TI
biles, et envahi la Sicile d’abord, puis Naples ensuite, aux cris de : A bas le Bourbon! mort au Bourbon! — comme s’il était besoin de ce cri lugubre des plus mauvais temps de notre première révolution pour dire encore à tous hautement, — ce sont les démagogues qui sont là...
A qui restera la victoire des armes ? — Nous l’ignorons; mais ce que nous savons bien, c’est que, quoi qu’il arrive, le roi de Naples, comme ses nobles et courageux frères, sortira de là en pouvant dire à tous, comme autrefois François l* r , — ce que tous ne pourront peut-être plus dire : — Tout est perdu, fors l'honneur!... Il pourra ajouter encore : — Si telle est la volonté divine, — je n'ai pu mourir, ni sauver mes peuples en combattant ; — mais au moins il dira : — J'ai su défendre mes droits, la dignité royale, et remplir mes devoirs en roi.
J'ai combattu en vaillant fils de la maison de France, je, me suis montré digne du nom de Bourbon.
Kl chacun se courbera devant lui, — chacun l’honorera .
Empereurs et rois de l'Europe, c’est vous qui l’aurez voulu !
Puisse votre tour ne pas arriver !
Puisse Dieu vous éclairer en vous indiquant vos devoirs, et vous donner la force de les remplir I
Est-ce la démagogie qui se lève?
Est-ce la démagogie et le Piémont qui agissent de concert?
Dans le chapitre VII. j’ai prévu ces deux hypothèses ; je n’y changerai rien ; j’y ai dit ce que serait un tel état de chose.
Cependant je n’avais pas prévu que l'audace et la barbarie seraient poussées au point où elles le sont.
Un général d’occasion qui a rendu ses épaulettes à son roi, attaquant à la iête de bandes révolutionnaires à lui, parlant de l’un des ports du royaume, de celui qu’il a cessé de servir, et se ruant sur les États d’un roi voisin pour le déposséder et le détrôner sans éprouver aucun obstacle du roi qu’il servait : je dirai plus, ce roi permettant qu’il en soit ainsi ou l’aidant.
D’un autre côté, ce roi entrant un peu plus tard à main armée dans les Etats du Pape sans déclaration de guerre.
Tous les rois et les empereurs assistant à de telles choses l’arme au bras.
Où en sommes-nous î
Est-ce la démagogie qui se rue sur le monde? A voir à Naples, Mazzini, Crispi et leurs amis, on le croirait.
Est-ce le descendant de la vieille maison royale cL'EÜde»**. qui vient enterrer là sa gloire et sa royauté?
Sont-ce les rois et les empereurs qui s’en vont ?
Est-ce la barbarie qui envahit le monde?
La civilisation va-t-elle à tous faire entendre sa grande voix et leur dire leurs devoirs ?
Attendons, espérons...
Quant à présent, il ne nous est pas possible, cependant, de ne pas dire que nous n’avons jamais vu rien de si outrecuidant, rien d’aussi barbare.
Attendons... Dieu est là : la justice est là, l’intérêt du monde est aussi là.
Attendons...
Les empereurs et les rois vont se réunir, dit-on, à Varsovie.
Attendons.
Deux grands exemples viennent déjà d’être donnés au monde, à la gloire de la France...
VIH —
Notre armée en Italie et à Rome vient d’être augmentée, l’ordre lui a été donné de défendre le Pape...
La gloire semble devoir toujours être le partage de la France . nos soldats, après avoir vadlamment combattu à Sébastopol et à Magenta, comme sur tous les champs de bataille où ils ont été conduits, semblent appelés à une gloire bien plus belle el bien plus grande encore, celle de sauver la chrétienté... Gloire à Dieu ! honneur à une aussi noble posée ! !
Puisse cette pensée être la véritable ! !
Elle est digne de la France.
Ce sont là de bien purs et de bien glorieux lauriers à cueillir !
D’autres Français sont allés aussi spontanément entourer le Pape et lui faire un lempart de leurs corps.
* ' Honneur à vous, noble et brave général de I,amoricière, qui, après avoir si intrépidement combattu pour la gloire de la France sur les murailles de Constautine, les champs de l’Algérie, et avoir exposé si vaillamment votre vie pour sa sécurité et son salut dans les rues de Paris, assailli par le socialisme lors de noire seconde République, êtes allé sans hésiter, et malgré toutes les clameurs des démagogues, des fous ou des impies, offrir si noblement votre épée et votre expérience militaire au Saint-Père !
Honneur à vous aussi, courageux hommes de toutes les classes < t de toutes les parties de l’Europe et du monde, à vous, surtout, catholiques fils de la France, de l’Irlande, de la Belgique, de la Suisse, de l’Allemagne et de l’Espagne, qui avez tout quitté, bien-être, fortune, famille, pour aller vous enrôler comme simples volontaires dans cette catholique armée !
En le faisant, vous avez tous fait là le plus grand acte que
l’on puisse faire au monde, — vous êtes devenus de nouveaux Machabées !
D’aulres vont d’ordinaire chercher, sur les champs de bataille, les gloires ou les distinctions humaines... un haut rang dans le mondé, les honneurs, la fortune, sans s’inquiéter, comme l’a si bien dit saint Bernard, s’ils servaient ou non ces causes pour lesquelles il n'jr a pas de sûreté à donner la mort ou à la recevoir.
Vous, oubliant tout et vous oubliant vous-mêmes, vous n’êtes allés à Rome que pour offrir vos cœurs et vos services au Pape, à la chrétienté, à Dieu.
Un grand nombre d’entre vous, comme ces Bourbon Chalux , illustres descendants de la maison royale de France; ces Sabran, ces Rohan-Chabot, ces de Lorge, ces Larochefoucauld, de nos grandes maisons ducales; ces Charette, ces l’imodan, ces Calhelineau, ces Recdelièvre, ces Sapinaud, ces d’Héliant, ccs Quatrebarbes, fils des illustres chefs des armées vendéennes ou des plus nobles familles de France; ces Daudier, ccs l'icou, ces Carré, cesLemonnicr, ces Legonidec, ces Wiart, ces Nalberl, ccs Marius- Marlin, ces Joly, ccs Ménard, ccs Pidolcau, ces I.emerle, ces Joubert, ces Pinsonncau, ces Boidin et tant d’aulres partis au premier appel de Paris, Nantes, la Vendée, la Bretagne, Bordeaux. Lyon , Lille. Poitiers, Marseille, Angers. en un mot, de toutes les parties de la France, que je voudrais pouvoir nommer tous, — comme j’ai dit une autre fois tous les noms des héroïques combattants de la Pénisière, — catholiques représentants de nos vieilles familles de bourgeoisie et du peuple de nos villes et de nos campagnes, ne sont allés là presque tous que pour y prendre l’habit de bure du simple soldat...
Ils n’y sont pas allés non plus pour vaincre, mais pour
faire un grand acte de foi, — un grand acte de catholicisme.
Vulgairement, on ne le comprendra pas, sans doute, dans notre temps d’ignorance des choses de Dieu, — notre temps de corruption.
Bien des gens, de nos jours, ne comprennent que ce qui rapporte des honneurs et de l’argent.
Tous ceux qui comprennent, cependant, ce qui est bien et grand en ce monde comprendront...
Dieu aussi comprendra bien ..
Ce n’est pas la gloire qui rapporte, — ni seulement celle qui grandit, — pour laquelle il a des couronnes.
Ce n’est pas la victoire qu’il récompense, le vainqueur qu’il exalte, — aux temps anciens, c’étaient les Machabées vaincus qu’il recevait au ciel et non leurs vainqueurs.
Ce sont les Machabées qui ont laissé un grand et saint souvenir et non ceux qui les ont vaincus. . . Ce n’est pas non plus aux vainqueurs, mais aux vaincus, qu’aux temps anciens la Grèce, et depuis la postérité, a décerné la gloire des Thermopyles !
Quoi qu’il puisse arriver, honorables généraux de Lamoricière et de Pimodan, on ne demandera pas si vous avez été vainqueurs ou vaincus, si vous avez combattu ou si votre épée est restée dans le fourreau, bien qu’il puisse y avoir encore pour vous, à Rome, une grande gloire humaine.
Ce qu’on se demandera surtout, ce que la catholicité, ce que le monde demandera, ce que tous les siècles diront, c’est pourquoi vous êtes allés à Rome ; tout ce que vous avez quitté ; quel grand exemple vous avez donné en le faisant ; quel grand acte de dévouement et de foi vous avez fait là.
Ce n’est point seulement à la mo'le des preux . et des vaillants du monde que vous avez servi par là le Pape, la chrétienté, Dieu; — c’est à la mode des martyrs...
Cette gloire en vaut bien d’autres...
Cette gloire, nous dirons mieux, ei, pour être plus vrai, est la plus grande de toutes les gloires.
La terre a pour elle son admiration et ses éloges et j’ai lu jadis aux livres saints, que V Apôtre vit au Ciel sous l'autel les âmes de ceux qui étaient morts pour la gloire de Dieu. « Vmi sijbtus altabe animas interfectorum fro- » pter verbum Dei. » — Ils unissaient leurs voix aux chants des habitants des Cieux, et princes des martyrs, ils jetaient leurs palmes et leurs couronnes aux pieds de l’Agneau.
Voilà, généreux défenseurs du Pape et de l’Église, qui que vous soyez, voilà votre part
Je ne m’inquiète même pas, dirai-je en finissant, ni de votre vie, ni de votre mort, ni pour vous, ni pour l’Église, ni pour N. S. P. le Pape.
Si Dieu vous appelait à cueillir la palme du martyre en tombant sur les champs de bataille, ce serait une grande gloire : gloire pour vous et vos familles. — Dieu ne la donne telle qu’aux élus, comme je viens de le dire, dont il veut faire des princes du Ciel.
Les martyrs, c’est aussi par eux que Dieu a propagé sa religion sainte. C’est par eux que l’Église s’est affermie, agrandie, glorifiée.
C’est ce qui l’affermirait, l'agrandirait, la glorifierait encore.
Votre sang purifierait le monde, apaiserait la colère de Dieu, enfanterait d’autres martyrs ; — à votre petite armée succéderait de grandes armées — où l’Eglise victorieuse
— Itl —
triompherait par la paix, — car Dieu peut tout, et, ce qui est certain, c’est que l’Eglise triomphera et sortira plus glorieuse que jamais des luttes des hommes : Dieu l'a dit.
Gloire à vous ! Gloire !
four vous, nobles croisés du Pape, il y a gloire partout, gloire toujours, comme il y a gloire pour tous ceux qui iront vous rejoindre; comme il y aurait une grande gloire pour ceux qui iraient vous remplacer, si Dieu vous couronnait de la gloire de ceux qui meurent sur les champs de bataille pour la foi.
Je dirai surtout à ces brillants jeunes hommes de nos grandes familles de France, — qui semblaient vivre oisifs, insouciants et bien plus occupés de leurs plaisirs que des grands intérêts de la société, — qu’ils viennent de prouver qu’ils étaient dignes de leurs aïeux, les croisés au temps de saint Louis; que leur oisiveté, comme leur insouciance des grands intérêts du monde, n’étaient qu’apparentes et tenaient seulement à ce que, pénétrés de la parole de saint Bernard que j’ai dite, ils ne voulaient combattre que lorsqu'ils étaient certains qu'il y avait sûreté d donner la mort ou à la recevoir.
Parce qu’ils viennent de faire, leur nom a reçu une nouvelle illustration, leurs familles une nouvelle vie. — Une nouvelle ère semble commencer pour eux et pour elles. S’ils mouraient surtout eu héros chrétiens, je leur dirais, qu’ils viennent de retremper la noblesse de France au sang des martyrs, et que, comme pour l’Eglise, c’est pour elles une nouvelle garantie de gloire et de grandeur.
C’est assurément bien ainsi que les grands de la terre confirment réellement leur grandeur et s’en rendent dignes.
C’est aussi assurément bien ainsi que les petits deviennent véritablement nobles et grands, et se confondent avec les plus grands aux yeux des hommes et en Dieu, qui lorsque tous sont morts d’une même mort et ont cueilli ensemble sur le champ de bataille des Machabées la sainte couronne, fait de tous sans distinction, des princes du Ciel, pour me servir encore des paroles de l’apôtre saint Jean.
Répétons donc encore : Gloire ! gloire donc à tous !
Un mot, et j’ai terminé : cela regarde tout particulièrement la France.
Dans l’invasion de la Sicile, les munitions de guerre fournies à Garibaldi venaient presque en totalité de l’Angleterre, s’il en faut croire les assertions des journaux. — Une flotte anglaise a assisté au débarquement des garibaldiens. — Elle a demandé à la flotte napolitaine de suspendre pendant deux heures son feu. Pendant ce temps, les assaillants ont débarqué. — A Palerme, lors de la capitulation des forts et de la ville, la flotte anglaise était là. Le nom de l’Angleterre était invoqué comme il est invoqué par les Druses en Syrie : un instant même il s’est agi de lui livrer les forts qu’elle a également occupés un instant.
Je ne puis taire le sentiment tout français qui m’anime, ni faire taire mon patriotisme alarmé par un tel état de chose.
Serait-il vrai que les Anglais, un jour ou l'autre, pourraient devenir maîtres de la Sicile, ou y dominer en y arborant leur drapeau ou de fait ?
Pour mon compte, je ne pourrais le voir sans alarmes.
sir —
J’appelle sur ce point l'attention de tous en France et particulièrement celle du gouvernement.
Cela ne me semblerait ni sans danger pour notre prépondérance, ni sans danger pour notre dignité nationale et l'avenir de notre marine et de nos possessions d’Afrique.
Déjà l’Angleterre est maîtresse d’une partie des île Ioniennes, de Malte et de Gibraltar.
Par Gibraltar, elle est maîtresse de l'entrée de la Méditerranée.
Les flottes ou les vaisseaux étrangers no peuvent passer que selon son bon plaisir et sous le feu de ses canons qui se croise, — ils ne peuvent passer qu’au risque d’être coulés bas.
Si, à un moment donné, elle se refusait à ce qu'ils passassent;
Si, à un moment donné, elle abritait dans les ports ou les rades de la Sicile, qui lui fourniraient ot des vivres et des munitions, comme dans le port de Malte, uue marine puissante;
Si nous n’avions alors que quelques vaisseaux de guerre à Toulon, et nos paquebots et quelques bâtiments marchands à Marseille, et qu’elle fût en paix avec la Russie;
Ne serions-nous pas à sa discrétion ?
Nos rapports avec Alger ne seraient-ils pas subordonnés à son bon plaisir?
Son bon plaisir nous serait-il toujours favorable?
Ceux qui comme moi se trouvaient à La Rochelle en 1809, peuvent-ils oublier que la marine anglaise a détruit alors, dans quelques jours, presque tous nos vaisseaux de guerre français, réunis à 1 île d'Aix, et que le feu de ses brûlots, comme celui de nos vaisseaux qui sautaient, était
si vif, qu’à deux lieues de là, sur le port el les bassins de La Rochelle, malgré ses murailles élevées, on y voyait comme en plein jour?
Ne pourrait-elle pas réserver le même sort à notre marine à Toulon?
Ne pourrait-elle pas menacer notre conquête d’Alger, dont elle s’est montrée parfois si jalouse, en interceptant nos communications avec elle, nous y suscitant des embarras intérieurs et en y portant scs forces ?
Aucunes compensations pourraient-elles pour la France contre-balancer soit ces dangers, soit ces calamités-là ?
Que serait-ce si elle dominait à Naples?
Le permettre, ne serait-ce pas tout ce qu’il y aurait de plus contraire aux véritables intérêts de la France?
Le conjurer et l’empêcher, ne serait-ce pas tout ce qui serait de plus français?
La France est la plus grande puissance du monde... Son épée, ou seulement sa volonté, jetée dans la balance, et il se fera dans 1 Italie et dans le monde tout ce qu'elle voudra.
A tous, je demande de vouloir comme moi ce qui est gloire, grandeur et sécurité pour elle.
A cela, il y aura aussi gloire, grandeur et sécurité pour tous.
Ce serait le plus grand des bienfaits pour le monde. — R serait soustrait à la barbarie qui le menace. — Les grands principes qui sont la gloire de la civilisation seraient maintenus. — Le bon droit respecté partout, toutes les nations iraient en paix aux grandes destinées qui les attendent dans l'ère nouvelle qui serait par là inaugurée.
Dieu ferait le reste...