‹ Le Pape infaillibleChapitre 18 sur 37 · DUPANLOUP, MONTALEMBERT, NEWMAN · texte numérisé non relu

DUPANLOUP, MONTALEMBERT, NEWMAN

Cette attitude hésitante fut, à des degrés divers, celle de Dupanloup, de Montalembert et de Newman. Je désigne ceux-là à dessein : fils illustres des deux nations qui nous tiennent de plus près, leur erreur sur ce point particulier et leur mentalité générale sont les plus propres à exercer une influence dangereuse sur nos esprits.

Dupanloup fut un grand évêque, plein de foi, de zèle et de courage; mais, plus ardent que réfléchi, mal gardé par des études incomplètes contre le gallicanisme expirant et le libéralisme envahissant.

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il manquait d'un sens catholique profond. Fougueux, passionné, quelque peu soucieux peut-être de sa popularité parmi les beaux esprits de la littérature et de la politique, il semblait incapable d'embrasser d'un coup d'œil, avec le calme regard de la foi simple et de l'intelligence sereine, la situation d'ensemble de l'Église et du monde, dans le temps et dans l'espace.

MoNTALEMBERT fut un noblc défenseur des libertés de l'Eglise; mais le sens de l'autorité lui faisait défaut. De son ascendance anglaise il tenait une admiration instinctive pour le régime électif et parlementaire. Cette propension s'alliait, par un singulier contraste, avec le tempérament et les allures d'un vrai (( fils de croisé ». Accrue par l'influence de son aïeul maternel, fortifiée par d'éclatants succès de tribune, cette foi naïve dans le parlementarisme l'avait amené à croire que la France, et même l'Eglise, ne pouvaient se passer d'assemblées délibérantes. Son horreur de la monarchie absolue l'entraîna, dans un mouvement de colère, lui, le catholique ardent, sincère et dévoué, à appeler le Pape V idole du Vatican. Dans la définition du dogme de l'Infaillibilité, il voyait un défi au libéralisme, au parlementarisme, même comme simples régimes politiques. Il s'imaginait

que beaucoup de chrétiens préféreraient les parlements et les conciles au Pape infaillible !

Newman est peut-être la plus grande et la plus attachante de ces trois figures. Le récit de sa conversion, de sa lente évolution vers le catholicisme, reste l'une des pages les plus belles de la littérature anglaise et de l'histoire de l'Église. C'est aussi l'une des plus émouvantes confessions de l'âme humaine. A chaque ligne, on sent le combat entre la conviction intellectuelle et morale, qui s'impose, et l'attachement aux traditions ancestrales, qui résiste. Ce qui a le plus coûté à Newman, ce n'est pas de reconnaître l'unique autorité de l'Eglise de Rome, c'est de rompre avec l'Église d'Angleterre, avec une institution intimement liée, dans son esprit, à la grandeur et aux traditions de son pays. Jusqu'à sa mort, il s'attacha à rendre cette nécessaire rupture le moins difficile possible aux anglicans qu'il s'efforçait de rattacher, comme lui, à l'unité catholique. De là sa principale, peut-être son unique objection à la définition du dogme de l'Infaillibilité pontificale.

Si l'on poussait plus avant l'analyse de: motifs d'opposition qui animaient les tenants sincères de l'inopportunité, — de ceux qui n'abritaient pas derrière cette formule fuyante un secret penchant vers l'hérésie ou l'ignoble désir de flatter les ennemis

de l'Église et de la Papauté — on s'apercevrait que tous ces motifs, nobles et élevés à certains égards, étaient entachés de considérations humaines et particulières. Ils manquaient de surnaturel; ils dénotaient même une singulière ignorance des véritables conditions sociales du monde, une méconnaissance, déconcertante en des esprits de cette valeur, des aspirations profondes de l'humanité.

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