‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 33 sur 141 · WALDECK, LES SYNDICALISTES, LES CONFÉRENCES DE LA HAYE · texte numérisé non relu

WALDECK, LES SYNDICALISTES, LES CONFÉRENCES DE LA HAYE

Savez-vous que Waldeck-Rousseau, dont la politique ne brilla ni par l'à-propos ni par le bonheur, était, dans l'intimité, assez clairvoyant? Nos aînés

nous l'ont dit, nos cadets l'admettront; nous qui avons vécu les années 1897-1902, nous avons un peu de peine à le croire. Cependant, M. Yves de la Brière, qui nous paraît admirablement informé, nous rapporte un discours qui semble montrer que l'énergie mentale de cet homme politique était supérieure à son énergie morale. Voyant la vanité de ce qu'il allait faire, il le faisait tout de même, en se fiant... à quoi?

Le collaborateur des Études pose l'inefficacité des conventions tutélaires de La Haye :

Dès l'époque de la première conférence de La Haye, en 1899, Waldeck-Rousseau, alors président du Conseil, avait prédit cette inefficacité avec le réalisme sceptique et réfrigérant d'un misanthrope qui (pour des raisons connues de lui, sans doute) n'avaient aucune ombre d'illusion idéaliste sur le rôle de la vertu dans le gouvernement des peuples. « Vos conventions intcr:iationales », disait Waldeck-Rousseau à l'un des délégués qui représentèrent la France aux deux conférences de La Haye (et qui nous répéta ce propos plus de trois ans et demi avant la guerre de 191 i), « vos conventions internationales vaudront tout autant que mes propres arbitrages dans les questions ouvrières. Les ouvriers syndiqués acceptent argent comptant les clauses de l'arbitrage qui leur sont favorables et refusent d'observer les clauses (jui leur déplaisent, sans qu'on puisse les contraindre à s'y conformer. Les syndicats ouvriers n'ont pas de propriété corpoiativc dont la saisie devien drait un moyen de coaction. Alors, ils sont inviolables et mon arbitrage demeure lettre morte!

« Pour vos conventions internationales, ce sera la même chose. Les seuls États qui les observeront seront ceux qui ne les trouveront pas trop gênantes. Les autres n'auront rien de plus pressé que de les violer

quand ils jugeront que leur intérêt le réclame et quand ils se croiront assez Torts pour le faire impunément. Vos conventions auront la même infirmité que mes arbitrages : pas de sanctions! Pour mes arbitrages, le gendarme ne peut rien faire. Pour vos conventions, il n'existera ni juges ni gendarmes. *

Cette attitude du pseudo-liquidateur de TafTaire Dreyfus est accusatrice pour la politique républicaine; si les conventions de La Haye étaient jugées en 1899 ce qu'elles devaient apparaître en 1914, il fallait garder notre poudre sèche et notre épée aiguisée. Le patron de Gallifet et d'André, le destructeur du Bureau des Renseignements, l'adversaire de l'ancien État-major voyait le danger de la guerre : non seulement il n'a rien fait pour nous en défendre, mais il a fait ce qui dépendait de lui pour nous y exposer. Ce n'est pas d'un homme très fort.

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