‹ Le panthéon canadien [microforme]Chapitre 46 sur 186 · DOR · texte numérisé non relu

DOR

eut du roi tout ce qu’il avait dit. Un livre fut publié à l’occasion de son baptême, qui eut lieu avec pompe à Rouen, mais le climat de l’Europe lui fut contraire, et il mourut bientôt, ainsi que Taiguragny et Domagaya, deux de ses conseillers. Cet enlèvement est une tache dans le caractère de Cartier.

Dorchester (Guy Carleton, lord), chevalier de l’ordre du Bain, général habile et gouvernant aimable, né à Strabane en Irlande, en 1724, fut fait lieutenant-colonel dans les gardes en 1748. En 1758, il fut quartier maître général d’'Ambherst à Louisbourg, puis de Wolfe à Québec, en 1759. I] fut encore officier général à la conquête de la Havane sous le comte d’Albemarle en 1762. Durant les longues années qu’il fut gouverneur et capitaine général de la province de Québec, puis des Canadas, il fut le meilleur ami des Canadiens ; il leur assura leurs lois et protégea le clergé et même les ordres religieux. Lors de l'introduction de la constitution anglaise, il alla au devant de privilèges populaires que la Chambre d’assemblée ne fut pas assez prompte à saisir et qu’on lui contesta depuis ; tels sont les droits bursaux ou de contrôle des dépenses de l'Etat. Il ne fut pas plus compris quand, voulant nommer Panet juge, il avertit l’Assemblée par message de choisir un autre président. N'était-ce pas lui montrer du doigt que la magistrature était incompatible avec l’attribut du législateur ? Cependant, ce point ne fut réglé que sous Craig, et non d’une manière paisible. Durant la guerre de l’indépendance américaine, il sut s'attacher la noblesse canadienne et les habitants de Québec ; la noblesse arrêta cinq mois les Américains sur la frontière, Carleton échappa à Montgomery par un bonheur merveilleux, après avoir fait captif le fameux Ethan Allen. Il eut le temps de mettre Québec en défense et repoussa finalement l'invasion, qui coûta la vie à son adversaire. Il prépara ensuite, par une victoire navale et par ses soins désintéressés, l'expédition de Burgoyne. Enfin il parvint au généralat d'Amérique, que les négociations pour la paix rendirent infructueux en événements militaires. Déjà décoré de l’ordre du Bain, il fut élevé à la pairie en 1786 et mourut en 1808. Il a eu un fils qui a joué un rôle secondaire dans la politique. Comme gouvernant, Carleton a marché, et cela à la tête d’un peuple étranger, sur les

DOR 77 traces des Antonin et des Marc-Aurèle. Comme guerrier, son humanité lui a valu l’éloge des Botta et des Carlo Carli. Jos Frs Perrault, notre agronome, nous apprend que lord Dorchester, étant en Angleterre pour surveiller l’acte constitutionnel, envoya ici de la graine de ruta baga ou navet de Suède, ui est une plante hardie-et précieuse dans les climats froids comme le Canada, où elle est bien répandue depuis cette époque. On trouve un portrait de lord Dorchester dans la collection du commandeur Viger. Lady Carleton, épouse de ce gouvernant chéri des Canadiens, était, d’après la tradition, une femme remarquable. A en juger par les actes de celui-ci, cette circonstance ne ferait pas de tort à la réputation de la Milady Carleton, comme on l’appelait à Québec.

Dorion (Antoine Aimé) est né à Ste-Anne de la Pérade en 1818. Parmi les hommes marquants qui se sont mêlés à la politique canadienne, aucun n’a eu des sentiments plus élevés, une carrière plus irréprochable. A l’âge de vingt ans il entrait chez M. Cherrier pour étudier le droit, et quatre ans après il devenait l'associé de cet éminent avocat. Pendant plusieurs années il se livra à l’exercice de sa profession, s'élevant graduellement au premier rang. En 1854, M. Dorion fut envoyé pour la première fois à la représentation du Bas-Canada. Le parti libéral comptait alors dans ses rangs plusieurs jeunes gens de grands talents, entre autres Joseph Papin, Eric Dorion, Charles Laberge, Charles Daoust, tous hommes brillants et capables, qui d’un commun accord le choisirent pour chef. En 1858, M. B‘own ayant accepté de former une administration, M. Dorica entra dans le cabinet comme chef de la fraction du Bas-Cerxia ; minis le nouveau ministère se trouvant en minorité dans la chamitre, dut résigner quelques jours après sa formation. Quelques années plus tard le futur juge en cheï icespiait le portefeuille de secrétaire provincial dans l’administration :Ja:donald-Sicotte. Mais n’approuvant pas {2 politique de ce cabinet, il envoya sa démission un an plus tard. sollicité par M. Mc- Donald de reconstituer la partie bas-canadienne du cabinet, il accepta cette tâche. Après les élections-qui suivirent, le gouvernement dut se retirer et le pouvoir retomba de nouveau entre les mains des conservateurs. Les chefs de ce parti ayant proposé l’union fédérative de toutes les provinces bri-

Page 1