DES PRINCIPES DES NOVATEURS
DESTRUCTION DES ROYAUTÉS. — RÉALISATION DE l'iNDIVIDUA LISME GOUVERNEMENTAL. — CHAOS.
Je ne sais si on a songé au résultat nécessaire auquel doivent conduire les sociétés humaines les principes des novateurs si hautement invoqués au temps actuel, et si on a bien compris quelle serait leur conséquence naturelle, je puis même dire, pour être entièrement vrai, leur conséquence forcée.
Un grand écrivain, penseur profond, a dit, il y a bientôt un demi-siècle : « Les rois s’en vont. «
Ce langage alors parut aussi hardi que téméraire, il n’y avait cependant à cette époque qu’un gouverne-
mont parlementaire en France : Chateaubriand avaitil donc entrevu dés lors les choses actuelles, ou, n’était-ce que son sentiment monarchique alarmé par les clameurs des tribuns, les souvenirs de notre première révolution, les conséquences logiques des principes de 89, ou d’individualisme, — que je ne confonds pas, comme on l’a vu, avec les cahiers des états, — principes aussi hautement exaltés par les hommes d’opposition de la restauration, qu’invoqués par eux comme une grande conquête de la civilisation ? Je l’ignore.
Mais, ce que je sais bien c'est que ce qu’il a annoncé sera bientôt une vérité consommée si les principes des novateurs continuent à recevoir leur application et si vraiment ce qui se passe en Itafie n’est pas seulement, quant aux principes invoqués ailleurs, une courte comédie jouée pour l’actualité, afin d’arriver à satisfaire des intérêts révolutionnaires ou piémontais.
Qu’est-ce en effet que ce droit des peuples de chasser leurs souverains et d’en acclamer d’autres selon leur volonté, disons mieux, selon le droit de la souveraineté du peuple que l’on proclame et que l’on reconnaît ?
Qu’est-ce que ce droit d’une nation, ou d’une partie d’une nation de se donner, selon la volonté du peuple, — même de la volonté du j>euple parfois plus ou moins vraie ou plus ou moins fausse — ou, en vertu du droit de la souveraineté du peuple, — soit à un autre
roi, soit à un autre peuple — au moyen du vote universel ou de toute autre manière ?
N’est-ce pas là un droit tout républicain au premier chef ?
N’est-ce pas là aussi le principe le plus dissolvant de tous les principes de désorganisation sociale ? le chaos mis en pratique ?
En vertu de ce droit de souveraineté du peuple ainsi exercé, un peuple, une portion de peuple — et en logicien conséquent l'auteur de la brochure F Eglise et les nationalités , reconnaît ce droit à la plus petite portion d’une nation ou d’un peuple, — en vertu de ce droit, dis-je, un peuple ne peut-il pas tout aussi bien se déclarer en république que se donner à un monarque étranger ?
N’est-ce pas là son droit ? son droit en ces choses comme en lui-même.
Une fois ce droit de souveraineté du peuple proclamé et admis, son droit n’est-il pas entier, complet, sans restriction ?
Je dis plus : la mise en pratique de la souveraineté de l'homme, — la souveraineté du peuple, — n’est-ce pas le principe républicain ? N’est-ce pas celui invoqué de nos jours, comme d’ordinaire, pour acclamer et constituer la république?
Que cette souveraineté du peuple s’exerce par le vote universel, ou autrement, n’est-ce pas toujours le
même droit rais on pratique ? le même droit consacré, reconnu et accepté comme un principe ?
Or, cela fait, soit que les nationalités, les peuples, ou les hommes, en usent pour élever des rois qu’ils peuvent changer selon leur volonté, — car ce droit une fois admis est imprescriptible comme inamissible. — Un tel principe est ou n’est pas, mais une chose de cetle nature une fois admise ne peut pas être pour un temps et ne pas être pour un autre, — ne peut pas appartenir à une génération d’hommes et ne pas appartenir à une autre. — Elle le peut d’autant moins, surtout, que c’est une chose inhérente à l'homme même et à raison même de sa qualité d’homme ; ■ — de telles choses ne s’aliènent jamais, elles appartiennent au fds et au petit-fils, comme au père et au grand-père, car l'individualité humaine est partout et toujours la même; un homme humainement, comme vis-à-vis de Dieu, est aussi grand, aussi responsable de ses. actes, aussi capable et aussi libre d’agir, d'user du libre arbitre que Dieu lui a donné, qu’un autre homme! Cela est depuis le commencement du monde, cela sera jusqu’à la consommation des siècles, quoi que fassent ou puissent faire et dire les hommes, lorsque leur intérêt est satisfait. — La souveraineté du peuple est ou n’est pas, je le répété... libre à vous de la nier ou de l’admettre; — mais si vous l’admettez, il est de sa nature même de subsister toujours et de
dominer tout, comme plusieurs de nos constitutions depuis 89 l’ont consacré...
Or, comme je l'ai dit, soit qu'ils en usent pour se choisir un roi ;
Soit qu'ils en usent pour se donner à un autre peuple, ou à un autre roi !
Soit qu’ils en usent pour se constituer en république aristocratique, démocratique ou sociale, c’est toujours là la mise en pratique de la souveraineté du peuple, du droit républicain, comme c'est la négation la plus absolue de tout autre principe d’autorité que celle de l’homme ou du peuple , c’est-à-dire de tout ce qui a fait jusqu’à ce jour le droit du monarque, comme du seul principe par lequel ce droit est et peut être.
Avec la souveraineté du peuple, en effet, que devient le principe d'autorité des rois, — de César, — que deviennent les royautés ? — Que deviennent les nationalités elles-mêmes?
Que deviennent-elles, si, pour les sauvegarder, la force n’est pas employée? Et c'est une bien jsetite chose que la force vis-à-vis de la volonté de tous. . . — C’est bien pende chose que la forced’un roi, électif surtout, sans le principe d’autorité qui vient de Dieu; — le droit divin des rois, — d’un roi électif resté isolé avec quelques soldats, ou quelque seïdes, vis-à-vis de la volonté
d’un peuple qui se lève contre lui comme un seul homme... nous l’avons vu déjà (i).
Nous le verrions bien plus souvent encore avec les principes de société des novateurs.
Lorsque l'autorité n’est plus que la force, que la raison n'est plus que la force, que la morale n’est plus que la force, les noms augustes de pouvoir et de devoir, de justice, de bonne foi, de probité, d’honnêteté publique n’ont plus de sens, toutes les vertus périssent faute de raison d’existence ; — le Bas Empire est là pour nous servir tout à la fois d’avis et d’enseignement ; — il en serait ainsi, parce que la force n’est pas le droit et ne le fonde jamais, a Un intérêt invincible, » — dit M. Guizot, ministre du gouvernement fondé en i83o par les soulèvements populaires et par la souveraineté du peuple, et tombé en 1848 par la souveraineté du peuple mise en pratique par d’autres soulèvements populaires, — « avertit les gouverne-
(I) On nous «lira peut-être qu’il en est et qu'il en a «"‘US de même des rois que j’appelle rois légitimes ou de droit divin. — Oui, sans doute, en fait. Mais pourquoi? C'est que le peuple a méconnu alors tout à la lois ses devoirs, le caractère royal, la loi de Dieu, — c’est qu’il a traité les rois légitimes comme des rois faits par lui, — des rois par la souveraineté du peuple...
C'est qu’il a renié le catholicisme ou s’est soustrait à sa loi... Resté catholique et soumis, il ne l'aurait pas fait... Enlin c'est malheureusement qu’il n'est que trop vrai que les hommes parfois courent aux abîmes cl violent ia toi de Dieu...
» mentsque la force ne fonde pas le droit, et que s’ils » n’avaient pour régner que la force, le droit ne pour- » rait jamais en sortir... La force n’est pas le fonde- » ment de la légitimité politique, elle repose sur une » tout autre base. — Que font , en effet , tous les » systèmes par ce désaveu formel de la force ? Ils » proclament eux-mêmes qu’il y a une autre légiti- » mité, vrai fondement de toutes les autres, la légiti- » mité de la raison, du droit (t)...
Si le principe de la souveraineté du peuple recevait une application continue pour faire et défaire les rois, ou pour changer, modifier ou détruire les nationalités, dans quelques années, dans quelques semaines, daus quelques jours, toutes les royautés, comme tou-
(1) Il fallait ajouter encore un mot. M. Guizot, pour rendre voire phrase comme votre démonstration complètes, — du droit qui vient de Dieu, — le droit, la légitimité, qui ont leur principe en Dieu, — Dieu par lequel seul ils sont le droit et la légitimité mais vous auriez pro-
clamé là le droit divin du droit, le droit divin de la légitimité, le droit divin des rois , auquel vous conduisait comme conséquence forcée et vraie votre raisonnement, et, pour être logique, cela vous eût conduit à reconnaître la divinité et l'infaillibilité de l'Eglise... C'était impossible sans nier hautement votre croyance religieuse, — le protestantisme, — vos doctrines politiques, — la nécessité, — dogmes aussi faux l’un que l’autre; car, c’est là, sachez-le bien encore, l'individualisme, l'application et la mise en pratique de l ’ individualisme — que vous avez cependant si éloquemment «t si logiquement flétri, — l'individualisme, que vous avez signalé à tous avec raison comme le principe le plus dissolvant, la désorganisation, la barbarie.
Pensez bien à ces choses et décidez ce que vous devez faire et dire, fiat tu x
tes les monarchies de la terre auraient disparu pour faire place à des républiques.
Quelques années, quelques semaines, quelques jours encore, les républiques comme les nationalités, plus ou moins grandes ou plus ou moins petites, créées par la souveraineté du peuple que je viens de dire et dont l’individualisme est le principe, n’auraient-elles pas disparu elles-mêmes pour faire place à des groupes d'hommes, à des familles, à des individualités ; car, quand on est sur la pente du principe, on va jusqu’au fond... Que serait-ce alors de l’humanité?
Voilà cependant où conduit la négation du principe d’autorité proclamé et reconnu par Dieu même eu la personne de César, — le droit méconnu, — c ’està-dire les grands principes professés et appliqués de tous les temps, et qui, depuis le commencement du monde, je puis dire, ont constitué les sociétés et servi à gouverner les hommes, remplacés par la souveraineté du peuple, — par l’individualisme.
L’individualisme, principe de ruine pour toutes les sociétés, nous le répétons, — sociétés modernes comme sociétés anciennes ; — si vous en doutiez, écoutez encore M. Guizot lui-mème, tout protestant qu'il' est, parlant des effets de l’individualisme pour les sociétés humaines et constatant par des faits mêmes son résultat. — «J'ai fait remarquer, dit-il, dans la dernière » séance, que nous devions aux Germains le sentiment
» magique de la liberté individuelle, de r individualité » humaine. Or, dans un état d’extrême grossièreté et » d’ignorance, ce sentiment même c’est l’égoïsme dans » toute sa brutalité , dans toute son insociabilité. Du » v“ au viii* siècle, il en était à ce point parmi les Ger- » mains, ils ne s’inquiétaient que de leur propre in- » térèt, de leur propre volonté; comment se seraient- » ils accommodés à un état un peu social? On essayait » de les y faire entrer, ils 1 essayaient eux-mêmes, ils » en sortaient aussitôt par un acte d imprévoyance , » par un éclat de passion , par un défaut d'intelligence. » On voit à chaque instant la société tenter de se for- » mer ; à chaque instant on la voit rompue par le fait » de l’homme, par l'absence des conditions morales » dont elle a besoin pour subsister. Telles étaient , » messieurs , les deux causes déterminantes de l’état » de barbarie (i). »
Voilà pour la barbarie.
Il avait dit : « Partout ou l'individualité domine » presque absolument, où l'homme ne considère que « lui même, où ses idées ne s’étendent pas au delà » de lui-même, où il n’obéit qu’à sa propre passion, » la société, — j’entends une société peu étendue et » permanente, — est impossible. »
Que serait-ce donc, à plus forte raison , pour une grande société?
(I) Ciiiiul- Cir lisalion de CEurope.
Voilà pour l’impossible I
Il en serait de même de l’homme au point de vue spirituel, qui n’aurait plus de rc|igion , d’église, de Pieu.
M. Guizot reconnaît encore lui-même que le licq religieux peut seul maintenir |es sociétés , aussi n’y a-t-il pas d’exemple dans l'antiquité, de sociétés sans religion ou culte de Dipu. Les Juifs reconnaissaient Dieu, le Dieu du catholicisme; — |es païens, Jupiter; — l'Inde, Brahma; — la Chine, Visnou; etc., etc. Toutes les législations anciennes inscrivaient dans leurs lois, le respect et le culte de la divinité.
Il existe une loi supérieure et d’une autorité éternelle qu’il faut observer; il y a des dieux auxquels l’Etat doit un culte public, {leges Atticee.)
Il est une loi antérieure et divine, une loi principe, la loi des lois.
a C’est, ditM. Guizot, en raison des idées, des sen- » timents , des dispositions morales et intellectuelles » de l’homme, que le monde se règle et marche; c'est » de l’état intérieuràe l'homme que dépend l’état pos- » sible de la société. Il est clair que si les hommes n’ont » pas des idées qui s'étendent au delà de leur propre » existence, si leur horizon intellectuel se borne à eux- » mêmes, s’ils sont livrés au vent de leurs passions et » de leur volonté, il njr a pas entre eux de société h possible. »
Cicéron et Platon s’exprimaient encore bien plus nettement : « Il sera toujours, disait Platon , aussi im- » possible de constituer un Etat, sans qu’une religion » publique lui serve de base, que de bâtir une ville » dans les airs fi). B
« Des sophistes, s’écriait Cicéron, ont nié et peut- » être nient encore que Dieu se mêle en rien du gou- » vernement des choses humaines. Si leurs systèmes » sont vrais, où est la sainteté, où est la religion ?... En » refusant à Dieu le culte qui lui est dit, on détruit la » probité et la justice, la plus admirable des vertus, on » rend impossible toute société parmi les hommes (2).»
Enfin Hossuet, parlant tout à la fois de la nécessité de la religion et de l'impuissance de la force dit encore .a Si la religion cesse d’être la loi des sociétés, tout » repose alors sur une liberté farouche et sauvage, où » chacun peut tout prétendre et en même temps tout » contester, où la raison 11e peut rien, parce que cha- » cun appelle raison la passion qui le transporte ; où » le droit même de la nature demeure sans force puis- » que la raison 11’en a point; où, par conséquent il » n’v a ni propriété, ni domaine, ni bien, ni repos » assuré, ni, à dire vrai, aucun droit si ce 11’est celui » du plus fort, encore ne sait-on jamais qui c’est,
(1) Platon. Jp., page 1125.
(2) Cic. De leye, art. iv.
» puisque chacun, lour à tour, peut le devenir selon » que les passions feront conjurer ensemble plus ou » moins de gens (i). » — Avis aux forts qui ne connaissent de droit que la force !
Puis, continue Mgr Fayet(f), mort évêque d’Orléans, mon regrettable et aussi savant que spirituel collègue de la Constituante, — qui sut si bien un jour renvoyer l'impartial, le courageux, l'imperturbable en ses convictions politiques, le grand, l'immortel président Dupin, de Philippe ivre à Philippe k jeun, M. Dupin, ce galantuomo, qui dans la question actuelle du Pape et de l’Italie vient de donner un si fier exemple de catholicisme, d’indépendance et de dévouement tout filial pour l'Eglise, à tous ces misérables sycopha rites de tous les pays qui ont toujours une courbette en réserve pour les forts, un sarcasme pour les faibles, des habilités spécieuses k mettre avec leur honte au service des vainqueurs et des lâchetés toutes prêtes pour conquérir les honneurs ou les conserver, — Mgr Fayet, k qui j’emprunte ce passage : « Tel est pour- » tant le terme fatal où vont aboutir les législations » purement humainesqui placent toutesouverainetére- » ligieuso et morale dans l’homme ou dans le peuple. » C’est un problème encore indécis, desavoir combien
|tl BosMiet, V. Jcertissement aux protestant*.
(2) Instruction pastorale sur t'etal de l'hjUse, 1847.
» de temps une société peut subsister dans cet état;
» mais il y a un ordre général dans le monde contre » lequel rien ne prévaut, c’est que les êtres qui violent » les lois essentielles de leur nature, ne vivent pas » longtemps... Il faut se hâter de rentrer daps les » éternels principes de l’ordre pour peu qu’on ait
» eu le malheur d’en sortir. » a Qui le croirait?
» tout un siècle a vécu sur cette erreur capitale, que » la souveraineté du peuple était un dogme bien ancien » dans le monde et que les plus grandes républiques b de l’antiquité l’avaient donné pour fondement à leur b état social. Le contraire est la vérité. Il n’y a pas » un seul peuple, sous quelque forme de gouvernes ment qu’il ait existé, qui en ait fait la base de sa b législation; et, aujourd’hui même, à l’exception de b ce peuple naissant, de qui nos pères l’ont emprunté, d ce d°gme athée n’est légalement professé par aucune b nation. a
L’humanité sans religion , sans principe d’autorité , sans rois et sans Dieu, où en serait le monde ?
Les sociétés sans principe d’autorité spirituelle;
Les sociétés sans principe d'autorité temporelle;
L’homme avec ses passions, sa démoralisation, sa perversité , quel chaos 1 »
Est-il possible d’y penser sans sentir un frisson horrible et sans trembler poursoi comme pour l’humanité tout entière, — surtout lorsqu’on se rappelle cette
triste maxime d’un philosophe du dernier siècle, — J.-J. Rousseau : « Jamais j >euple n'a reculé devant » une corruption plus profonde. »
Oh 1 ce serait bien le cas de s’écrier avec l’évangéliste saint Jean : Malheur, malheur à ceux qui vivront dans ce temps-là !
Malheur, malheur, si Dieu n’y inet un terme ; malheur, malheur pour l’homme et pour les sociétés d'hommes actuelles, si Dieu dans sa miséricorde ne les prend en pitié et ne les éclaire 1
Choisissez maintenant vous tous , rois , peuples et hommes.
Acceptez la loi de Dieu , le principe d’autorité qu’elle reconnaît et proclame, ou proclamez et appliquez le principe nouveau de souveraineté du peuple
ou dç l’homme écoutez, ou faites taire vos plus
mauvaises passions vous en êtes maîtres il en
est temps encore...
Mais, si vous ne'craignez pas Dieu, si vous ne l’aimez pas; si vous ne le connaissez pas, ou ne voulez pas reconnaître sa loi;. ..si vous n’ètes effrayés ni par les flots prêts à se soulever, les tempêtes prêtes à surgir; car, j’entends déjà les craquements de la terre et le bruit des marteaux qui forgent des armes de mort; je vois les éclairs produits par le salpêtre q.u’on essaye; je vois les nations au nom des intérêts purement terrestres; la catholicité entière au nom des in-
térêts de l’Église, qui se lèvent, car c’est là aussi pour les catholiques la nationalité; nationalité bien plus grande et bien plus forte que les autres nationalités de la terre, car c'est la foi et l’auiour de Dieu qui la font... Nationalité que personne n’osera méconnaître sans doute, car tous les catholiques du monde sont fils de l’Eglise... de l’Eglise militante sur la terre, comme ils doivent l’être un jour de l’Eglise triomphante au ciel... et, mourir pour la patrie , c'est la plus belle des morts !
Bien des cœurs et des hommes ont répété ces paroles avec enthousiasme comme le refrain de leurs chants et de leurs sympathies pour la république révolutionnaire, comment les catholiques, dans un pieux enthousiasme et comme fils et soldats de l'Eglise, n’entonneraient-ils pas aussi Ce chant, comme un patriotique cantique, par amour pour la patrie ; cette nationalité terrestre que Dieu leur a donnée pour les conduire à la patrie céleste ; ou comme un hymne de gloire qui, commencé sur la terre avec les hommes, doit finir dans le ciel avec les anges ?
Si rien de tout cela ne vous arrête, vous tous à qui je m’adresse, écoute/., écoutez au moins vos intérêts les plus chers qui vous disent de respecter le droit partout, si vous voulez qu’on respecte le vôtre; surtout de respecter le droit des faibles, si vous ne voulez pas vous-mêmes être victimes des puissants et des forts, ou
bien plus encore des fourbes, des perturbateurs et des
démagogues Royautés, républiques, nations ou
hommes l’injustice et la tyrannie existent partout
où n’est pas la loi de Dieu.
Quant à moi, pour achever ma tâche, il ne me reste plus qu’à me prosterner et à crier à Dieu qui peut tout, de toute la puissance de ma voix et de ma prière : O Dieu bon et miséricordieux , sauvez la France, sauvez le monde de la crise sociale qui les menace, c’est la crise la plus terrible qu'il y ait eu jamais peut-être; pitié, pitié pour l’homme, écoutez nos prières; ne lui demandez pas encore du sang.., ne permettez pas que le sang humain soit versé de nouveau par torrents... surtout si ce n’est pas un arrêt terrible de votre colère... Révoquez-le même, cet arrêt, s'il existe... pitié, pitié encore... miséricorde... pardonnez aux hommes et sauvez-les...