‹ Le pape au dixneuvième siècleChapitre 6 sur 6 · AUTRE CONSOLATEUR QUI DEMEURERA TOUJOURS AVEC VOUS · texte numérisé non relu

AUTRE CONSOLATEUR QUI DEMEURERA TOUJOURS AVEC VOUS

» C’est-à-dire I’esprit de la vérité....

» Je suis la vraie vigne, et mon père est le vigneron.

» Il coupe toute branche qui, en moi, ne porte pas de fruits; mais il taille toute branche qui porte fruits, afin qu’elle en porte davantage.

» J’ai encore beaucoup de chose s à vous dire, mais vous ne pouvez les comprendre maintenant.

» Mais quand celui-là sera venu, c’est-à-dire I’esprit de la vérité, il vous apprendra toute vérité; car il ne parlera pas d’après-lui-même, mais il dira toutes les choses qu’il aura entendues et vous annoncera les choses à venir (1).

(1) Jean, xiv, 15, 16, 17. — xv, 1, 2. — xvi, 12, 13.

Et je réfléchis : l’Eglise est frappée d’aveuglement , et votre intelligence, prêtres de Jésus, est morte à la conscience de la véritable vie, si devant l’évidence de l’intuition prophétique qui se révèle dans les paroles que j’ai citées; — si, devant un programme religieux qui établit l’immense supériorité de la foi du Christ sur toutes les traditions du passé, — vous ne trouvez rien à écrire sur votre drapeau que ce mot funeste •. Résister. La conscience de la mission progressive confiée à la religion , — le pressentiment de l’épuration successive des croyances, — l’éducation du genre humain, se transformant d’époque en époque sous le doigt de Dieu et d’après les lois du développement intellectuel et moral, — le respect de la grande tradition religieuse de l’humanité, — tout se trouve dans ces passages auxquels la doctrine papale oppose une impie, une absurde théorie d’immobilité. La sainte Eglise de l’avenir, l’Eglise des libres et des égaux, l’Eglise qui bénira tous les progrès émanant de l’Esprit de vérité , qui s’identiûera dans la vie de l’humanité, qui n’aura ni pape ni laïcs, mais des croyants tous prêtres, avec des fonctions diverses (I), cette Eglise y est entrevue et prédite. Et de la fusion de l’Eglise aristocratique d’aujourd’hui dans cette Eglise renouvelée, populaire de l’avenir, dépend, nous ne dirons pas la solution — elle n’est point dans la main do l’homme, — mais le plus ou moins de violences, le plus

(1) Paul, i. Au* Corinthiens, xn, 4 et suiv.

ou moins de périls de la lutte dans laquelle s’accomplira la solution de la question religieuse.

Que les prêtres y songent et qu’ils se hâtent, nous invoquons leurs concours pour notre œuvre sainte; mais leurs délais ne peuvent ni nous arrêter ni nous retarder en chemin.

VJII.

Tous fils de Dieu, tous rachetés du même sang, nous ne pouvons trahir nos devoirs envers nos frères, parce que d’autres, et ceux surtout qui devraient parler, gardent le silence de la peur. On n’arrache ses frères à l’oisiveté, qu’en relevant à leurs yeux le travail, en leur en prouvant la sainteté; on ne prouve la sainteté du travail qu’en réformant une société fondée sur le privilège. On ne soustrait ses frères au mensonge qu’en détruisant le culte public qu’on lui rend, et cela ne se fera que par le changement môme de la nature des gouvernements dont le mensonge est aujourd’hui la base, puisqu’ils donnent pour chefs aux peuples, non les plus capables et les plus vertueux, mais les seuls rejetons des races monarchiques héréditaires. On ne guérit ses frères de la folie du meurtre qu’en leur enseignant l’inviolabilité de la vie, en réformant et uon en tuant le coupable; et ccia ne s'enseigne pas là où le bourreau est un officier du gouvernement, la où le meurtre légal est considéré comme un des appuis

de l’édifice social. On ne fonde point la fraternité du Christ là où l’ignorance, la misère, la servitude, la corruption des uns, et la science, la richesse, la domination des autres s’opposent à ce que les hommes s’aiment et s’estiment mutuellement, et ces causes d’inégalité ne disparaissent pas sans une éducation nationale que la société dispense à tous ses membres. On n’implante pas dans les âmes la vertu du sacrifice, là ou l’égoïsme est forcément enseigné dans les familles, là où l’argent et le seul fondement de la sécurité et de l’indépendauce des individus. On ne prêche pas efficacement la confiance sur une terre sillonnée des espions du gouvernement, et semée partout de bureaux de censure et de prisons. La mission que Dieu confie aux nations dans l’humanité, ne peut s’accomplir là où il n’y a point de nation, là où le nom d'une patrie commune est proscrit, là où plusieurs gouvernements hostiles l’un à l’autre, et tous ensemble hostiles au libre progrès des peuples, s’efforcent d’élever entre des frères, des barrières intellectuelles, morales et physiques. On ne renverse pas ces barrières artificielles, sans reconquérir à la cause du peuple les milices citoyennes qui, soudoyées et corrompues par l’or des princes, sont aujourd’hui dévouées à leur service, sans combattre et chasser par delà les Alpes les soldats étrangers que le despotisme européen nous a donnés comme geôliers.

La révolution est donc pour nous une œuvre d’éducation, une mission hautement religieuse. Si nous ne trou-

vions, pour nous soutenir dans nos luttes, d’autre impulsion que celle de la colère et de la réaction, nous serions depuis longtemps découragés par le doute et par la fatigue des déceptions. Si nous ne puisions nos inspirations que dans l’ambition, nous aurions bientôt, en sacriGant au pouvoir nos convictions, satisfait à cette basse passion.

Puisque, dans son égarement, l’Église d’aujourd’hui est hostile à l’esprit de vérité, puisqu’elle est inGdèle à son premier mandat, nous sommes, nous, l’Église militante des précurseurs de ceux qui rebâtiront le temple, en appelant le royaume de Dieu, mr la terre comme au ciel : Église des précurseurs, tant que les vaillants esprits qui sentent la nécessité d’une foi vive pour relier en un faisceau tous les efforts et toutes les inspirations, n’auront point, réunis en concile, interrogé les progrès, exploré les souffrances, décrété les remèdes et posé la première pierre de l’église universelle de l’humanité.

Et alors seulement que le monde aura été vaincu par sa doctrine, Jésus pourra répéter à son père, avec un sourire ineffable : J' ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés dans le monde: ils étaient à toi, et tu me Ut as confiés ; et ils ont observé ta parole.

« Le principe, disions-nous en commençant l’Italie du peuple, que le peuple a salué comme sa règle suprême dans la sphère de la vie politique, sous le nom de Constituante, aura son application inévitable dans la sphère de la vie religieuse ; et cette application prendra le nom de Concile...

» La souveraineté nationale est le remède universellement accepté pour sauver la société de la négation de toute autorité, de l'anarchie. Que la souveraineté de l’Église, et par l’Eglise nous entendons le peuple des croyants, sauve la société religieuse de la négation de tout principe, de toute autorité religieuse.

» Constituante et Concile, voilà le prince et le pape de l’avenir. »

Nous répétons aujourd’hui ces paroles aux prêtres italiens, avec un sentiment profond d’amour et d’espérance. Que Dieu les éclaire dans l’intérêt de la patrie, qu’il les

claire dans l'intérêt de l’Église! Qu’il réveille en eux la loi des œuvres, les saintes espérances, la charité qui transforme la langueur des âmes en fièvre de vie ! Que, pour éloigner d’eux la méfiance, il leur révèle et notre pensée et notre mission! L’Église est à César; qu’ils la rendent à Dieu. La hiérarchie s’est changée en une plante parasite qui absorbe la vie d’une institution appelée à grandir et n s’élever avec l’humanité; qu’ils taillent dans cette plante et qu’ils retrempent l'institution dans la source vive de l’élection, dans les inspirations du peuple. La parole de Jésus, proscrite et trahie, a fait place aux mensonges de ceux qui se nomment les princes de la terre : qu’ils la remettent en honneur et qu’ils se rappellent que Jésus a dit : Le pain de Dieu est celui qui donne la vie au monde... C'est la volonté de celui qui m’a envoyé, du père que je ne laisse perdre rien de ce qu’il m’a donné; mais

Page 1