M. ARNAULD DE L’ARIÉGE
DK LA SUPPRESSION DU GOUVERHEMENT TESIPOREL DU PAPE.
Ici nous entrons dans un autre ordre d’idées. — C’est une question sociale qui se pose, — la plus grande de toutes, — et elle se pose nettement.
Des révolutionnaires, des philosophes, des rationalistes et des sectaires de tous pays, de tout rang, de toute langue, au nom des principes qu’ils professent et pour en assurer le triomphe en toute liberté, de-
mandent la suppression du pouvoir temporel du Pape.
Je les comprends bien, ces hommes, ils sont conséquents et logiques ; ils veulent le règne de Satan ; ils doivent demander la destruction de l’œuvre de Dieu.
La souveraineté du Pape en est la pierre angulaire, il faut l'abattre.
D’abord, au temporel ; c'est plus spécieux, c’est plus .facile.
Cela fait, on l’abattra au spirituel;... les entendezvous hurler déjà... Cela sera d’autant plus tôt fait qu'elle aura reçu là un coup mortel.
D’autres voix s'élèvent encore, elles poussent les mêmes cris ; ce sont des hommes qui se disent catholiques... Je dirai encore à ceux-là : J’aperçois, sous la peau de l’agneau qui vous couvre, les dents et la gueule du loup; je n’ai rien pour vous.
Maisj’entcnds encore, d'autres voix, ce sont d’honnêtes mais pauvres gens, des modérés de toutes doctrines et de tous cultes politiques et religieux; — même beaucoup qui n’appartiennent ni à aucun culte, ni à aucune doctrine. — Un modéré n’a pas plus besoin de cela que de se fatiguer l’esprit à rechercher ce qui est vrai et ce qui est bien... Fi donc !
Je n’ai pas besoin d'avantage de m’occuper d’eux... Je me borne à leur dire : Passez. .
Mais j’entends des voix plus graves, des cœurs plus nobles et plus élevés, des catholiques qui aiment et servent Dieu, vénèrent sa loi, et qui, au nom des intérêts delà religion et de l’Eglise, demandent aussi la suppression du pouvoir temporel du Pape pour la plus grande gloire de Dieu, et, au milieu de ces voix, j'entends et je distingue la voix de M. Arnauld de l’Ariége, qui se l'ait l’organe de tous...
Ceux-là, je ne les comprends plus, mais je les interpelle, je leur réponds, et je leur dis:
Il est des hommes auxquels on aime à serrer la maiu, tout en combattant leurs doctrines, surtout quand ou croit tout à la fois à leur loyauté, à leur bonne foi, à leur candeur, comme à leur amour vrai de Dieu et des hommes... M. Arnauld (del'Ariége) est de ce nombre.
Ce sont ses qualités mêmes, sa grande candeur particulièrement, qui sont {a cause et le principe de ses erreurs.
Elles eu ont fait un républicain sincère d'abord, un antagoniste du pouvoir temporel du Pape ensuite.
La question politique et la question religieuse, bien que distinctes en son esprit, d’ailleurs très-net et aussi positif que religieux, sont cependant en lui, et à son insu peut-être, si étroitement liées qu’on peut dire qu’elles n’en font qu’une, ou tout au moins que la
source à laquelle elles puisent et s’alimentent, c'est la
meme.
Il est républicain par amour de l’humanité.
Il ne veut pas du pouvoir temporel du Pape, par amour de la papauté, ou plus encore par amour de Dieu, et dans l’intérêt de la religion chrétienne qu’il pratique, et de l’Eglise qu’il aime. En un mot, dans l’une et l’autre chose, il croit tellement aux bons résultats possibles de sa pensée, je pourrais presque dire de la perfectibilité des hommes et de leurs oeuvres, que, au point de vue politique, il croit qu’ils se suffisent à eux seuls pour se diriger, et que le principe d’autorité, je pourrais encore presque dire la main de Dieu, est inutile pour soutenir et éclairer leur marche et assurer l’équilibre social.
Au point de vue religieux, il croit de même que la puissance morale de l’Eglise, en général, et celle du Pape en particulier, suffisent pour dominer le monde et mener sûrement tous les hommes à Dieu.
Nobles et généreuses pensées 1 qui sont également celles de nobles coeurs, en politique comme en religion, et qui tendent à grandir tellement l’homme, qu’elles en font par sa force, sa puissance, sa moralité, je serais même tenté d’ajouter, par son infaillibilité, qu’ils admettent ou qu’ils rêvent, presque l’image de Dieu par ses œuvres, comme il en est l’image vraie par son âme.
Aussi je ne suis pas étonné que ces idées séduisent
d’honorables hommes comme lui ; car, pour eux, l’humanité, au point de vue où ils se placent et telle qu’ils la font, c'est la perfection humaine; tandis que l’humanité, au point de vue de l’actualité ou de la réalité des choses, c’est l'imperfection.
Perfection d’un côté ;
Imperfection d’un autre côté.
Comment serait-il possible, vraiment, de ne pas être pour la perfection ?
Comment, lorsqu’on est à ce point de vue, ne pas être républicain ?
Comment ne pas déclarer inutile le pouvoir temporel du Pape ?
Comment ne pas proclamer hautement de grands et bienfaisants principes ?
La souveraineté des nations;
La souveraineté des peuples;
La souveraineté de l’homme.
Oui, ouil si les choses étaient ainsi, je renierais mon passé, je proclamerais mon erreur, je serais avec vous, mon très-honorable ami et ancien collègue Arnauld de l’Ariége, je serais avec tous les républicains sincères et honnêtes comme vous, et j’irais même jusqu’à proclamer, avec un très-honorable homme, un sincère républicain aussi, le général Cavaignac, la république un droit au-dessus de tous les droits , le droit Divin républicain, enseigné et déclaré par lui, comme je pro-
clame hautement le droit divin des Papes et des rois.
Je comprends parfaitement, croyez-le bien, tout en déplorant leur erreur, dans l’intérêt même de l’humanité, du progrès, de la civilisation, comme de la liberté humaine, les répuplicains comme vous et comme lui; je sens aussi tout ce qu’il y a de grand, de bon et de vrai en eux ; je sais que les plus nobles sentiments font battre leurs cœurs, et je ne leur fais pas, comme je ne leur ai jamais fait l'injure de les confondre avec les démagogues.
Non, je ne les confonds pas avec eux, bien que la république conduise par une pente fatale à la démagogie.
Non, je ne les confonds pas plus que je ne confonds la libertéavecla licence ou l’anarchie; bien quela liberté, sans principe d’autorité, soit bien prés delà licence, et que la licence conduise aussi, par une pente fatale, à l’anarchie. '
De même que je ne confonds pas la royauté avec le despotisme, la souveraineté avec les abus de pouvoir, le fait avec le droit, la civilisation et ses progrès,— que je veux pour tous, et toujours dans ses limites les plus extrêmes, comme je veux tous les bienfaits qu'elle apporte aux hommes, — avec sa fausse image; car, si la civilisation est une source véritable de bienfaits et de grandeur pour l’humanité, son image, avec ses pro- »
grés factices, bien que si fastueusement prônés parfois, est pour les hommes la source comme la cause des plus grands malheurs.
L’une grandit et fertilise tout ici-bas.
L’autre gâte et bouleverse tout.
L’une donne la plus grande sommede bonheur et de liberté vraie possibles.
î L’autre apporte avec elle les désastres et l’anarchie.
L’une, pourrais-je dire dans cette question des droits de la papauté et de la religion, et plus que cela encore, cette question sociale; l’une, c’est le bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, après les avoir protégées par sa présence, enrichies par ses dons et grandies par ses enseignements et ses exemples.
L’autre, c’est le faux pasteur qui, ne pensant qu’à lui, n’ayant d’autre préoccupation que lui seul, et ne songeant qu’à faire son profit de toutes choses, les tond, les mange, et porte partout la désolation, le deuil et la mort.
LES BÉP0BL1QIES ET LES MONARCHIES. — DO PRINCIPE ü’ AU- TORITÉ. — CONTUiOATION DO MÊME SÜJET.
N’ai-je pas aussi fait là, amené par la force même des choses, les portraits vrais de la monarchie, de la démagogie et de 1a tyrannie, comme celui de la pa- ■ pauté avec son pouvoir temporel, consacré par les siècles, et, de cette nouveauté, au temps de la liberté de r Eglise, d’un Pape sans pouvoir temporel, comrtie' vous le voulez dans votre candeur, honorable Arnaud de l’Ariége, oubliant en même temps à ce sujet, d’une part, la nécessité du principe d’autorité émanant de Dieu pour conduire politiquement les hommes et les soustraire à l’anarchie; comme, d’une autre part, la
nécessité du pouvoir temporel des Papes pour les soustraire aux convoitises, aux pressions et aux passions des hommes, souverains ou peuples, et les mettre à même d’accomplir en paix et pour le plus grand avantage de l’humanité, la grande œuvre de Dieu, c’est-àdire oubliant constamment et beaucoup trop, dans l’un et l’autre cas, que les hommes, de même que les sociétés humaines, sont imparfaits, et, maudissant, tout en les signalant bien haut cependant à d’autres points de vue, leurs imperfections mêmes, visibles en effet pour tous, et que je reconnais comme vous et comme tous, pour y substituer un état de choses que ces imperfections rendraient, en théorie comme en fait, impossibles, ou qui, à raison de ces imperfections, seraient, pour les sociétés comme pour les hommes, un état cent fois pire par ses abus, ses'désastres et ses malheurs, que l’état imparfait auquel vous voulez remédier, ressemblant malheureusement beaucoup trop eu cela à ces hommes, pour me servir d’une expression qui, toute triviale qu’elle est, peint cependant parfaitement ces choses, — sans cesse préoccupés de changement, et dont le résultat final de leurs préoccupations et de leur laborieux enfantement est, en définitive, d’arriver à changer un cheval borgne pour un aveugle, et même un aveugle passablement rétif et méchant.
Tenez donc compte en tout et toujours de l'imperfection humaine . — Sachez qu'il faut constamment
compter avec elle. — Ne l’oubliez jamais, surtout, croyez-moi, clans la constitution des sociétés, si vous voulez éviter qu’en mettant votre navire à la mer il ne coule instantanément bas, ou, tout au moins, qu’il ne soit battu par les vents et les orages et rudement éprouvé par les tempêtes, en attendant que la mer s’entr’ouvre pour l'engloutir corps et biens.
Une organisation sociale sans principe d’autorité, n’est-ce pas en effet un vaisseau sans capitaine et sans pilote, comme sans gouvernail et sans boussole, qui vogue d’écueil en écueil jusqu’au jour où il arrive aux abîmes.
Otez, ôtez à cet homme les yeux qui lui servent à voir, ôtez à cet autre l'intelligence qui lui sert à se conduire; de l’un vous faites un aveugle, de l’autre un idiot ou un fou. Otez, ôtez encore au premier son conducteur, au second l’homme qui le surveille, etditesmoi où ira l’un et ce que fera l’autre? — De même font et vont les sociétés qui n’ont plus au temporel de principe d’autorité pour les guider, et, au spirituel, de principe religieux pour les conduire.
Aussi, bien que, depuis un siècle bientôt l’on ait fait, dit-on, un grand pas dans le progrès et la civilisation, en proclamant la liberté humaine, la nationalité des peuples, l’égalité civile, la liberté des consciences, je n’y vois pas, en ces sociétés modernes, un seul signe de progrès vrai, ni au point de vue po-
litique, ni au point de vue religieux... J’y vois bien plus des troubles, des révolutions, du sang... J’y sens bien plutôt la terre qui tremble sous les pieds des hommes, et menace à tout instant de les ensevelir sous ses ruines.
Au point de vue politique, de quelque côté que je me tourne, je n’y vois que des tempêtes, des débris, la mort ; derrière moi, du sang, desdébris, des tempêtes ; àcôtéde moi, du sang, des morts, des bouleversements sociaux; devant moi encore, du sang, des orages, des naufrages, des abîmes ! Tout a tremblé, tout tremble, toui semble destiné à trembler plus fortement encore; partout, loin d’apercevoir la paix, la sécurité, le calme, le bonheur, j’ai vu les sociétés, les hommes, les idées se livrantbataiile ; partout je voisles hommes plus animés et plus excités que jamais, les conflagrations plus imminentes et plus terribles encore pour l’avenir quelles n'ont jamais été pour le passé, si on ne sait pas y mettre ordre. . . Tous les combattants ont revêtu leurs armures, forgé et aiguisé leurs armes ; elles ne blessent plus seulement, elles foudroient; ce n’est plus l’homme qui combat l’homme corps à corps, le courage qui le dispute au courage, c’est comme le tonnerre de Dieu qui extermine des colonnes d’hommes, des nuées d’hommes, des armées entières d'homines, dans quelques minutes, dans un clin d’œil, comme s’il était nécessaire que la der nière goutte du sang humain fût versée pour apaise 1 '
la haine humaine et la colère de Dieu, ou que le néant fût refait sur la terre, pour mettre fin aux querelles, aux divisions et aux combats des hommes.
Si c’est là le progrès, il est aussi effrayant que terrible, il faut l'avouer... Non, non... quoi que je dise, quoique jefasse, quoique je pense, je ue puis reconnaître là un don de la bouté et de la miséricorde de Dieu, un bienfait pour l’humanité, un progrès... Je n’y vois que le plus funeste présent fait aux hommes, l’illusion mise à la place de la réalité... le serpent offrant encore à Eve, jK>ur la perdre, le fruit défendu... ici comme là, comme toujours, l’orgueil. — L’homme se substituant à Dieu, voulant et croyant pouvoir l’égaler... et, lorsque la lumière s’est faite, ne voyant plus que sa faiblesse et sa nudité.
Non, ce n’est pas là l’œuvre de Dieu, c'est l’œuvre de Satan...
Ce n’est pas l’œuvre de Dieu, car il sait bien que l'homme est imparfait... Il sait surtout que depuis la chute de nos premiers parents, sa faiblesse et son imperfection sont telles qu’il a fallu que son divin Fils se fit homme et vînt sur celte terre pour nous instruire et nous ouvrir les portes du ciel en nous rachetant par sa mort.
Si ce divin maître nous a dit de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, s’il a désigné Pierre pour gouverner son Église, ce n’est là ni le
principe de la liberté humaine, ni de l’infaillibilité de l’homme, ni de la liberté de conscience qu'il a proclamé que je sache... C’est au contraire le principe de l’autorité humaine. C’est même le principe de l’autorité humaine, tant au temporel qu’au spirituel.
Au temporel , dans la personne de César, c’est-à-dire l’empereur, le roi, le souverain, ou, si vous le préférez, le cheflégitime et reconnu de l’État ; César, auquel d commande aux hommes de rendre ce qui lui est dû.
Au spirituel , dans la personne de Pierre, qu’il institue pour gouverner l’Eglise.
Pierre, le premier des apôtres, le premier des pontifes, l’expression humaine la plus près de Dieu qu’il représente, et dont vis-à-vis des hommes il tient la place ici-bas. Pierre, le premier anneau de cette imposante chaîne qui relie la papauté, et, par elle, les hommes à Dieu.
Ce n’esl pas non plus pour faire ce qu’il veut et comme il veut que l’homme est ici-bas. Ce n’est pas surtout le principe de la liberlé de conscience que Notre Seigneur Jésus-Christ a apporté aux hommes, quoi qu’on dise, et qu’ait semblé dire un orateur puissant.
Dieu a laissé, il est vrai, à l’homme son libre arbitre pour honorer en lui l’humanité et sa plus grande œuvre, et surtout pareeque l’homme a une âme faite à l’image de Dieu, immortelle comme Dieu, qui doit être
éternelle comme lui; mais il a dit en même temps à l’homme que pour aller au ciel après sa vie, il fallait que pendant sa vie il acceptât, il respectât et qu'il professât et accomplit sa loi.
L’accomplissement de la loi de Dieu, ce n’est pas non plus pour sa félicité éternelle seule, mais aussi pour son bonheur, comme pour la paix du monde icibas, qu’il est prescrit à l’homme.
De plus, ce n’est pas un simple conseil, mais un précepte.
L’homme est libre de l’accepter ou de le repousser dans son libre arbitre, il est vrai, mais c'est à ses risques et périls; au risque de la vie ou de la mort éternelle... de la paix ou de la perturbation du monde.
Donc l’homme, dans des termes absolus n’est pas libre de penser et de faire ce qu'il veut.
Donc, dans des termes absolus encore, l’homme n’a pas la liberté de conscience, c'est-à-dire la liberté de faire ni de penser ce qu’il veut, soit au temporel, soit au spirituel, puisqu’il ne pourrait l’avoir que pour accepter la rédemption, telle qu’elle lui est apportée par Notre Seigneur Jésus-Christ, avec tous ses bienfaits, ou la rejeter, en assumant sur sa tète tous les malheurs.
Non, il ne l’a pas, puisqu’il ne peut agir selon sa volonté qu'en choisissant entre le bien et le mal, entre Dieu et Satan :
Donc, surtout, l’homme n’a pas la liberté de conscience, en ce qui est des choses de Dieu, puisque c’est une loi de vie ou de mort que Dieu, en la personne de Notre Seigneur Jésus-Christ, lui a donnée, et qu’il lui fait une obligation , sous peine de mort, — de la mort éternelle, — de l'observer.
Les gouvernements temporels peuvent tolérer par égard pour la faiblesse humaine et par amour de la paix, la liberté de conscience; comme gouvernements humains, ils ne sont pas juges de la foi... A ce point de vue, jecomprends très-bien le principe de la liberté de conscience, aujourd’hui proclamé et généralement admis dans les Etats de l’Euro|>e comme il l’est à ce titre dans ceux de l’Eglise elle-même.
Dieu, la religion, l’Eglise, font également un précepte d’amener les hommes à la foi parla conviction... Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même a proscrit l’emploi de la force et de la violence dans l’enseignement de sa loi.
J’accepte ces prescriptions, et j’applaudirais comme homme k cet enseignement divin, quand comme catholique je n’aurais pas l'habitude d’accepter toujo irs et en tout comme la vérité même, la loi de Dieu, qui toujours est et ne peut être que vérité...
Mais la liberté de conscience, envisagée à son point de vue général comme un principe absolu, comme droit pour tous les hommes de penser et de croire tout
ce qu’ils voudront, ne peut être admis au point de vue religieux, comme un des droits de l’humanité... La religion, ou plutôt l'Eglise, qui est dépositaire du dogme catholique et doit l’enseigner dans toute sa pureté pour le salut éternel de l’homme, comme pourson bonheur ici-bas, c’est-à-dire, qui, à ce point de vue encore, est comme tout ce qui est de Dieu, la vérité même, ne peut accepter comme un principe soit temporel, soit spirituel, l’erreur, ni admettre la liberté pour l’homme de penser ou de faire ce qui est mal.
Ce serait une singulière chose, en vérité, de dire à l’Eglise, à qui seule appartient le droit d’enseigner, à l’Eglise qui est la gardienne du dogme et de la vérité catholique : • — Vous devez admettre en ces termes la lilierté de conscience, c’est-à-dire le droit pour l’homme de croire à la vérité ou à l’erreur, au catholicisme ou au protestantisme, à Calvin ou à Mahomet. — Bien mieux, vous devez l’inscrire en tête de votre code de gouvernement temporel. — Et, par là, dire à tous qu’il leur est permis, que vous-même vous leur permettez, de croire tout ce qu’ils voudront, — le bien comme le mal, — le vrai comme le faux.
Ce serait une singulière manière, il faut l’avouer, de conduire les hommes au ciel par l’enseignement de la loi de Dieu, qui est la mission de l’Eglise.
Singulière mise en pratique de cette mission divine qui est d’enseigner les vérités éternelles aux hommes
pour leur assurer la rie éternelle qu'ils ne peuvent obtenir qu’en croyant à la loi de Dieu et en la pratiquant.
Non, ce n’est pas ce principe que l’Eglise, comme tout gouvernement chrétien, doit inscrire en tête de sa législation, c’est celui-ci : Tolérance, charité ; mais avant tout et au-dessus de tout, vérité amour,
PRATIQUE ET RESPECT DE LA LOI DE DlEU.
A ce point de vue, il en est de même de la liberté de l’homme, tant au spirituel qu’au temporel.
En tout et tou jours en ce monde, tout homme qui connaît Dieu, doit subordonner scs pensées, ses actions, ses principes, tout en un mot, à tout ce que la loi de Dieu permet ou défend.
11 n’est pas libre à lui de choisir entre la vérité et l’erreur ;
Entre Luther et le Pape ;
Entre ce que l’Eglise enseigne et ce qu'enseignent les ennemis déclarés, ou cachés, de Dieu et de l'Eglise ;
Entre ce qu’elle permet ou défend ;
Entre ce qui la glorifie ou l’asservit ;
Entre ce qui fait sa grandeur ou ce qui l’amoindrit ;
Entre ce qui assure son indépendance et sa liberté, et ce qui serait pour elle dépendance et servitude.
Eu tout et toujours la loi de Dieu doit être sa loi et son guide, car en tout et toujours elle est sagesse et vérité, tandis que les oeuvres de l’homme livré à lui-
même, ne sont comme lui qu’imperfection et erreur.
Il doit surtout respecter la constitution temporelle et spirituelle de l’F.glise telle que l’Eglise l’a faite, car, comme je l’ai dit, l'Eglise et le Pape, le Pape qui est pontife et roi, — l’Eglise et le Pape qui en est le chef, auxquels appartient l’infaillibilité, — le Pape et l’Eglise, qui sont la personnification de la puissance la plus grande qu’il y ait sur la terre, savent mieux que quiconque au monde ce qui convient à l'Eglise, et cette puissance temporelle des Papes que vous attaquez comme un mal — cette puissance temporelle que vous demandez qu’on abolisse, — loin d’être une chose nouvelle, a été consacrée par les siècles comme par l’auréole glorieuse de liberté et de civilisation qui l’entoure ; liberté et civilisation si longtemps protégées et défendues, comme si vaillamment conquises par les Papes, pour l’Italie et le monde, sur la .barba’ o du moyen âge, malgré les efforts incessants de souverains aussi ambitieux que puissants ; par les Papes, qui se montrèrent dans ces grandes crises aussi inébranlables, aussi persévérants et aussi fermes devant la tyrannie de cette époque que le saint et doux Pie VII l’a été pour conserver intacts las droits de la papauté et de l’Eglise devant les impérieuses exigences de Napoléon I", bien qu’il eût eu à subir tout à la fois l’enlèvement, la prison et l'exil, à l’aide desquels ce triomphateur impérieux, qui avait su imposer ses lois
aux souverains de l’Europe, croyait vaincre sa pietisa résistance, oubliant trop que les faibles qu’anime l’esprit de Dieu sont vraiment les seuls forts, comme de nos jours nous en a donné un nouvel et si grand exemple le pieux Pie IX au cœur si tendre, à l’esprit si tolérant et à l’amour si pur et si vrai pour tous les hommes ; comme oubliant aussi que Dieu a mis sa volonté et sa loi au-dessus de la volonté de l’homme, soit qu'il commande à la nation la plus grande de l'univers, soit qu’il ait les armées les plus nombreuses et les plus vaillantes, les conseillers les plus sages, les plus politiques, les plus astucieux ou les plus habiles, et quel qu’il puisse être lui-même.
Cette consécration du pouvoir temporel par les siècles et par ces grands faits, n’est-ce pas la consécration la plus solennelle qui puisse être?
Tant de grands hommes, tant de grandes nations qui ont respecté ce pouvoir; tantde saints évêques, de profonds politiques, d’écrivains, de philosophes de tous les pays, soit catholiques, soit protestants, ou même incrédules, qui l’ont réclamé et qui le rétament encore comme un bienfait pour l’Eglise et pour l’humanité,
■ répétant tous ensemble ces paroles de l’un d’eux : « La liberté du monde est identifiée avec celle du Pontife, » prononcées à l’assemblée des cortès, par un ministre espagnol, et ces autres paroles de M.Thiersà la tribune française: « L’unité catholique serait inacceptable si le
Pontife qui en est dépositaire n’était complètement in • dépendant; » ou enfin cesautres paroles plus hautement proclamées encore : « La souveraineté temporelle du chef vénérablede l’Eglise est intimement liée à l’éclat du catholicisme comme à la liberté et à l'indépendance de l’Italie. » Enfin tant de grands Papes qui l’ont possédé et transmis à tant de grands Papes, je pourrais même dire à tant de grands saints, car la papauté en a aussi beaucoup compté, si tous les Papes ne l’ont pas été. Enfin l’Eglise, qui a vu et maintenu cet état de choses par ses décisions et ses conciles; n’est-ce pas là la plus grande des consécrations?... Est-il un droit plus grand au monde ?
Cessez donc, catholiques, qui que vous soyez, de l’attaquer; courbez votre raison devant la grande raison «les siècles comme devant l’Eglise, qui vous le commande, si vous voulez encore qu’elle vous bénisse.