L'AFFAIRE DES ACADÉMIES
L'Académie française, l'Académie de médecine et l'Académie des Inscriptions se sont fait représenter l'autre dimanche à une cérémonie présidée par l'Archevêque de Paris à la basilique de Montmartre. Quelques journaux ayant vu dans cette démarche de trois classes de l'Institut une nouvelle preuve d'union sacrée : — Non, a dit Bracke, dans VHumanité, c'est tout le contraire ; l'union sacrée est dénoncée par un acte pareil.
Qui a raison?
Bracke répète quil ne veut porter aucune atteinte
aux croyances personnelles. — Allez à Téglise si cela vous plaît ou n'y allez pas, peu importe... Ce qui importe à Bracke, c'est que la présence ou l'absence demeure un acte personnel. Que l'acte devienne collectif, qu'une académie se fassfe représenter en corps à une cérémonie religieuse, cela paraît à Bracke « un peu fort de moutarde », c'està-dire, je pense, à la limite des excès qu'il puisse supporter. Bracke est d'avis que la religion est chose individuelle. Mais cet avis vaut ce qu'il vaut, par des raisons que nous n'avons pas le temps de débattre. Seulement l'avis contraire existe. Si le catholicisme est d'avis que la religion n'est pas chose individuelle mais aussi collective, comment mettre cela d'accord avec cet autre avis de Bracke que le catholicisme doit être librement professé et prali(iué?
Qn peut évidemment obtenir de la conscience catholique, par la crainte d'un plus grand mal, l'arrêt ou la modération de cet élan social et, si l'on peut dire, corporatif qui est son caractère originel, constant et même croissant. Cette tendance, arrêtée du dehors, reprend toute sa force si l'obstacle tombe. Dès qu'il lui est permis d'être absolument lui-même, le catholique s'évade comme de prison, de la contrainte individualiste. On le contraint tant qu'on enferme sa religion dans sa personne. On l'afl'ranchit quand on lui laisse les moyens d'étendre sa foi aux compagnies, corps et communautés. Ce caractère du catholicisme n'est pas niable, il faut en admettre les conséquences.
Elles sont claires.