ! que ses affections pour le service de, Dieu s'échauffèrent ! quel amour n"avait-i] pour .'es familles d'ici ! Il ne fut pas surpris dans les comptes qu'il devait rendre ^ Dieu ; il avait préparé de longue-main une confession générale de toute sa vie qu'il fit avec une grande douleur au P. LaUemanf, qu'il honornit de son amitié. Le Père le secourut en toute sa maladie, qui fut de deux mois et demi, ne l'abandonnant point jusquo à la mort. Ou lui fit En convoi fort honorable, tant de la part du peuple, que des soldats, des capilainés et des gens d'église ; le Père Lallemant y officia, et on me charge*» de l'oraison funèbre où je ne manquai point de sujet. Ceux qu'il a laissés après lui ont occasion de se louer que s'il est mort hoVs de la France, son nom n'en sera pas moins glorieux a la postérité. Au sortir de ces devoirs funèbres, Monsieur de Chasleau-fort, qui commande à présent aux Trois-Rivièrcs, prit charge, seloii le pouvoir que lui en donnaient Messieurs de Ta Compagnie, par Lettres qui lorent ouvertes et levées à l'heure ni€me en présence <in ■ peuple assemblé en l'églije.
IIARANGUE D^ADIEUX d'uN CHKF AU CHlVALIfiRDB MOFTlIAi
GNT.
Nous autres sauvages, comme nous n'avons pas été élevés en votre pays, nous ne savons pas les honneurs qu'on rend aux grands capitaines qui veillent à la défense du pays : je ne sais donc ce que je dois faire, encore moins ce que je dois dire ,• je cherche et je ne trouve rien sur ma langue que ces deux paroles : Va t'en grand capitaine, à la bonne heure, sois le maître de la terre et le conservateur du pays ; cehii qui peut tout et qui est tout bon soit toujours avec toi ! Voilà ce que me dit ma lan£:ue ; mais voici ce que j'ai dans ma pensée : Plût à Dieu que nous fussions ici une grande troupe, et que de toutes nos voix il ne s'en fît qu'une forte et puissante, laquelle se faisant entenclre par tout l'univers, prononçât ces paroles : Adieu, le conservateur du pays, va t'en heureusement et retourne avec plus de joie, afin que nous puissions tous nous écrier : il est de retour notre capitaine, il est de retour le conservateur du pays ; c'est par son moyen que les femmes et les enfans, que tout le monde est encore en vie, car sans ta protection l'ennemi nous aurait empêchés de planter, de cultiver et de moissonner nos bleds. Voilà ce que je souhaiterais qui te fût dit par tous les hommes de ces contrées ; mais quoi ! nous n'avons pins de voix, des maladies et nos ennemis ont arraché nos langues. Nous te disons néanmoins encore une fois : Adieu le conservateur du pays, celui qui a tout fait soit le guide et la cour duite de ton canot.
LE JEUNE FRANÇOIS DE HERTEL CAPTIF CHEZ LES AGNIERS, OU IL FLT IMMOLÉ, ÉCRIT SUR DE l'ÉCORCE AU P. LE-