‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 134 sur 141 · CATHOLICISME ET GERMANISME · texte numérisé non relu

CATHOLICISME ET GERMANISME

On a vu et touché par l'utile voyage de Mgr Baudrillart et d'ua certain nombre d'autres catholiques dévoués, prêtres et laïques, l'avantage positif qu'il y avait à ne pas laisser sans emploi et sans fruit la religion, les traditions, les mœurs de l'immense majorité des Français vivants et morts. Il y a une espèce d'innocence effrontée à vouloir s'adresseraux races latines en faisant abstraction du plus grand fait de leur histoire, qui est le catholicisme. Les diverses Revues de peuples latins ou nations latines qui atîectent de l'hostilité au catholicisme seraient

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sages d'y réfléchir. Il y a 40 ans, elles auraient pu juger que la libre pensée, ou l'évolution, ou je ne sais quoi étant défînitivenaent venu à bout de cette doctrine et de cette discipline, aucun service n'en pouvait plus être espéré. Aujourd'hui, doctrine catholique et discipline romaine sont plus jeunes, plus vertes, plus vivaces qu'en aucun temps. Il n'y a plus rien contre elles que des haines : pas une idée. Ce sont les idées dites modernes qui, proprement, sont mortes, qui ont perdu tout ressort, toute elTicacilé, toute ardeur. Elles sont fausses, en outre, comme aurait bien dit Moréas. Mais elles l'ont été de tout temps.

La défaite subie par l'Allemagne n'aurait certes pas suffi à entraîner le discrédit ou le dessèchement des méthodes individualistes et panlhéistiqucs telles qu'elle les incarne sous des apparences diverses depuis plus d'un siècle : cette défaite sert à faire constater une déchéance déjà reconnue. Ce qui achèvera de disparaître c'est le prestige et le préjugé d'une majesté usurpée. On a vu comment Gabriel Monod, après 4870, félicitait de leur clairvoyance, avec un singulier mélange d'estime et d'ironie les jeunes zouaves pontificaux pour qui la défaite de la France était celle de Rome : la victoire de la France et de ses alliés aura quelque chose de romain au sens précis où l'entendait l'autour très peu suspect d'yiHemands et Français.

Est-ce qu'on va dire que j'embauche la [religion au service d'une moitié de l'Europe contre l'autre moitié? Il me suffit de prémunir nos néo-romanistes, nos néo-lalinants contre le danger d'un acte

de négligence ou de dédain envers le l'ait historique de noire éducation, de notre tradition catholique, part intégrante et dominante de la latinité. Les habitudes de l'esprit classique en font ainsi partie; celte façon de concevoir la science, les lettres, les arts, la vie de société, lêS disciplines de la pensée y déterminent le goût et même la passion raisonnée de l'ordre. C'est le contraire de l'esprit révolutionnaire.

22 octobre 191G.

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