‹ Le paon d'émailChapitre 3 sur 13 · TO K · texte numérisé non relu

TO K

LA chaude ville de laque et d'or, Comme une petite geisha lasse, Au transparent clair de lune dort.

Un brûlant parfum d'opium, de mort, De lotus, d'encens, passe et repasse; La claire nuit glace Tokio

Des bleus rayons d'étoiles et d'eau.

Ouvre ta porte secrète et basse.

Tendre maison de thé du Yeddo...

MARBRES ET FEUILLAGES 2f

CO'MST^'U.TI'KOTLE

VOILES sur le Bosphore lointain Voguant peut-être vers Andrinople, Je vous suivrais si le muezzin

Q^ui gémit dans le soir byzantin Ne m'appelait à Constantinople...

Nuits turques! par quels philtres secrets

Faites-vous tant aimer les cyprès, Les couchants d'azur et de sinople, Les flèches roses des minarets?

Turqueries

^ Tierrc Loti.

C'est l'heure où, devant le Turbé, Penchant son aigrette hautaine, Un paon d'émail au col bombé, Lentement, boit à la fontaine.

La voix claire du muezzin Dans le jardin fleuri de roses Tombe d'un minaret voisin Émaillé de faïences roses.

Ses vocalises de cristal *Se mêlent dans l'air diaphane A de chauds parfums de santal Et de jacinthe qui se fane;

Puis le silence de nouveau Plane autour des kiosques frêles Comme un impalpable rideau Froissé de prestes frissons d'ailes.

Des pigeons argentés et gris, Q^ue les voix hautes et limpides Des muezzins avaient surpris, Reviennent, peureux ou rapides.

Le jet d'eau s'irise et fleurit — Telle une lance d'améthyste Sur un bouclier de granit — Dans une vasque de Caryste.

Sur la mosaïque du sol.

En arabesques mordorées D'émeraude et de girasol.

Le treillis des grilles dorées

Tamise le soleil ardent Sous une fine ogive arquée.

La prière du Ramadan Se psalmodie à la mosquée

Vers Allah, très bon et très grand...

A la terrasse d'un café, A l'ombre fraîche d'un platane, Un Européen boit, coiffé Du fez à la mahométane.

Un vieux, fumant son narghileh, Calme, extatique comme un bonze, Fixe l'horizon constellé D'innombrables croissants de bronze:

Les frêles croissants musulmans, Floraison turque de symboles, Astres d'Islam, clairs talismans, Couronnent toutes les coupoles.

Une juive de Top-Hané, Portant sur l'épaule une amphore, Suit un derviche enturbanné Et des caïkdjis du Bosphore;

Des colporteurs de Scutari, Modulant une chanson lente, Poussent un maigre méhari A la démarche somnolente;

Un ânon passe, gris et las, Dans la rue étroite et couverte.

L'ànier porte un turban lilas, L'âne un bât de peluche verte.

Voici venir trois féredjés Conduits par un morose eunuque; Sous les voiles blancs et légers Transparaît une rose nuque...

Elles rapportent de Péra

Des fards, des parfums, des babouches,

Des partitions d'opéra

Q^ue roucoulent déjà leurs bouches;

Leur gardien glabre en est loti, — Lakmé, Louise, Hérodiade... — Mais la plus espiègle a blotti Sous son tcharcaf couleur de jade

Le dernier livre de Loti.

•JO LEPAONDÉMAIL

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