‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 109 sur 141 · LA FACÉTIE · texte numérisé non relu

LA FACÉTIE

Bracke s'est défendu d'être un anticatholique ni un anticlérical de carrière. Mais d'abord il ne peut défendre son journal d'être devenu, depuis la guerre, le principal organe de l'anticléricalisme républicain. ]j'Ihnnanité a voulu faire oublier aux militants les graves responsabilités de ses chefs dans les malheurs de l'imprévision : en les ameutant contre les curés, les bourgeois, les officiers et les royalistes, elle espéra, elle espère toujours se tirer d'affaire en « bernant » une fois de plus le prolétariat, suivant la formule que Guesde en donna le 7 août 1904 au Congrès d'Amsterdam. Bracke se croit impartial. Je dois faire observer à tous et à lui-même qu'il n'a aucun intérêt à l'être; il est beaucoup trop homme do parti pour l'être jamais; il l'est si peu qu'en pleine campagne anticléricale de son journal, ^en pleine propagande de la rumeur infâme, Bracke a déclaré dernièrement que cette campagne n'existait pas. Qu'est-ce qu'il lui fallait?

Je ne m'arrête donc pas aux facéties de Bracke. D'après lui, les catholiques doivent penser ({ue lu bataille de la Marne n'a pas été gagnée par nos généraux et par nos soldats, l'intervention de saint Michel et de Jeanne d'Arc ayant dû leur en ravir une part de mérite et d'honneur. On expliquerait cent fois à Bracke qu'il mêle à plaisir V Iliade à la Somme et que les effets de sa confusion font une grossière

injure à des millions de Français : quelque soil son goût professoral pour rexactiludo, il ne manquera pas de recommencer sur-le-champ. — Pourquoi? Parce que. — Mais encore... — Eh! bien, à s'en priver, lui cl son parti perdraient trop. Quand ou n'a pas prévu la nécessité des armements à l'heure où l'ennemi s'armait, il faut bien que l'on se rattrape aux dépens des politiques clairvoyants qui vont à l'église eux, ou leurs femmes, ou leurs amis. La facétie de Bracke doit être traitée comme un simple moyen de lutte intérieure, il n'y croit qu'à moitié, et c'est tant pis pour le lecteur qui se mettrait à y croire en plein.

L'erreur sincère est plus intéressante. Et je crois bien la trouver quand Bracke engage la conversation avec les membres de Flnstitut libres penseurs et catholiques.

9 avril 1916.

Page 1