‹ Le pape et l'ItalieChapitre 9 sur 24 · LE PAPE · texte numérisé non relu

LE PAPE

LE PAPE PONTIFE-ROI. — CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE. — MOYENS D’EXÉCUTION.

En terminant, je dirai enfin à tous ces grands arrangeurs des droits temporels du Pape et du gouvernement de ses Etats, fervents catholiques, faiseurs de solutions, comme à tous leurs confrères :

Si au fond de vos poitrines vous ne sentez pas battre fortement votre cœur au nom des grands intérêts qui se trouvent engagés aujourd’hui sur la terre si brûlante de l’Italie, que c’est à peine si on peut y mettre le pied ;

Si vous ne sentez pas pour le Pape , le catholicisme, la civilisation, l’avenir comme la paix du monde, ce noble enthousiasme qui enfante les grands

dévouements, cette ardeur chevaleresque qui crée des héros, cette foi profonde qui fait des martyrs !

Si, au lieu de sentir votre courage grandir, tout votre être tressaillir, votre âme s’élever vers Dieu pour mieux vous apprendre à prier et à mourir pour une aussi sainte cause, vous ne sentez en vous que pusillanimité, lâcheté ou défaillance !

Si, au lieu de comprendre ce qui est noble et grand, vous ne comprenez que ce qui est faiblesse 1

Si au lieu de conseiller ce qui sauve et immortalise, vous ne savez conseiller que ce qui amoindrit ou perd 1

Laissez, laissez au moins au Pape le droit de décider ce qu’il lui convient de faire pour conserver son pouvoir tel qu'il est, et ses États, tels qu’il les possède; ils sont nécessaires à sa grandeur, ils sont utiles à sa liberté, il en a besoin pour sa puissance et sa prépondérance.

Laissez également à l’Eglise et au Pape, soit pour l’organisation de son gouvernement, soit en toutes autres choses, le soin de décider et de faire ce qui lui convient le mieux.

L’organisation de son pouvoir et de son gouvernement temporels, sont plus près d’ailleurs de l’organisation de son gouvernement et de son pouvoir spirituels qu’on ne le croit peut-être.

Tout se touche, tout se lie en ces matières aussi

graves qu’élevées : l’indépendance de l’Eglise, la liberté de son enseignement, le développement de ses oeuvres, l’exercice de son culte, les nécessités de son unité et de son indivisibilité, la pureté de son dogme, sa discipline, ses réglements, ses lois spirituelles et temporelles, son gouvernement, ses rapports intérieurs et extérieurs, ses relations avec les souverains, les peuples, toute la catholicité et même avec les schismatiques, les hérésiarques et les incrédules.

En toutes ces grandes choses comme en tant d’autres, elle a besoin le plus souvent de toutes ses forces , de toute sa grandeur , de toute sa puissance, de toute son unité, tant au spirituel qu’au temporel, comme de leur libre exercice au dedans et au dehors.

Selon qu’elle les possède entières, et qu’elle en peut user en toute liberté, ou non, c’est pour elle la prospérité, la gêne et la servitude ; elle fleurit, elle végète ou elle souffre; elle porte haut et triomphant son divin drapeau, ou elle le cache dans les catacombes ! elle appelle à sa communion et au partage de ses bienfaits tous les peuples, ou elle ne rompt le pain de vie qu’à un petit nombre d’élus.

Je pourrais même dire que c’est pour elle la vie ou la mort... la mort de ses oeuvres bien entendu, mais non pas sa mort spirituelle, car elle ne peut ni

— Si-

ne doit spirituellement jamais mourir. De même que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ a été renfermé dans le sacré sépulcre, pour monter de là glorieux et triomphant au ciel, de même la religion sort toujours du tombeau humain que les hommes de Satan parviennent parfois à lui faire, pour de là, et toute couverte du sang béni de ses martyrs, marcher triomphante et plus glorieuse que jamais à l’accomplissement de sa grande et toute divine mission.

Malheur, malheur alors à ceux qui, à l’exemple du mauvais larron, ne savent ni la comprendre ni la suivre !

Si comme un bon père elle sait aimer, comme un bon père elle sait punir.

Comme Dieu elle a ses jours d’indulgence, de miséricorde et de pardon ; ils sont presque aussi nombreux que l’infini; mais, comme Dieu, elle a son jour de justice... il est aussi court que redoutable... De même que l’éclair qui sillonne le ciel, il ne fait que passer; mais s’il passe comme la foudre, comme elle il est terrible... c’est l’heure de la justice de Dieu.

Le droit d’ailleurs de régler son gouvernement tant au spirituel qu’au temporel, appartient à l’Eglise à un double titre : le Pape n’est pas seulement Pontife, il est roi.

A ce double titre donc, le gouvernement temporel

comme le gouvernement spirituel de l’Eglise, tels qu’ils existent et que le Pape et l’Eglise les ont faits, les possèdent et les veulent , doivent être respectés par tous... Tous le doivent, car la souveraineté du Pape sur les Etats de l’Eglise est aussi complète et la même que celle des autres souverains sur leurs Etats.

Tous le doivent, car c’est le droit reconnu de tous les souverains — celui que chacun d’eux possède et revendique comme le premier de ses droits. —

Tous le doivent, car, à ce titre, personne n’a le droit de faire à Rome, ou dans les États romains, ce qu’il n’aurait pas le droit de faire à Paris ou à Londres.

Tous le doivent enfin, car si le Pape est la pierre sur laquelle a été bâtie l’Église céleste, le Pape est aussi la pierre sur laquelle a été bâtie l’Église terrestre.

Au point de vue temporel, son droit doit être respecté, car c’est celui des rois.

Au point de vue spirituel, il doit letre plus uuanimement encore, car c’est celui de l'humanité tout entière.

Si le Pape et l’Eglise n’existaient pas, qui dirait aux despotes que les hommes ne sont ni de vils esclaves, ni de la chair à canon; que le droit est le droit, et que la raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure?

Vous tous, qui êtes engagés dans cette grande question, réflécliissez-y donc !!!

Choisissez bien votre part, peuples, rois, ou hommes, qui que vous soyez... il en est temps encore.

Songez que c’est l’œuvre de Dieu ou celle de Satan que vous pouvez être appelés à accomplir.

A tous les catholiques de l’univers, je dirai surtout : Souvenez-vous, dans ces grandes circonstances, que vous êtes fils de l’Eglise et citoyens de Rome.

Sachez remplir les devoirs que cette double qualité vous impose; c’est à vous, si la nécessité l’exige, ce qu’à Dieu ne plaise, à faire à N. S. P. le Pape une offrande de vos bourses et un rempart de vos corps et de vos prières... (i)

(1) EXÉCUTION. — comme moyen d’exécution je propose,

DÉS A PRÉSENT, A TOUS LES CATHOLIQUES DE L'UNIVEnS DE DÉ- POSER LEURS OFFRANDES ENTRE LES MAINS DE LEURS ÉVÉQUES ET DR LEURS CURÉS POUR ÊTRE EMPLOYÉES : — 1“ AU PAIEMENT DE LA DETTE DKS ÉTATS DE L'ÉGLISE; — 2° AUX BESOINS DE LA PA- PAUTÉ; — 3° A ÉLEVER A PARIS UN GRAND MONUMENT EN MÉMOIRE DE LA PROCLAMATION DU DOGME DE L’IMMACL'LÉE-CONCEPTION, AFIN D’OBTENIR LES BÉNÉDICTIONS DE DIEU POUR LA FRANCE.

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