Calendrier des jours fastes et néfastes, p. i
« les innombrables dieux de l'Egypte ne sont que des at- « tributs ou des aspects différents de ce type unique. »
Selon M. Maspero ^, « les noms variés, les formes in- « nombrables que le vulgaire est tenté d'attribuer à autant « d'êtres distincts et indépendants, n'étaient pour l'ado- « rateur éclairé que des noms et des formes d'un même « être. Tous les types divins se pénétraient réciproque- « ment et s'absorbaient dans le Dieu suprême. Leur « division, même poussée à l'infini, ne rompait en aucune « manière l'unité de la substance divine; on pouvait mul- « tiplier à volonté les noms et les formes de Dieu, on ne « multipliait jamais Dieu. »
Les textes nous montrent en effet que les Égyptiens croyaient à un Dieu unique, sans second, infini, éternel. Cependant, au moment même oii les scribes traçaient sur le papyrus ou gravaient sur la pierre les inscriptions qui affirmaient cette croyance et qui sont entre nos mains, des artistes sculptaient des dieux à tête d'épervier, de bélier ou de crocodile; des déesses à tête de lionne, de chatte ou de vache; est-il raisonnable d'en conclure, contrairement à ce que l'histoire nous a appris sur les phases de l'évolution religieuse, que le monothéisme régnait dans un même pays concurremment avec le fétichisme, que le même peuple qui comprenait la divinité comme inaccessible, invisible, cachant son nom et sa forme, adorait des éperviers, des béliers, des crocodiles, des lionnes, des chattes et des vaches? Et remarquez que ce ne sont pas seulement des animaux qu'il aurait adorés, mais des êtres monstrueux, fantastiques, impossibles, des hommes à tête d'oiseau ou de quadrupède, à corps de scarabée, des serpents à jambes humaines, etc. C'est inadmissible. Il faut voir dans ces figures étranges de véritables groupes hiéroglyphiques, des idéogrammes, des
\ . Histoire ancienne défi peuples de l'Orient, p. 28, 29.
symboles : c'est ainsi que dans la figure composite cidessous, reproduite d'après un fragment de toile peinte du Louvre S on a accumulé sur un seul personnage divin la
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plupart des signes représentatifs du S3'mbolisme solaire, sans avoir eu l'intention d'en iaire un Dieu spécial et caractérisé. Le dieu-soleil est représenté par un épervier ou par un homme à tête d'épervier, parce que la course de l'astre dans le ciel était comparée au vol de cet oiseau; la déesse mère allaitant le dieu fils porte une tête de vache parce que la tête de vache explique sa fonction de nourrice, etc. Ces animaux, employés comme symboles, sont devenus sacrés par ce seul fait qu'ils ont eu l'honneur de servir de vêtement à la pensée religieuse. Il a dû sans doute en résulter que le vulgaire ignorant, ne voyant rien au delà de l'idole qu'on lui mettait sous les yeux, fut
d. Presque tous les dessins de cet ouvrage sont des reproductions de monuments du Louvre.
maintenu par le despotisme des prêtres dans un abject fétichisme, mais les initiés ne reconnaissaient qu'un dieu unique et caché qui a créé le monde, qui en maintient l'harmonie par la course quotidienne du soleil, et qui est la source du Bien. Les divers personnages du panthéon matérialisent les rôles divers, les fonctions de ce dieu abstrait qui conserve dans chacune de ces formes, si nombreuses et si infîmes qu'elles soient, son identité et la plénitude de ses attributs ^
\. Le fractionnement, le morcellement de la divinité va jusqu'à l'in-
finiment petit : les génies, les chacals, les \K '^ J ' et l "^ M J '
qui traînent la Larque solaire, hommes divinisés, suivants d'Osiris, etc., sont des rôles de Dieu; ces chacals, comme les ailes qui les remplacent
^^ représentent la marche du soleil.
Les compositem^s de textes religieux nomment souvent tel dieu de préférence à tel autre, uniquement parce qu'ils ont un effet de style à produire. Si nous lisons dans la stèle de Metternich que « lesjamhes du lion sont les jambes de Month, » il n'y a aucun fait mythologique à chercher là-dessous; le scribe s'est passé la fantaisie d'une allitération : Ment-men-me7îth.
« Les divinités égyptiennes, célestes et souterraines, sont innombrables, « dit M. Le Page-Renouf (p. 85 de Lectures on the ovigin and growth of « religion)^ chaque ville et chaque village avait ses patrons locaux. A « chaque mois de l'année, à chaque jour du mois, à chaque heure du « jour et de la nuit présidait une divinité, et tous ces dieux .devaient « être conciliés par des offrandes... On est tenté de croire qu'il y au- « rait tout autant déraisons aujourd'hui pour les réduire qu'il y en a eu au- (( trefois pour les multiplier, et l'on y serait autorisé par d'indiscutables « documents qui nous montrent le même dieu désigné par des noms « divers. Dans les Litanies de Ra, qui sont tracées sur les tombes royales « de Biban-el-Molouk, le dieu est invoqué sous soixante-quinze noms « différents. Un monument publié dans les Excerpta Hieroglyplnca de « Burton donne les noms ou plutôt un choix de noms de Ptah, le dieu « principal de Memphis. Le livre des Morts a un chapitre entièrement « consacré aux noms d'Osiris. Les inscriptions du temple de Dendérah u donnent une longue liste des noms de la déesse Hathor. Elle est iden- « tifiée, non seulement avec Isis, mais avec Sekhet à Memphis, Neit à (( Sais, Saosis à Héliopolis, Nehemauit à Hermopolis, Bast à Bubastis, (( Sothis à Éléphantine, et beaucoup d'autres déesses. Ces autorités suf- « lisent à nous convaincre non seulement que certaines divinités secon- (( daires ne sont que des aspects des dieux supérieurs mais que plusieurs « de ces derniers sont eux-mêmes des aspects d'un dieu unique.
<( Lepsius, dans sa dissertation sur les dieux du premier ordre, a publié « plusieurs listes de ces divinités empruntées à des monuments de diverses « époques, parmi lesquels le plus ancien est un autel de la VI^ dynastie. « De la confrontation de ces listes il résulte que Mentou et Toum,
Interrogeons les textes, ils vont nous apprendre l'idée que les Égyptiens se formaient de l'Etre suprême :
Il est le créateur : « Tout ce qui vit a été fait par Dieu « lui-même '. Il a fait les êtres et les choses \ Il est le « formateur de ce qui a été formé; mais lui, il n'a pas été « formé. Il est le créateur du ciel et de la terre 3. Il est « l'auteur de ce qui a été formé ; quant à ce qui n'est pas « il en cache la retraite^. Dieu est adoré en son nom d'é- « ternel fournisseur d'âmes aux formes^.
Dieu est éternel : « Il traverse l'éternité, il est pour « toujours^. Maître de l'infinie durée du temps, auteur de « l'éternité, il traverse des millions d'années, dans son « existence^. Il est maître de l'éternité sans bornes^.
Il est insaisissable : « On ne l'appréhende pas par les « bras, on ne le saisit pas par les mains ^.
Il est incompréhensible : « C'est le prodige des formes « sacrées que nul ne comprend'*^. »
11 est infini : a Son étendue se dilate sans limites ^^ »
a deux des grands dieux de Thèbes, ne sont que des aspects du dieu « solaire Ra. La liste entière des dieux du troisième ordre est facilement (( réduite à deux groupes : l'un, représentant le dieu solaire Ra, l'autre, a Osiris et sa famille. Il est très probable que ni PLab ni Ammon ne (( furent originairement à la tête des listes mais qu'ils prirent rang « comme cbefs des divinités de Memphis et de Thèbes. Ces dieux ont été (( identifiés avec Ra ainsi que tous les chefs de divinités locales. Toute (( la mythologie égyptienne roule sur les mythes de Ra et d'Osiris qui « se fondent l'un dans l'autre, et cela s'explique par les textes qui idon- « tifient Ra avec Osiris. Enfin, d'autres textes nous montrent que Ra, (( Osiris, Ammon et tous les autres dieux disparaissent en n'étant plus « autre chose que des noms, et l'unité de Dieu est affirmée dans le noble « langage d'une religion évidemment monothéiste.»