‹ Le pape et les évêquesChapitre 1 sur 10 · LA PAIX RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LA PAIX RELIGIEUSE

Quand Bossuet pensait à publier sa Défense de la Déclaration de 1682, il écrivait ces mots : « Je cache mon nom , qui ne rendrait pas ma cause meilleure, non par honte, ni par crainte (Dieu le sait), prêt à le déclarer toutes les fois que j'aurai lieu d'espérer un examen légitime et canonique ; mais ayant lieu de craindre qu'on n'agisse en cette occasion par un esprit de prévention et de haine, je me dérobe, pour ainsi dire, à la fureur de mes adversaires, de peur que les traits dont ils s'efforcent de me percer ne retombent sur eux-mêmes l . »

Sans être protégé comme Bossuet par l'éclat du génie et la grandeur des services, je n'ai, pas craint de livrer mon nom à mes adversaires, parce que d'abord, dans les circonstances si graves et si décisives où nous nous trouvons , chacun doit avoir le

1 Defensio Declar., corollarium, in fine... Editio Luxemburg.

courage de ses convictions ; parce que , ensuite , la prochaine réunion du concile œcuménique garantit à chacun cet examen légitime et canonique que Bossuet invoquait. Si les traits des adversaires de ce grand homme, si ces traits repoussés par sa main puissante, devaient retomber sur ceux qui les avaient lancés ; pour moi , dans ma faiblesse , je demande à Dieu que ma défense serve uniquement à éclairer et à pacifier les esprits.

Une des plus difficiles controverses qui aient jamais été agitées dans l'Église va peut-être occuper le concile ; un des plus grands procès qui aient jamais appelé l'attention des hommes va peut-être se ranimer. Notre Église de France, sa tradition, son honneur, la gloire de nos saints et de nos plus grands hommes sont attaqués violemment. Et il ne serait pas permis à un évêque français de dire ce qu'il croit la vérité, et de défendre ses pères et ses maîtres ? Son œuvre n'est pas celle d'un étroit nationalisme, quoi qu'on en ait dit; elle est l'accomplissement d'un devoir de conscience et de piété filiale. Nous restons dans les doctrines de Bossuet parce que nous les croyons généralement vraies; nous les défendons parce qu'elles sont attaquées, et qu'un parti puissant veut les faire condamner.

Ces doctrines de l'épiscopat français, de l'école de Paris , de notre vieille Sorbonne , se ramènent pour nous à trois propositions, à trois vérités fondamentales : 1° l'Église est une monarchie efficacement tempérée d'aristocratie ; 2° la souveraineté spiri-

tuelle est essentiellement composée de ces deux éléments, quoique le second soit subordonné au premier; 3° le concours de ces éléments est nécessaire pour établir la règle absolue de la foi, c'est-à-dire pour constituer l'acte par excellence de la souveraineté spirituelle.

Ces trois propositions forment l'essence et le résumé de notre ouvrage.

Tout notre premier volume est consacré à établir que l'Église est une monarchie tempérée efficacement d'aristocratie ; et que la souveraineté spirituelle est composée de ces deux éléments. Les textes évangéliques et les actes des conciles généraux nous fournissent des preuves abondantes et invincibles de ce grand caractère tempéré, imprimé par la Sagesse divine à la constitution de l'Église.

Dans le second volume, nous discutons à fond, autant qu'il nous a été possible, la théorie de la monarchie pure, absolue, illimitée du Pontife romain; et cette discussion nous fournit une nouvelle confirmation des conclusions de notre premier volume. Cette double étude, historique et critique, nous conduite notre conclusion dernière, c'est-à-dire à la nécessité du concours des deux éléments de la souveraineté spirituelle, pour constituer l'acte suprême de la souveraineté, ou la règle absolue de la foi.

Voilà notre œuvre dans ses traits généraux. Elle laisse intacts et inviolables tous les droits, tous les privilèges divins du Souverain Pontificat et du Siège apostolique; mais, en même temps, elle confirme,

dans l'intérêt d'une pondération nécessaire, tous les droits divins, tous les droits séculaires de l'épiscopat. Ce n'est pas un vain enthousiasme aristocratique qui arme notre bras pour la défense de l'épiscopat. Nous n'avons qu'un but : exposer et défendre, selon qu'il nous a été donné de la concevoir, l'institution évangélique, l'œuvre de notre unique Maître, de notre unique amour, Notre-Seigneur Jésus-Christ !

L'ultramontanisme a pris parmi nous, depuis quelques années et par l'effet de causes que nous ne voulons pas signaler ici, un tel ascendant, que notre livre, bien qu'il porte le caractère de la modération et de la conciliation , devait être en butte à ses plus violentes attaques. Nous nous y attendions, rien ne nous a surpris; et le sentiment d'un devoir impérieux'' a 'pu seul nous décider à nous exposer à ces colères.

Nous userons du droit de défense; mais, en soutenant le débat selon nos forces, nous nous appliquerons à en écarter tout ce qui peut le passionner. Nos honorables adversaires, même ceux qui ne se piquent guère d'observer à notre égard les règles d'une stricte justice, trouveront ici, nous osons l'espérer, tous les égards qui leur sont dus; et Dieu nous fera la grâce de n'oublier jamais que c'est avec des frères que nous discutons , et pour des intérêts qui , au fond , sont également chers aux uns et aux autres. Puisse la lumière se faire et ramener parmi nous l'unité parfaite !

Après NN. SS. les évèques de Poitiers et de Nîmes, auxquels nous avons déjà répondu , le premier adversaire qui se présente à nous est un écrivain dont le talent et le caractère nous inspirent la plus haute estime; nous voulons parler du R. P. Matignon, de la Compagnie de Jésus.

Page 1