‹ Le Pape infaillibleChapitre 19 sur 37 · VAINES CRAINTES DES (( INOPPORTUNISTES · texte numérisé non relu

VAINES CRAINTES DES (( INOPPORTUNISTES

La définition du dogme de l'Infaillibilité doctrinale du Pape, inutile aux fidèles, affirmait cette catégorie d'opposants, va éloigner davantage les infidèles, repousser les hésitants, affaiblir l'autorité sociale de la Papauté, déjà profondément ébranlée !

A quelques mois de là, les événements semblèrent justifier cette dernière appréhension. Le Pape, assailli par la Révolution, trahi par les rois, abandonné des peuples, dépouillé de ses États temporels au mépris du droit international e: de toutes les lois divines et humaines, le Pape n'était plus, aux yeux du monde, que l'évêque de Rome, gardé à vue par les sbires du nouveau royaume d'Italie.

Ah ! clamaient les prudents, les clairvoyants, (( nous l'avions bien dit ! )) Les uns se réjouissaient, les autres se désolaient, selon que l'orgueil ou la foi dominait leur âme; mais tous étaient d'accord

pour croire et dire que le Pape ne comptait plus dans les affaires du monde; que c'en était fini de la Papauté comme institution sociale.

A quel point les sages du siècle se sont grossièrement trompés, le monde entier en témoigne aujourd'hui. Un demi-siècle a passé. Le Pape reste dépouillé de ses Etats; il vit de la charité des fidèles; il ne commande matériellement qu'à quelques vieux prêtres, à une poignée de hallebardiers revêtus d'un costume antique et munis d'armes inoffensives. Dans l'ordre des puissances temporelles, le Pape-Roi ne compte plus, aux yeux des hommes pratiques, des diplomates, des politiques, des rois de la finance, des pontifes et des adorateurs de la force brutale et de toutes les grandeurs de chair. Et cependant, l'autorité morale de la Papauté et son action sociale sont plus grandes, plus indiscutées dans le fond des consciences, plus fortes et plus générales que jamais. En dépit des efforts odieux et risibles de la plupart des gouvernements pour ignorer le Vicaire de Dieu et l'écarter des grandes affaires de l'humanité, le Pape apparaît de plus en plus comme le seul personnage nécessaire du monde, le seul dont l'autorité ne puisse être entamée, le seul dont la fonction sociale ne puisse être supprimée, ni amoindrie, ni modifiée. ^

1 Qu'on n'interprète pas ce passage comme une justification indirecte de la suppression du pouvoir temporel du Saint-

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NÉCESSITÉ sociale DE LA PAPAUTÉ INFAILLIBLE

Aux yeux de tous les hommes qui pensent et qui voient, la Papauté est le dernier rempart d'un ordre qui s'écroule, le dernier espoir des peuples, menacés d'écartèlement et de mort par les forces brutales de l'Or et de la Matière, de la Démagogie et du Militarisme, qui s'arrachent les chairs vives de l'humanité, broient son cœur et avilissent son âme.

L'autorité du Pape, son autorité sociale et mondiale, considérée même indépendamment de son infaillibilité doctrinale, c'est aujourd'hui, plus que jamais, la seule autorité assez forte, assez sereine, assez impartiale, assez désintéressée, pour commander le respect et la confiance du genre humain. C'est la seule voix qui puisse porter partout des paroles de vérité et de salut, de justice et de cha-

Siège. Sans doute, la souveraineté temporelle du Pape n'est pas d'institution divine; elle n'est pas attachée rigoureusement, comme l'Infaillibilité doctrinale et l'autorité sociale, à la fonction du suprême pontificat. On peut discuter, et dans le meilleur esprit, la forme de cette souveraineté temporelle, le territoire sur lequel elle devrait s'exercer, etc. Mais ce qui est indiscutable, ce que les papes ne cessent de réclamer, ce que les derniers événements ont démontré à l'évidence, c'est quelle Saint-Siège, pour communiquer librement avec toutes les Églises, pour exercer partout et en tout temps son autorité morale et son action sociale, — c'est-à-dire pour exercer dans leur plénitude ses fonctions essentielles, — le Saint-Siège doit jouir d'une indépendance absolue à l'égard de toute puissance, de toute nation; et, par conséquent, il doit être reconnu, en droit et en fait, comme un pouvoir souverain, même temporellement. Ceci admis l'on ne saurait contester que le Saint- Siège est seul compétent à déterminer les limites de sa souveraineté temporelle.

rite; c'est la seule voix qui ne parle qu'à propos, la seule qui ne se taise jamais quand il faut parler. Malheur aux peuples qui ne l'entendent point ! Malheur au monde, s'il refuse de l'écouter ! Malédiction sur les sophistes et les tyrans qui s'efforcent de la couvrir ou de l'étouffer !

Sans l'effort constant de l'Esprit de mensonge, qui applique sur tant de lèvres les bâillons de l'orgueil, de la haine ou de la fausse honte, l'humanité tout entière proclamerait aujourd'hui ces vérités essentielles. Sanglante, épuisée, anéantie par la guerre des peuples, menacée par le conflit des classes, guettée par l'anarchie, l'humanité, rendue à sa conscience et à sa raison, crierait qu'elle se meurt faute de certitude dans les croyances, faute d'une direction morale infaillible, faute de hiérarchie dans les fonctions sociales, faute enfin d'une autorité supérieure à toutes les autres, seule garantie d'une liberté bien ordonnée; elle confesserait qu'elle se meurt parce qu'elle ne connaît plus la loi de vérité et d'amour, d'amour de Dieu et d'amour des hommes.

Or, cette loi suprême de l'ordre social, unique garantie permanente de la paix entre les peuples, de Taccord entre les classes, unique frein de la guerre et des révolutions, unique rempart contre l'anarchie, seule l'Église de Dieu peut la faire connaître aux

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hommes, leur en inspirer le respect, leur en commander la pratique; et elle ne possède ce pouvoir que parce qu'elle obéit elle-même à un chef unique et permanent, définiteur infaillible de la loi, indéfectible gardien de la morale.

Et donc, en fixant à jamais le dogme de l'Infaillibilité pontificale, l'Eglise a consolidé la base de l'autorité sociale du Pape et rendu à l'humanité un inappréciable service. Et cet acte salutaire, l'Église l'a posé au moment opportun, à la veille du plus terrible bouleversement social que le monde ait connu depuis l'incarnation du Christ. Voilà ce que les inopportunistes les mieux intentionnés n'ont pas prévu, ce que les Pères du Concile, le Pape luimême, peut-être, n'avaient entrevu qu'obscurément. Qui ne reconnaîtrait là l'œuvre de Dieu, l'opération de l'Esprit par son Église ?

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