ÉTATS » ET (( PUISSANCES )> A LA CONFÉRENCE
On sait qu'il fut question d'inviter le Pape à la Conférence de La Haye, et, plus vivement encore, de l'en exclure.... M. de la Brière écrit :
D'après le texte du projet de convention qui avait été, d'abord, soumis à l'e-xamen de la première conférence de La Haye, en 1899, la Papauté aurait été purement et simplement exclue. On n'envisageait comme possible, sous réserve du bon plaisir des puissances contractantes, que de l'adhésion éventuelle d'Etats non représentés à la conférence. Or, dans la terminologie actuelle du droil public, le mot Etat désigne nécessairement une souveraineté territoriale; de sorte que, depuis la chute du pouvoir temporel, la Papauté n'est
plus un Elaf. L'exclusion du Saint-Siège paraissait donc absolue.
Mais voici Tadmirablc :
Mais UN DÉLÉGUÉ FRANÇAIS cut la délicate et noble inspiration de proposer, dans la rédaction du texte officiel, la substitution du mot puissance au mot Etat. Le mot puissance, en effet, a une signification plus générale et peut désigner non pas seulement la souveraineté territoriale d'un Etat, mais aussi la condition juridique d'un personnage diplomatiquement reconnu comme souverain, même sans territoire indépendant ; condition juridique qui est celle de la souveraineté personnelle. La Papauté n'est plus un Etat, mais elle demeure une puissance. Admettre la substitution du mot puissance au mot Etat dans la convention de La Haye était donc admettre la non-impossibilité d'une admission éventuelle de la Papauté au tribunal permanent d'arbitrage international. Le représentant du roi Humbert à la première conférence de La Haye, un vétéran de la diplomatie et l'un des artisans de l'unité italienne, spirituel vieillard dont les anciens de la Carrière (et notamment Albert Sorel) vantaient l'étonnante séduction, le comte Nigra, se montra beau joueur.
Lorsque fut soumise à la conférence la propositioiv de substituer le mot puissance au mot Etat, il cligna de l'œil derrière son monocle et dit en souriant : « Je vois bien pourquoi! » Mais il cut l'élégance et le bon goût de n'élever aucune objection. La substitution de termes fut agréée en 1809; et la formule de I!t07 reproduisit, sur ce point, la rédaction de 181)9...
Ce petit détail d'histoire diplomatique nous est revenu en mémoire lorsque nous avons lu la Lettre publique du cardinal de Cabrières. en date du '20 décembre l'.Uù, sur son récent voyage à Rome. Le cardinal l'rant:ais résumait ainsi les pensées de l'ancien collaborateur de la secrétairerie d'État au temps de Léon XIII devenu maintenant le Pape Benoît XV : « S'il ne croit plus devoir reconquérir par les armes un domaine tempo-
rel, il espère, en dépit des apparences contraires, que rintluence française s'emploiera pour lui à la réunion du Congrès de la Paix. »
On ne peut en douter, ce nouveau projet pontifical va exciter des protestations violentes à rextrême-gauche. Qu'un Docteur habillé de blanc et vénéré par oUO millions de fidèles apporte à la cause du droit unisersel le prestige, le charme, l'influence, la majesté de son autorité, c'est là, paraît-il, une usurpation inadmissible, c'est un insoutenable attentat.
Peu importe que l'intervention puisse être efficace: elle est papale, il n'en faut plus. Qu'un diplomate français fidèle aux usages de notre peuple, sinon de notre Etat, ait eu l'effronterie d'ouvrir les voies à une intervention de ce genre; qu'il ait soutenu les intérêts unis de la France et du genre humain : c'est un intolérable scandale. Je serais bien surpris si l'on n'en avait des nouvelles! En pleine guerre, on demandera que ce diplomate, quel qu'il soit, soit exemplairement flétri pour avoir servi la nation et l'huamnité. Il a honoré la France, il a essayé d'employer au profit de la paix du monde, c'est-à-dire on faveur de la vie de millions et de millions de jeunes gens de tous les pays, les puissances morales du catholicisme. Les injures qu'il recevra seront pires que s'il eût mis toute l'Europe à sang.