RÉFECTION DE LA CHRÉTIENTÉ
Mais le chef-d'œuvre social de la Papauté, c'est la reconstruction de l'Europe et de la chrétienté après la chute de l'Empire romain.
Le moment vint où Dieu jugea que cette puissance, la plus étendue, la plus complète, la plus effective que le génie politique de l'homme ait
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jamais édifiée, avait fait son temps. L'Empire, même christianisé, tombait en pourriture. A peine affranchi des hontes de l'idolâtrie, il s'était replongé dans les ténèbres de l'hérésie et le cloaque du paganisme moral. Il avait cessé d'être un foyer d'expansion de la vérité; il était devenu le scandale des Gentils, figés dans leurs superstitions par le spectacle des dégradations romaines.
Pour le châtier et l'anéantir, Dieu se servit des Barbares, de ces peuples que les empereurs de Rome et de Byzance ne voulaient plus, ne pouvaient plus convertir au Christ — renié par eux dans leur foi ou dans leurs mœurs — et qu'ils prétendaient tout de même soumettre à leur puissance de chair.
La chute de l'Empire parut, un moment, — un moment qui dura plus de deux siècles — comme la fin du monde civilisé. Les esprits les plus clairvoyants, les cœurs les plus fermes, tel saint Ambroise, se demandaient avec anxiété ce qui remplacerait l'ordre ancien. Ils ne doutaient pas des promesses du Christ et de la survivance de l'Eglise comme puissance spirituelle; mais il leur paraissait impossible qu'un nouvel ordre social chrétien pût sortir des ruines amoncelées par ces hordes sauvages, vouées au paganisme le plus rudimentaire, ou déjà acquises à l'arianisme.
Un grand nombre d'évêques, attachés au service de l'Empire, avaient laissé entamer en eux cette noble indépendance des premiers apôtres, des prêtres martyrs et confesseurs, qui avaient fait la gloire et la force de l'Église au temps des persécutions. Aux yeux des nouveaux maîtres, comme à ceux des peuples conquis, ils faisaient partie de l'ordre social déchu et perdaient en autorité morale ce qu'ils avaient précédemment gagné en considération mondaine. ^
C'est alors que la force reconstructive et bienfaisante de la Papauté apparaît d'autant plus féconde qu'elle est plus dépourvue de ses auxiliaires naturels.
C'est la Papauté, la Papauté seule, qui a rétabli
l'ordre dans le chaos de la barbarie européenne.
Recueillant parmi les débris de la civilisation
romaine ce qui valait d'être conservé, les éléments
vraiment supérieurs de l'ordre social antique,
elle sut les unir en un merveilleux faisceau aux
forces brutales mais pleines de sève qu'apportaient
les Barbares. Elle cimenta, féconda et spiritualisa
1 Dans ses instructions à son disciple Baronius, historien de l'Église, saint Philippe de Néri disait : « Lorsque vous serez arrivé à la conversion des princes, vous viserez à bien établir cette triste vérité, que VÊglise perdit peu à peu en sainteté ce quelle gagnait en puissance et en richesses. » {Petits BoUandistes, de Mgr GuÉRiN, septième édition (1878), vol. VI, page zib.)
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la nouvelle alliance en la subordonnant aux lois du Christ, à l'esprit de Dieu. De ce mariage, humainement forcé, mais voulu par Dieu, béni par l'Église et gardé par la Papauté, naquit le nouvel ordre social qui a mis l'Europe chrétienne à la tête du monde.
(( L'autorité des Papes )), a dit avec raison Joseph de Maistre, « fut pendant plusieurs (( siècles la véritable force constituante en Europe. (( C'est elle qui a fait la monarchie européenne, (( merveille d'un ordre surnaturel qu'on admire (( froidement comme le soleil, parce qu'on le voit (( tous les jours. ))
Que l'on me permette ici une courte digression. Si, par l'abdication morale des rois et l'aveugle passion des peuples, la monarchie doit disparaître pour faire place à l'universelle démocratie, « l'héroïne sauvage )) devra se faire baptiser, ^ sous peine de n'enfanter que des monstres. Seule la Papauté pourra ordonner la démocratie et la rendre viable, comme seule la Papauté a pu ordonner la monarchie et la faire vivre, tant qu'elle a voulu vivre selon les lois du Christ.
Ce chef-d'œuvre, les Papes ne l'ont pas fait en un jour, ni par l'application soudaine et roide d'une
1 Mot du P. Ventura, dans l'oraison funèbre dO'CoN-