Le pape Honorius [microforme]
Le dessein clairement exprimé de la lettre du Révd. Père Gratry, est de présenter, dans le fait du Pape Honorius, un argument irréfutable contre la doctrine de l’Infaillibilité Pontificale.
Avant d'aborder la question, qu’on nous permette quelques observations.
La lettre du Révd. Père a le tort grave de traiter avec peu de mesure, une école où toujours ont brillé avec éclat, l’érudition, la science, le dévouement à la vérité; où, souvent même, le talent s’est élevé jusqu’au génie, et la vertu jusqu’à l'héroïsme, et qui comprend, de nos jours, la grande majorité des Evêques, avec le Pape au milieu d'eux.
C’est un outrage de mettre cette école comme au pilori de l'opinion publique ; de lui reprocher de n'avoir “ ni science, ni raison, ni discussion, ni attention, ni opération intellectuelle quelconque ; ”” d'en faire le hideux boulevard de l'erreur, du mensonge et de la fraude, et de l'accuser de “ fouler aux pieds trois Conciles et cinq Papes.” Pourquoi violer à ce point toutes les règles de la modération, de la convenance et de la justice ?
De plus, faisant de la justification d’Honorius un cas d'excommunication ipso facto, la lettre monte à un degré d’exagération qui ne s'explique pas; car ce n'est plus seulement Mgr.Manning qu’il faut frapper d’anathème, mais le Pape Grégoire XVI et St. Liguori, Suarez et Bellarmin, en un mot, tous les grands hommes, tous les grands saints et tous les grands Papes qui, depuis douze siècles, ont pris, même indirectement, la défense de cette cause mémorable.
Pie IX, le chef vivant de l'Eglise, et que ses vertus canonisent tous les jours, ne devra pas lui-même se trouver à l'abri de cette censure universelle, puisqu'il a félicité, dans des Brefs récents, Mgr. de Malines et le Père Jules Jacques, Rédemptoriste, connus tous les deux pour justifier aussi Honorius.
[1 n'est personne qui ne voie combien l'excès que nous signalons est inoul, et révèle une âme profondément agitée.
Naturellement, on est porté à croire que l’auteur de la lettre aura tiré de quelque poussière, certains manuscrits ignorés; qu'il aura eu à sa disposition des documents, des éclaircissements jusque là inconnus, certaines pièces échappées avant lui, aux recherches des critiques. On ne peut pas s'expliquer autrement le ton tranchant et l'air décisif qu'il affecte dans une question si débattue, et tant de fois jugée contre lui.
Il n'en est pourtant rien. Tout ce qu’il avance + 1 ° 1,7 ° VAR 7 .
est justement ce qui a êtè dit et réfuté depuis longtemps. Tout ce qu'il allègue de plus fort et de plus spécieux est même dans la Défense de Bossuet, et n’a cependant jamais convaincu Bossuet lui-même.
Si, en effet, le grand Evêque de Maux eut été, par tous ces témoignages, pleinement convaincu de la condamnation d'Honorius, comment se serait-il refusé à rédiger lui-même le [Ve article de la Déclaration, celui qui est opposé à l’Infaillibilité ?—Comment, plus rd, tirant les conséquences de ses argumentations, essaierait-il d’atténuer les termes de la Déclaralion, en affirmant que l'Assemblée de 1682 n’a point prétendu nier linfaillibilité ? — Comment enfin, n'aurait-il jamais pu se résoudre à mettre au jour, durant sa vie, cette trop fameuse Défense, qui lui cofîta plus de 20 années de travaux, et que la seule condamnation d’Honorius comme hérétique, une fois bien constatée, aurait suffi à autoriser.
Cette conduite indécise et flottante n'est-elle pas le caractère d’un jugement mal arrêté et peu convaincu ? Ne trahit-elle pas l'existence d’un doute sérieux dans le fond de la pensée ?
Il eut donc convenu, ce semble, au P. Gratry de se contenir un peu plus, et de ne pass abandonner, en faveur d’une «opinion fausse et toutà-fait réfutable, aux excès et aux scandales où l’a entrainé son zèle intempérant.
Mais er voilà assez sur le ton et l'esprit de cette lamentable pièce. Arrivons au fait du Pape Honorius,
Voici la question : Le Pape Honorius est- il hérétique ; est-il Montéhélite ? *
j Nore.—Ce que c'est qu'un Monothélile.
I r'y a en désus-Christ qu'une Personne mais deux Natures : Et par suite, qu'une personne mais deux volontés où deux opéra:
Le Père Gratry s’est attaché à ne produire que les témoins qui déposent pour condamner ce Pape. Produisons, à notre tour, ceux qui déposent pour le justifier
Quand Monseigneur Manning, les Lettres d’'Honorius en mains, voyant que ces Lettres n’ont rien qui blesse la foi, les présente comme uve preuve de l’orthodoxie de ce Pape, le bon sens scmble dire qu’il raisonne juste et sagement, puisque, après tout, ces Lettres sont le corps même du délit.
Le P. Gratry ne veut pas d’une logique si FR ARE à AS a ie naturelle. [Il ne voit là qu’une ridicule ‘ simplicité ;” n’y decouvre qu'un “audacieux procédé à l'égard de trois Conciles Généraux,” et appelle cela “ casser le jugement de trois Conciles.”
Cette manière de juger n'est-elle pas un peu précipiiée et même bien violente ? N’eut-il pas été plus prudent et plus respectueux, plus conforme à la modération, pius éloigné de la passion et de l’emportement, plus digne d’un amour sincère de la vérité, de laisser entrevoir au moins quelque
lions : la volonté divine et la volonté humaine. Mais, à ne considérer que la nature humaine, iln’y a en lui qu'une volonté, toujours conforme à la volonté divine, et non pas deux, comme en nous qui sommes déchus ; non pas celle de la chair et celle de l'esprit. Car Jésus-Christ a pris notre nature, sans le péché ni la concupiseence,
De sorte que, dire qu'en Jésus-Christ il n’y a qu'une volonté, peut être vrai ou faux, orthodoxe ou hérétique, selon le point de vue où l’on se place, Dire, par exemple, qu'il n'y a qu'une volonté en Jésus-Christ, par rapport aux deux natures, cela est faux et hérétique : c’est l'erreur des Monothéliles, celle qu'on prétend attribuer à Honorius. Mais, dire qu'il n’y a qu'une volonté en Jésus- Cbrist, à n'envisager que la nature humaine, cela est vrai et orthodoxe ; et nous prouverons que tel est le sens des lettres d'Honorius,
Un Monothélite est done un hérétique qui n’admet en Jésus- Cbrist qu'une volonté ou qu'une opération, savoir, la Divine à l'exclusion de l'Humaine, ce qui revient à confondre les deux natures.
doute ou sur la portée, où même sur l'existence de la condamnation ?
Car la condamnation comme hérétique est étroitement liée au crime d’hérésie. Mais si ce crime n'existe pas, si c'est l’histoire qui le démontre, commeut, au nom de l'histoire, prononcer la condamnation 2... Tout an plus serait-on en droit de conclure à l'impuissance de l’histoire pour éclaircir ce point. Et puisqu'il y a tant de difficultés à résoudre, tant de nuages et d’obscurités à dissiper, ne fallait-il pas le donner à entendre, et ménager un peu plus les injures ?
Arrivons done aux preuves qui justifient Hono- 1 * rius
Et d’abord, citons les paroles de ce Pontife, dans ses Lettres à Sergius :
& Nous devons reconnaître, dit-il, que les deux “ natures sont unies dans un seul Chrisv, que cha- & eune opère et agit en union avec l’autre : lanafttre & divine opère ce qui est divin, et la nature humaine “ opère ce qui est de la chair, sans qu’il y ait di- € mision où mélange.”
Etplusloir —“ Nous devons confesser les deux natures, c’est-à-dire, la divinité et l'humanité “ qui, dans la personne unique du Fils de Dieu, se & trouvant unies sans mélange ni division, opèrent € ce qui leur est propre.”
Que découvrons-nous dans ces textesqui ne soit en parfaite harmonie avec la foi? Observons-les attentivement. Tout y est exact.
* Honorius occupa le St. Siége de 625 à 638. Sergius, patriarche
de Constantinople, fut, vers la même époque, le principal auteur de l’hérésie des Monothélites.