SILVES FRANÇOISES Ç
arcassonne
LE soleil tombe, un clocher sonne, Dans le brouillard gris et moiré Qui monte d'un champ labouré :
C'est Carcassonne!
Son pont-levis qui s'écusonne Chancelle sur ses ais caducs.
Où sont les barons et les ducs De Carcassonne?
Et sur ce pavé qui résonne Sous les sabots d'ânes ruraux, Où sont tes alezans ducaux, O Carcassonne ?
Et la cloche qui carillonne Les victoires et les tournois?
Qu'elle chantait bien, autrefois...
A Carcassonne !
Mais maintenant il n'est personne Aux ogives des clochetons, Et ternis sont les hoquetons Dans Carcassonne...
Terni tout cet or qui blasonne De soleil les caparaçons, Ternis les clairs estramaçons De Carcassonne.
Le vent qui dans les tours frissonne N'agite plus les étendards Sur les créneaux et les remparts De Carcassonne;
La pastorale et la chaconne, Les ménestrels, les tambourins, N'enjoyeusent plus les chemins De Carcassonne;
Tes murailles qu'on étançonne, Par Louis et Charles Martel Et par Raymond de Trincavel, — Las! Carcassonne! —
Comme celles de Maguelonne Furent détruites, mais l'éclat De tes exploits est toujours là, Dans Carcassonne...
SILVES FRANCOISES
Et pendant que la cloche sonne Dans le brouillard gris du passé Je vois le ciel fleurdelisé Sur Carcassonne!
Le Gaffe
LE roi mène vaillante et belliqueuse vie. On suit ses pas sanglants au branle du tocsin, Et le Franc sans merci donne, chaque matin, Les clefs de quelque ville à sa Bcrthe ravie.
Il vainc les Aquitains, les Lombards, prend Pavie, Ravenne, anéantit l'exarchat byzantin, Décime les Saxons campés au bord du Rhin Et revient festoyer dans Narbonne asservie.
Or, pour ses hauts exploits, Paul, pontife romain. Envoie, avec un pli qu'il scelle de sa main, Le gage somptueux d'une amitié lovale;
Depuis ce jour, Pépin guerroie en se drapant Dans un manteau, plus beau que la pourpre royale, Tissé d'or et de soie et de plumes de paon.