INTRODUCTION
Au congrès international d'Histoire qui se tint en 19(M> au Collège de France, j'ai eu l'honneur de lire quelques fragments d'un travail que je commençais alors stii- leji ntlatiens de Pie VU et de Napoléon d'après des recherches nouvelles et des documents inédits. Le très bienveillatit accueil que me Bt un auditoire, si autorisé en nintière bis* torique, encouragea mon dessein et j'achevai Je livre que je publie aujourd'hui.
L'honorable comte d'Haussonville qui écrivit, il y a trentecinq ans, le remarquable ouvrage intitulé l'Eijllse romaine et le premier Empire y a constaté, pour la partie coucernaDt le Concile national de 1811, que la communicatiou des actes officiels et des procès-verbaux de ce Concile lui avait été formellement refusée par le maréchal Vaillant. Par cette mesure vexatoire, le ministre de Napoléon Hl entendait peut-être se conformer à la décision de Napoléon l"^ ainsi relatée dans ses Mémoires : « L'Empereur n'avait jamais voulu qu'on publiât rien de ce qui était relatif aux discus^ sions avec Rome. » On sait que Napoléon à Sainte-Hélène songeait à faire une relation personnelle de ses querelles avec Pie VII pour y expliquer ses desseins en matière religieuse. Il disait au comte de Montholon : « Si le Pape lit ceqtie je vous dicterai, il regrettera bien de m'avoir arrêta dans tout ce que je voulais faire pour la grandeur de l'Église catho-
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II LE PAFK ET LEMPEREUH
liqiie. w Quelques pajjes de ses Mémoires, quelques conversations avec Moniholon, Bertrand, F^as Cases et Gourjjaud, voilà tout ce que TEmpereur a laissé sur cet important sujet. Or, rimpression qui se déf^age au contraire des propos de Sainte-Hélène, c'est que Napoléon voulait faire de Pie Vil le premier de ses évéques et interposer son autorité prépondérante entre le Pape, le clergé et les catholiques.
FjC comte d'Haussonville se consola du refus qui lui avait été fait en déclarant que les documents n'auraient rien changé au fond même des choses sur lesquelles il avait les renseignements nécessaires. Je ne conteste point cette déclaration, mais je puis affirmer — et ce livre le démontrera suffisamment — que les documents authentiques, dont j'ai eu connaissance, forment plusieurs dossiers considérables. J'ajoute, pour donner une idée de leur importance, qu'ils traitent en détail non seulement du Concile de 181 1, mais encore des diverses relations de la Papauté et de l'Empire, des Commissions ecclésiastiques de 1809 et de 1811 et du Concordat de Fontainebleau. Ils dévoilent, pour une large part, le secret des mesures prises par Napoléon et ses agents contre le Saint-Siège et contre les É};Uses de France et d'Italie.
Après l'examen attentif de ces nombreuses pièces inédites aux Archives Nationales, j'ai été amené à considérer de près ces deux personnages d'un intérêt si puissant ; le Pape et l'Empereur. Voulant leur consacrer une étude spéciale et approfondie, j'ai complété mes recherches en compulsant la correspondance authentique de la Cour de Rome, la Correspondance impériale, les lettres inédites de Napoléon publiées par M. Léon Lecestre en 181)7, ainsi que les divers Mémoires et ouvrages, anciens ou récents, qui ont traité d'une façon sérieuse les questions si graves des rap-
INTRODUCTION in
ports et des différends de l'Église et de TÉtat dans les premières années du dix-neuvième siècle.
Ce livre commence au moment solennel où Bonaparte, proclamé Empereur par le Sénatus-Consulte du 28 floréal an Xli et par la sanction du peuple, reçoit de la main dn Pape roiîction sarrée qui avait touché le front des empereurs et des rois. Me renfermant avec soin dans les limihrs fixées par le titre même de cet ouvrage, je n'ai pas voulu remonter aux jours où le général Bonaparte, avant et après Tolentino, puis après Marengo, prit linitiative hardie de réconcilier la France et le Saint-Siège et arriva, non sans efforts, à la conclusion du pacte mémorable, connu sous le nom de Concordat, qui mit fin au schisme constitutionnel, pacifia les consciences, releva TÉglise catholique de ses ruines, détruisit les dernières espérances du parti royaliste et contribua, plus que toute autre mesure, à affermir le nouveau gouvernement. Après avoir constaté que le Sacre et le couronnement formaient depuis les négociations avec Rome, comme Tavait entrevu La Fayette, la pensée incessante de celui qui voulait, à l'exemple des monarques léffitimes, entourer son nouveau pouvoir « d'une sorte de respect divin », comme il Ta dit lui-même, j'ai cherché à me reudre compte pourquoi la politique de Napoléon, si pondérée jusqu'en 1804, était devenue peu à peu une politique arbitraire et despotique. Il m*a fallu pour c«^t<l entrer dans tous les incidents qui ont amené cette sur Tenante transformation, expliquer les motifs de l'usurpation de Bome et de la réunion des États Pontificaux à l'Empire, écrire l'histoire détaillée et en grande partie inédite des Consçils ecclésiastiques de 1809 et de 1811, du Concile national et de l'Arrangement qu'on appelle le Concordat de Fontainebleau.
La lutte entre le Pape et l'Empereur, au lendemain du
Sacre, est féconde ea épisodes dramatiques, faits pour attirer et saisir Thistorien. La force et le droit sont en pré-^ sence. La force semble parfois l'emporter; mais à des cris de colère comme celui-ci : « Ils gardent Tâme et me jettent le cadavre ! » arrachés au despote, on comprend que, même en plein triomphe, celui qui ne craignait pas démarcher sur les rois comme sur les peuples, ne se sentait pas complètement vainqueur de TÉglise et de son chef. C'est ce que relevait ainsi, daus une des paities les plus étudiées de son œuvre, l'illustre auteur des Oriijines de la France contemporaine : « Si prodigieux que soit son génie, si persévérante que soit sa volonté, si heureuses que soient ses attaques, il n'a et ne peut avoir contre les nations et les Églises que des succès temporaires. Les grandes forces his« toriques et morales échappent à ses prises. Il a beau trapper ; leur écrasement les ranime, elles se redressent sous sa main (1). » Or, ici même, un vieillard prisonnier et débile, dépourvu de conseillers et de défenseurs, réduit le plus souvent à examiner et à résoudre tout seul des problèmes d'une gravité exceptionnelle, malgré l'exil, malgré la captivité, malgré la maladie, malgré toutes les violences, toutes les ruses et toutes les trahisons, a empêché, par une résistance invincible, la prescription contre la justice et tenu tête à celui qui se disait l'Empereur de Rome, l'Empereur d'Occident, le maître du monde.
Ce sujet émouvant méritait une étude nouvelle que j'ai résolument entreprise, en utihsant des recherches et des découvertes dont je crois qu'on ne contestera pas l'intérêt historique.
25 janvier i905.
(1) H. Taire. Le Régime moderne, t. II, ch. i^.