POUR « BERNER LE PROLÉTARIAT
Les députés qui n'ont pas opté comme M. Bokanowski et le commandant Driant pour le front liront avec stupeur ces mots du Père Jean Boutin :
Encore un nouveau deuil... quand donc seront finies ces hécatombes? Quand donc? Ne voyez pas cependant dans mes paroles l'ombre d'une plainte. Le bon Dieu m'a donné vis-à-vis de la guerre une inépuisable dose de patience. Je ne désire pas le moins du monde être ailleurs que sur le front.
Pas possible, dira M. Renaudel! Mais tous les goûts sont dans la nature, le père Boutin préférait à ses aises les tâches les plus difficiles. Par exemple :
Il y a devant nos lignes quatre morts français datant de six mois au moins; mais comme nous sommes très près des Boches, personne ne s'est encore risqué à aller les prendre. Hier, j'ai demandé à mon capitaine l'autorisation d'aller les ramasser. Le capitaine en a référé au chef de bataillon. Celui-ci en a référé au colonel, lequel n'a pas permis à la petite expédition de sortir. Ce qui m'a navré, bien entendu. Vous ne sauriez croire combien j'aurais été content de risquer l'entreprise. Là, il y avait vraiment un peu de danger,
et vivre dans le danger procure une joie tout à l'ail réelle.
Les compagnons d'armes du père Boulin ont déposé sur son cercueil sa croix de guerre et sa Légion d'honneur, qui toutes deux dataient, comme on vient de le voir, « de sa mort dans l'accomplissement de son devoir d'officier ». Uneaffluence considérable suivait le corps. Les poilus se disaient qu'il était « très bon pour ses homines, ses c/tcfs le lui reprochaient. »
Telle était la « hardiesse effarante i de « cet individu », comme l'appelle lejournalde M. Renaudel. Oui voudra contester que les jésuites de nos jours puissent « tout oser »? Les rédacteurs de cette Humanité dont nous avons noté plusieurs fois le caractère inhumain autant que les tendances boches ou philobûches seront sages, avant d'écrire, de prendre plus soigneusement les mesures de l'eU'arante hardiesse des jésuites et des individus similaires. La lecture de quelques bons livres tels que les Impressions de guerre de prêtres soldats recueillies par M. Léonce de Grandmaison pourra leur servir de guide, de défense, de garde-fou dans les divagations de l'anticléricalisme alimentaire. Un peu plus réfléchis, un peu mieux informés, ils continueraient, je le crois, à faire du mal. Ils ne s'en feraient pas, directement, à eux-mêmes. Ils ne nous feraient pas songer sans cesse au jugement lapidaire porté par leur ami M. Jules Guesde sur la Défense républicaine et l'Anticléricalisme : deux façons de « berner le prolétariat «.disait-il à Jaurès au Congrès d'Amsterdam, le 17 août 11)04.
3 mars 1916.