‹ Le pape et l'ItalieChapitre 4 sur 24 · DO DEVOIR DANS LES CIRCONSTANCES ACTUELLES · texte numérisé non relu

DO DEVOIR DANS LES CIRCONSTANCES ACTUELLES

Permettez-moi, Monsieur et honorable Collègue, <le vous adresser mes félicitations et de m’associer à votre lettre sur le Devoir dans les circonstances actuelles , qui pose d'une manière aussi courageuse que vraie la question italienne, et en signale en même temps hautement les causes et le but véritable, tout en dévoilant les moyens de réussite de tout temps employés par

Jes révolutionnaires, moyens auxquels bien des gens se laissent malheureusement piendre avec trop de facilité.

C’est une tactique ancienne et bien usée, que cette manière de ne jamais attaquer les choses de front, et de prendre la peau de l'agneau pour en couvrir les griffes de l’hyène ; mais elle a une telle puissance que

son succès est presque toujours certain Il y a

tant de bonnes gens !

Aux assemblées constituante et législative, je ne l’ai pas oublié, toujours nous étions sûrs de la victoire lorsque la question était carrément posée, car chacun qlors y voyait clair; mais presque toujours aussi nous étions certains d’ètre battus lorsque, sous le prétexte de l’intérêt public, les habiles des partis révolutionnaires faisaient patte de velours, avec une dextérité d’autant pluS grande qu’ils étaient des compères d’autant plus fins ou plus astucieux ; car alors les bonnes gens s’y laissaient prendre.

Honneur donc a vous, Monsieur et honorable Collègue, qui signalez à tous l’état vrai des choses, lorsque vous dites avec raison : « On voudrait peu àpeu, pas » à pas, conduire le clergé et les fidèles jusqu’à l’en- » tier accomplissement des faits, de sorte que, placés » enfin en face de l’irrévocable, ils n’eussent plus à « choisir qu’entre un effort désespéré contre l’impos- » sible, et le stérile remords d'une condescendance

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» inutile; » et ajoutez, avec la haute raison qui vous distingue, que dans de telles circonstances, « il faut » user de tous les moyens légaux qui nous sont en- » core laissés, pour conjurer le plus grand péril dont » la société ait depuis longtemps peut-être été me- » nacée : u car, il ne s'agit pas là, qu’on le sache bien, d'une querelle de puissance à puissance, de dynastie à dynastie, de nation à nation ; bien moins encore d’une question de nationalité. La nationalité italienne invoquée, le pouvoir temporel du Pape mis en avant : ce n’est au fond que le pavillon neutre pris pour couvrir la contrebande de la marchandise.

La question vraie en réalité, comme la question vraie en fait, pour les révolutionnaires de tous les pays, c’est la guerre à Rome, et l'écho encore de ce cri d'un autre temps : Mort à F infâme ! c'est l’amoindrissement d’abord du pouvoir papal, son anéantissement, sa ruine ensuite... et avec elle, et comme conséquence certaine et forcée, la désorganisation sociale avec tous ses dangers, l’anarchie avec ses terreurs et ses crimes;

C’est le combat du désordre contre l’ordre;

C’est la guerre du bien et du mal ;

Ce sont les Titans du temps ancien , armés contre Jupiter :

C’est Satan en révolte contre Dieu

Que l’on ne dise pas que c’est là de l'exagération,

ni quant au fait en lui-même, ni quant à ses conséquences.

Quant à ses conséquences, si nous interrogions l’histoire et fouillions les temps passés, quelles preuves éclatantes ne nous fourniraient-ils pas / que d'époques de terreur, d’anarchie, et tout ensemble de sang, de désolation et de deuil pour les peuples, nous aurions à citer à l'appui de cette incontestable vérité !

Quant au fait :

Un fait aujourd’hui que tous connaissent, suffit à lui seul pour détruire tous les doutes que l’on voudrait essayer de jeter encore dans les esprits : qui n’a lu il y a peu de jours les lettres adressées aux étudiants des Universités de l’Italie par Garibaldi, ce Général de la ligue des révolutionnaires italiens, si exalté par eux ?

«Jeunes élus! vierge et pure espérance de l’Italie!... » je vous parle tout ému, dit-il, comme si j’étais en a présence d’un aréopage idéal d'hommes... Tout » homme né sur cette terre, devrait mettre la main » aux pavés des rues, et venger sur ces misérables a hypocrites à soutane noire les malheurs, les injures, » les souffrances de vingt générations passées 1... Cette » race maudite siégera demain... et protégée, à côté » des représentants des nations les plus illustres, et » demandera avec insolence la continuation d'un » pouvoir qui ne s’attache qu’à corrompre la nation...

» qu’à voler à nos pauvres frères leur or pour ri- » pailler salement... la continuation d’un pouvoir... » qui a lancé l'anathème sur le peuple et sur l'armée » régénérateurs... sur le roi preux et généreux que » Dieu a donné aux Italiens comme un ange ré- » dempteur, et qui ne peut, pour le moment, ra- » cheter l’Italie, parce que, dans le centre de cette » Italie, au cœur de cette Italie, il y a le chancre appelé » la papauté... Vimposture appelée la papauté... »

Est-ce clair?

Les années courent, les siècles passent... mais les hommes!.,, les hommes restent les mêmes... bieu fou qui s’abuserait... Satan est toujours Satan et le sera jusqu’à la fin des siècles;... de même que Dieu est toujours Dieu, l’Église son organe infaillible, et le Pape son représentant le plus vénérable et le plus vénéré sur la terre.

Oui, Monsieur et honorable Collègue, en présence de telles choses, en de telles circonstances, je in’unis avec empressement à vous pour dire aussi : o J'aime » mieux ce qui expose que ce qui avilit; j’aime mieux, » pour moi, pour tout ce qui m’est cher et sacré, la » lutte avec ses chances et ses périls que la défaite. » subie d’avance, l’humiliation froidement conseutie: » car, s’il est une noble cause, c’est celle-là... Ce n’est pas pour soi, ni par un sentiment égoïste ou pour les honneurs que l’on combat; ce n’est pas pour la gloire

seulement, — seulement pour le triomphe du drapeau de la patrie, noble ambition cependant, qui de tout temps, en France, a faii battre les plus nobles coeurs, et décidé tant de nobles hommes a aller se faire tuer sur les nombreux champs de bataille de l'Europe, sans s'inquiéter de la cause réelle poiir laquelle ils combattaient, se montrant en cela guerriers plus grands que grands politiques peut-être, mais en fait ne voyant et ne considérant qu’une chose, la gloire militaire du pays et la leur, et n’étant accessibles qu’à cette glorieuse et toute patriotique pensée : C’est le drapeau de la France, il doit vaincre ; tout militaire doit mourir pour lui assurer la victoire...

Ici c’est, comme vous le dites si bien encore, pour la cause la plus élevée qui puisse faire battre uu coeur d’homme, le coeur d’un homme de bien.

« Quand bien même on accorderait, dites-vous, et » vous avez raison, cette monstruosité, que la modi- » fication, la transformation ou la destruction du » Saint-Siège ne sont pas des questions religieuses au » premier chef, est-ce que de pareilles entreprises, de » quelque nom qu'on les nomme, ne soulèvent pas » tout à la fois toutes les questions d’ordre sociàl, » de politique internationale et de tradition fran- » çaise? » je pourrais même ajouter, de relations et de traditions européennes?

Est-ce qu’elles ne provoquent pas des guerres et

des bouleversements et n’occasionnent pas tous les maux qu’ils entraînent à leur suite?

Est-ce que le renversement, s’il était possible, des institutions de l’Eglise, de la civilisation qu’elles ont apportée au monde, ne créerait pas le chaos?

Peut-on penser sans frémir à l'état où le monde serait par là plongé?

Ceux qui rêvent de pareilles choses sont plus insensés encore que coupables ; ils ne voient pas que tout n’est, ne vit à l’époque actuelle, dans l’Europe et dans le monde, que par le christianisme... que

notre civilisation actuelle est toute chrétienne.

Qu’il y ait des schismes ou des sectes dissidentes, peu importe ; la première pensée, l’impulsion, viennent de là.

Comme vous le dites encore, « l’avenir est là tout » entier : tant que la politique et la morale n’auront » pas contracté une solide alliance, le monde ne con- » naîtra ni grandeur ni repos... Si la société livrant b ses voiles à tous les vents, recommence à tout propos » et à toute heure sa navigation sans boussole, sans » gouvernail et sans lest, elle ira se heurter d’écueil » en écueil, et elle finirait par sombrer, entraînant » avec elle ceux qui la poussent, comme ceux qui la » retiennent. »

Quelle belle société, en effet, que celle où régnerait seule la déesse Raison , cette Janus à autant de faces

qu’il y a d'individualités sur la terre, et chez laquelle la face la plus difficile à rencontrer serait celle-là tnémc dont elle porte le nom ! et la plus commune, celle qui caractériserait toutes les mauvaises passions, l'extravagance, la folie.

Déjà deux fois nous l’avons vue à l’œuvre; l’on peut juger par ce qui a été de ce qui serait encore.

Nos grands hommes comme nos grands sages de cette société, les coryphées que la puissante déesse élevait le plus haut, se sont fait entendre, soit à la Convention nationale, soit en nos deux assemblées constituantes... chacun a pu juger... chacun sait aujourd’hui si, en cheminant, ils sont devenus de grands hommes, bien qu’on les ait parfois couronnés de roses comme des demi-dieux; et je crains bien qu’il ne fût pour l’aréopage de cette société rationaliste, fort difficile de décider à qui il doit décerner le prix, des hommes d’autrefois, ou des hommes d’hier, voire même des chefs, généraux, ministres, diplomates, ou sénateurs de la société des hommes de la raison d’aujourd’hui, s’ils étaient admis au concours; surtout, si comme échantillons ils y apportaient leurs œuvres.

A la difficulté de choisir entre tant de grands hommes ou plutôt, pour être plus net et substituer la vérité à l'ironie, tant de grands perturbateurs du genre humain, comme à celle de traverser des ruines,

les cadavres et le sang dont ils ont jonché la terre, viendrait s’ajouter celle de se faire entendre au milieu de% voix ou des hurlements des peuples, et de ce cri, comme de ce fait effrayant de leurs grandes oeuvres dominant tout : cahos... chaos...

Quel beau résultat, pour l’humanité!

Quel beau progrès!

C’est cependant là que vous nous mèneriez, messieurs les grands hommes, généraux ou présidents de la société de la déesse Raison; voilà quelles ont été vos œuvres pour le passé et telles qu’elles seraient pour l’avenir, messieurs les grands révolutionnaires de toutes les époques.

C’est là surtout que, plus vite et bien plus certainement encore, vous uous conduiriez, en renversant le sanctuaire protecteur et saint de la chaire de saint Pierre, et en brisant le tabernacle sacré d’où se répandent sur l’humanité tant de dons précieux, et les plus grands bienfaits, la paix, l’ordre, l’amour vrai de Dieu et des hommes; et tout cela, pour y substituer tout à la fois la tour de Babel et la boîte tout ouverte de Pandore...

Quel beau cadeau vous feriez là aux sociétés, comme à la race humaine! avouez-le ! . . .

Comme cette société fondée par le christianisme, et que vous ne comprenez pas, serait bien remplacée !...

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