‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 36 sur 141 · LA FONCTION DE L'ÉGLISE AU XX SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA FONCTION DE L'ÉGLISE AU XX SIÈCLE

11 est toujours facile d'objecter que la puissance pontificale n'eût rien ajouté à cela. Mais d'abord on n'en sait rien. Et ensuite on ne tient pas compte de ce que l'on sait, ce qui est certain et patent; seule de toutes les puissances, le Saint-Siège est un pouvoir véritablement spirituel, capable d'enseigner et de faire enseigner des idées, de leur donner force de loi dans les esprits et dans les cceurs. Si une Puissance était capable d'opérer un changement moral dans le monde, c'était bien celle-là : c'est justement celle-là qu'on a négligée. Ne sommes-nous pas fondé

à demander : — Voulait-on sérieusement ce que l'on voulait? Et, sauf en quelques belles âmes à illusion, le pacifisme n'était-il autre chose que grimace de comédie ?

La réponse, une réponse que l'on croit terrible, est là, il est vrai, toute prête : —Pourquoi, du moment qu'elle était outillée pour cette opération, pourquoi rÉglise catholique n'a-t-elle pas procédé à cet enseignement de droit public européen ? Pourquoi ne s'est-elle pas occupée spécialement d'adoucir la guerre, de proposer la paix, d'imposer à l'une et à l'autre des règles senties et respectées des peuples et des rois? La question est au fond des imbécililés que publient là-dessus VHumanitéei que multiplient le^ Lanternes. La réponse, tout historique, est simple et claire : l'Église ne peut pas tout faire à la fois.

Ouand elle était à peu près la maîtresse ou quand elle restait l'objet des respects unanimes, elle pouvait donner une partie de son activité à cette œuvre de législation internationale. Maintenant, il lui faut passer les trois quarts de son temps à se défendre contre des vexations de toutes les heures. Un bon proverbe de Provence dit que monsieur le curé ne [)eut pas porter la croix et chanter.

H ne le peut absolument pas. Dans les circonstances actuelles, on ne laisse à l'Église ni le temps ni la force de faire toute seule ces besognes de droit public. Ceux qui lui enlèvent et ce Icmps et cette force sont particulièrement mal venus à lui adresser le reproche. S'il est sincère, ils devraient au moins associer l'Église à ce qu'ils tentent dans la même direction et le même sens. Mais pas du tout.

Ils ont horreur de toute collaboration et de tout concours venu d'elle.... Ce serait fou, si c'était sérieux. Plutôt que d'admettre cette démence fabuleuse, j'inclinerais à supposer un cas d'hypocrisie allemande, soufflée du pays d'où nous est venu l'esprit d'anarchie en politique et en religion,

10 février 1916.

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