‹ Le Pape infaillibleChapitre 7 sur 37 · LA NECESSITE DOGMATIQUE DE L'INFAILLIBILITE PONTIFICALE · texte numérisé non relu

LA NECESSITE DOGMATIQUE DE L'INFAILLIBILITE PONTIFICALE

PAR

M. l'abbé ARTHUR CUROTTE docteur en théologie, en philosophie et en droit canon

Monseigneur,

Mesdames et Messieurs,

Dans la célèbre entrevue du Christ avec les apôtres, à Césarée de Philippe, le divin Fondateur fixait, en ces termes d'une admirable concision et clarté, la place qu'occuperaient Pierre et ses successeurs dans l'édifice alors en construction : (( Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise)).

Est-il étonnant que les théologiens en aient déduit cette conclusion, que l'infaillibilité perscnnelle du Pape est la clef de voûte de l'imposant édifice du dogme catholique ?

Qu'on envisage, en effet, l'immense synthèse dans son ensemble, ou qu'on l'analyse dans ses détails, on finit par se convaincre que, sans l'article du symbole par lequel on professe sa foi à l' inerrance du Pontife Romain, il manque une pierre nécessaire, la pierre du fondement, à la structure dogmatique.

De plus, et ceci est plus grave, si le successeur de Pierre n'est pas infaillible, j'hésite, je tremble, je recule devant l'obligation qui m'est imposée de faire un acte de foi au tout et à chacune des parties du Credo catholique.

La définition conciliaire de 1870 a donc, pour ainsi dire, complété le catalogue de nos dogmes; elle a rassuré notre esprit, mis la paix dans nos âmes croyantes; et, désormais, en toute confiance, nous nous disons à nous-mêmes : (( En Benoît XV, je vois l'Évêque de Rome; dans l'Évêque de Rome, je vois Pierre; dans Pierre, je vois le Christ; dans le Christ, je vois Dieu )). L'infaillibilité doctrinale de Benoît XV se rattache donc, par un lien logique et nécessaire, à l'infaillibilité même de Dieu, La présente leçon de théologie, à laquelle j'ai donné pour titre: « La nécessité dogmatique de Tinfaillibilité pontificale )), en sera la démonstration.

Je dis donc :

1° — Que l'article de l'infaillibilité pontificale complète le symbole de foi catholique;

2° — Que le dogme de l'infaillibilité du Pape est la condition préalable et nécessaire de l'acte de foi catholique.

En termes de l'École, on pourrait dire : l'infaillibilité pontificale est nécessaire à l'objet matériel et à l'objet formel de la foi catholique.

Pour employer une métaphore classique, on peut dire que les vérités révélées par Dieu, et enseignées par son Église, et dont la synthèse forme le dogme catholique, objet de notre foi, fournissent la matière d'un livre en trois chapitres; et, j'affirme, tout de suite, que le dernier article du troisième chapitre a pour titre : L'infaillibilité personnelle du Vicaire de Jésus-Christ.

Dans un premier chapitre, il est question de Dieu, considéré dans sa nature, ses perfections, ses attributs, sa vie immanente et féconde, son action créatrice qui a pour terme les Anges, l'homme et le monde, sa Providence, son gouvernement, et surtout la position de l'homme dans un ordre surnaturel. Ici, on le voit, Dieu seul agit, sans le concours de l'homme.

Dans un deuxième chapitre, est racontée la chute du roi de la création, jusque-là heureux par sa dépendance vis-à-vis de la Vérité et du Bien suprême, mais devenu malheureux par sa révolte insensée contre Dieu, par son adhésion à l'erreur et au mal. C'est l'histoire de la déchéance primitive, du péché originel et de ses conséquences quasi infinies. Ici, l'homme seul agit, et dans son orgueil ne veut pas coopérer à l'action de la cause première et principale, qui le dirige vers sa félicité étemelle.

Dans un troisième chapitre, nous est montrée la collaboration de Dieu et de l'homme, pour ramener celui-ci à son principe et à sa fin, dont il s' est il détourné, et lui rendre, en conséquence, ses droits ii au bonheur final. C'est, tout d'abord, le récit,! de l'Incarnation, réunion, dans une même per-;; sonne, de la nature offensée et de la nature coupable; c'est, ensuite, le fait de la Rédemption, par le sacrifice du Calvaire, et par la grâce qui en a été le fruit et le résultat surabondant. Désormais, l'homme pécheur retournera à Dieu par le Christ Rédempteur, prêtre et victime de ce sacrifice, distributeur de la grâce, qu'il a méritée pour lui, et qu'il doit communiquer, à travers le temps et l'espace, par l'organisme sacramentel, jusqu'au dernier des appelés au bienfait de la Rédemption.

Cette œuvre de salut universel, le Christ va l'ac- ,. complir, jusqu'à la consommation des siècles, par' une institution, à laquelle il confiera le dépôt de la ! vérité révélée et de la grâce réparatrice : il sera toujours avec elle, pour l'empêcher d'errer et d'abuser du don divin. C'est l'article du symbole : «Je crois l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique ».

L'Église est donc, à bon droit, comparée à un corps, dont le chef ou la tête est le Christ lui-même; il faudra donc, pour être sanctifié et sauvé, être

incorporé au Christ, afin de subir l'influence de la vie divine, dont la plénitude a été mise en lui; d'un mot: «Hors de l'Église, point de salut». Écoutons le thème favori de saint Paul : (( Confessant la vérité, continuons à croître à tous égards dans la charité en union avec celui qui est le chef, le Christ. C'est de lui que tout le corps, coordonné et uni par les liens des membres qui se prêtent un mutuel secours, et dont chacun opère selon sa mesure d'activité, grandit et se perfectionne dans la charité. )) (Éph. IV, 15.)

Nous avons là la description précise de ce corps mystique auquel nous devons appartenir par la foi et par le baptême; nous comprenons le rôle nécessaire et efficace de son chef vis-à-vis des membres, qui lui sont subordonnés; c'est la raison ultime de la distinction classique entre l'Église enseignante et l'Église enseignée, entre l'Église qui sanctifie et l'Église qui est sanctifiée : (( Ecclesia docens )) et (( Ecclesia discens ».

Le chef invisible de l'Église enseignante et sanctifiante est Jésus-Christ, celui qui s'est proclamé « la voie, la vérité, la vie ». Son infaillibilité dans l'enseignement de la vérité, sa sainteté indéfectible dans le gouvernement de la vie, sont indiscutables : le Christ ne peut pas se tromper ni nous tromper, le Christ ne peut pas pécher ni nous conduire à l'abîme.

Le chef visible de cette même Église est le Pontife Romain, le Vicaire de Jésus-Christ. Personnellement, il est faillible, il est sujet à la faiblesse humaine; mais en tant que chef visible de l'Église, de représentant du Christ, sa faillibilité et sa peccabilité ne sauraient être préjudiciables au salut des membres du corps mystique du Christ. En d'autres termes, nous ne pouvons croire raisonnablement que Dieu fera dépendre le salut des rachetés par le sang de son Fils de la faillibilité intellectuelle et de la faiblesse morale de celui qui a charge de leur communiquer la vérité et la grâce. Les promesses divines nous l'attestent d'une façon éclatante, et ne nous laissent aucun doute. A Pierre, le premier des papes, il a été dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ...)); et encore : (( Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié au ciel; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié au ciel : c'est pourquoi je te donnerai les clefs du royaume des cieux )) ; et encore : (( Pierre, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point . . . , confirme tes frères )) ; et encore : (( Pais mes agneaux, pais mes petites brebis, pais mes brebis ».

Les Novatiens et les Donatistes, qui, au début de l'Église, voulaient faire dépendre l'efïicacité de son œuvre de l'orthodoxie et de la sainteté person-

lelles de ses ministres, ont été jugés hérétiques, :t condamnés par cette même Église.

Notre conclusion théologique est celle-ci : pour e salut de ses membres, l'Église doit être infaillible, :'est-à-dire qu'elle ne peut tromper ses enfants; 'Église est sainte, c'est-à-dire qu'elle ne peut conduire ces mêmes enfants à l'abîme de la mort spirituelle. C'est pourquoi, son chef visible, le Pape, me peut leur enseigner l'erreur, ne peut être cause de leur réprobation éternelle. C'est tout ce que nous prétendons, quand nous proclamons la nécessité dogmatique de l'infaillibilité pontificale; en d'autres termes, le dogme de l'indéfectibilité et de l'infaillibilité de l'Église enseignante implique nécessairement celui de l'infaillibilité doctrinale de son chef visible, qui est le Pontife Romain.

L'adhésion de l'intelligence à la vérité est motivée ou par l'évidence des premiers principes, ou par la force de la démonstration, dans laquelle les principes seconds et les conclusions se rattachent aux premiers, ou enfin par l'argument d'autorité. Ce dernier est le seul qu'on puisse invoquer, en particulier, dans la connaissance des faits, dans la science historique.

En matière de dogme et de morale surnatureii Dieu seul peut nous révéler sa pensée, sa volont son action à portée éternelle.

La vie immanente de Dieu est un mystère qi lui seul peut nous révéler; la création de tout choses, à l'aurore des temps, est un mystère qi lui seul peut nous révéler; la destination de l'homn à un bonheur qui dépasse ses exigences, ses désir ses ambitions, sous conditions bien déterminée est un mystère que lui seul peut nous révéler; 1 chute primitive de l'homme, sa réhabilitation p le Verbe incarné, par la puissance du sacrifice c la Croix, par la foi et le baptême, que l'Église seul peut nous donner, est un mystère que Dieu set peut nous révéler; enfin, la gloire et le bonheur de élus, la honte et le châtiment des révoltés, est ui mystère dont Dieu seul peut nous donner une des cription anticipée.

Or, de fait. Dieu a parlé au monde. Dieu a révél] ses mystères impénétrables à la raison humaine Il a parlé et révélé dans les entretiens de l'Eden il a parlé et révélé par la longue série des prophètes il a parlé et révélé par son Verbe incarné; il a parU et révélé par les apôtres, et la mort du derniei d'entre eux a marqué la fin de ses révélations divines. (( Après avoir, à plusieurs reprises, et en diverses manières, parlé autrefois à nos pères, par

5 Prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous

parlé par le Fils », a dit saint Paul, dans sa divine

)ître aux Hébreux. Il peut y avoir, sans doute,

» révélations particulières, des communications

vines privilégiées; mais la doctrine destinée à la

i du genre humain, depuis le dernier verset de

apocalypse, n'a plus besoin que de Docteurs pour

xpliquer, la prouver, la défendre. C'est le rôle

2 l'Eglise enseignante, s'exerçant par le magistère

dinaire et quotidien, ou par des définitions

Dlennelles formulées en conciles, ou par des bulles

ontificales. L'infaillibilité devient une nécessité

idispensable pour la foi de ceux qui entendront

es enseignements officiels.

Nos premiers parents, qui furent les premiers lépositaires de la révélation, et qui devaient la ransmettre à leurs descendants, devaient être ifaillibles; les prophètes, organes authentiques le Jéhovah parlant à son peuple, étaient infailli- •les; le Verbe incarné, (( Voie, Vérité et Vie )), était ifaillible; les Apôtres, chargés de prêcher l'Évan- :ile à toutes les nations, étaient infaillibles; l'Eglise, lont ils sont les colonnes de soutien, est aussi ifaillible. Et pourquoi donc cette prérogative ? Pourquoi ce privilège extraordinaire ? C'est que, oyez-vous, tous les auditeurs de ces maîtres d'eneignement religieux et de morale sont tenus et

obligés de les croire, sous peine de damnatioi j, éternelle : « celui qui croira sera sauvé .... celui qu ne croira pas sera condamné )). Tous ceux don qui nous ont parlé, au nom de Dieu et de par soi autorité, n'étant que des témoins, doivent avoi une science infaillible et une véracité au-dessus d tout soupçon, que ce soit le chef du genre humain les prophètes, le Christ, les apôtres, enfin l'Église qui possède tout ce qu'ils ont dit et enseigné.

L'acte de foi rationnel exige-t-il aussi l'infailli bilité personnelle du chef visible de cette Eglis enseignante ? Nous répondons : nécessairement sous peine de naufrage dans la foi, et conséquem ment de réprobation éternelle.

Rappelons-nous, d'abord, l'analogie chère à sain Paul. Le chef visible du corps mystique du Christ c'est l'évêque de Rome, c'est le Pape. Or, I< vérité, la grâce, la vie ne montent pas des membre; à la tête, mais descendent du chef à ceux qui lu sont soumis. C'est pourquoi un corps enseignant infaillible exige un chef infaillible.

De plus, comme on l'a souvent fait remarquer le ministère d'interprète, de juge, de défenseur dt dépôt de la révélation est ordinaire, est une fonc tion organique quotidienne, puisque toujours et; partout l'Eglise devra enseigner les peuples et leîi,. individus. Faudra-t-il, pour le remplir efficace

Et C:

ES

Page 1