INTRODUCTION
Le monothéisme égyptien. — Conception abstraite de la divinité. — Le Vrai et le Bien. — Dieu se manifeste par le soleil.
Bien que la croyance en Dieu ne soit pas à Tordre du jour, nous sommes bien forcés de l'admettre historiquement lorsqu'elle se présente à nous. Toutefois si Ton a eu raison de dire que l'homme est un animal religieux, on doit reconnaître que le premier vol de sa pensée n'a pu Télever à la conception d'un dieu abstrait. Perdu au milieu de la création, frappé de sa petitesse et de son impuissance, il adressa ses premières adorations au tonnerre dont le fracas l'épouvantait, aux vents qui le ballottaient sur la mer, à la mer elle-même, aux fleuves, aux montagnes, aux animaux qu'il ne pouvait dompter et dont il redoutait l'attaque, c'est ce qu'on appelle le naturalisme et le fétichisme, — au soleil, à la lune et aux constellations, — c'est le sabéisme. Les Égyptiens n'échappèrent pas plus que d'autres à ces superstitions de l'ignorance primitive : leur mythologie a gardé l'empreinte d'un sabéisme très accentué. Le soleil fut vénéré dans la vallée du Nil comme le dispensateur de la lumière et de la vie, comme le souverain de Tunivers; puis, lorsque Tesprit se fut haussé à la notion abstraite de la divinité, on en vit le symbole dans Tastre du jour. Fétichisme, polythéisme, monothéisme, telles sont les trois étapes de
la pensée religieuse. Malheureusement, les Égyptiens semblent s'être fait une loi de nous dérober leurs premiers tâtonnements en toutes choses, et leurs monuments les plus anciens nous les montrent déjà parvenus à l'idée monothéiste, en même temps qu'on les y voit en possession d'une civilisation en plein épanouissement, avec une langue complètement formée. Ils sont monothéistes sous une apparence polythéiste. C'est ce qu'ont reconnu mes devanciers les plus autorisés. Champollion-Figeac, interprétant les idées de son frère, écrivait dans son Egypte ancienne (p. 245) : « Quelques mots peuvent suffire pour « donner une idée vraie et complète de la religion égyp- « tienne : c'était un monothéisme pur, se manifestant « extérieurement par un polythéisme symbolique. » — « La religion égyptienne, a dit Emmanuel de Rougé \ « comprend une quantité de cultes locaux. L'Egypte que « Menés réunit tout entière sous son sceptre, était divisée « en nomes ayant chacun une ville capitale; chacune de « ces régions avait son dieu principal désigné par un nom « spécial; mais c'est toujours la même doctrine qui revient « sous des noms différents. Une idée y domine : celle d'un « dieu un et primordial; c'est toujours et partout une « substance qui existe par elle-même et un dieu inacces- « sible. »
D'après M. Chabas 2, « le dieu unique, existant avant « toutes choses, celui qui représente l'idée pure et abs- « traite de la divinité, n'est pas nettement spécialisé « par un personnage unique du vaste panthéon égyptien. « Ni Ptah, ni Seb, ni Thot, ni Ra, ni Osiris, ni aucun « autre dieu ne le personnifie constamment; cependant, « les uns et les autres sont parfois invoqués dans des « termes qui les assimilent intimement au type suprême ^
1 . Conférence sur la religion des anciens Ég-yptiens, p. 13.