A QUOI LE SAINT-SIÈGE EUT SERVI
M. Yves de la Brière n'est pas un esprit chimérique. Il ne croit pas, surtout dans l'état présent de ce globe, qu'il y ait un moyen pleinement effi-
cace de prévenir toute guerre, de prévenir et de réprimer toute violation du droit international. Mais si on veut la paix, si on la veut bien, au moins conviendrait-il de ne pas se condamner au dédain et à la négligence de Tun des principaux moyens d'atteindre le tléau guerrier et de mettre au service du droit la force morale réelle, celle qui existe, qui est concrète, et opérante.
Si le pacifisme n'est qu'un mot en l'air pour berner et mystifier les bourgeoisies et les prolétariats, nous nous expliquons parfaitement la conduite des pacifistes prolétaires ou non. S'ils mettent quelque chose sous ce mot, comment se passent-ils de l'énorme appoint de l'influence de lEglise et de son chef? Si l'on trouve que nous prodiguons cette question, c'est que la réponse n'est pas fréquente.
i\I. l'abbé de la Brière réalise par la pensée ces vues de logique évidente :
Imaginons, à présent, que Léon XIII ait été représenté à la première conférence de La Haye en 1899 et Pie X à la deuxième en 1907. Les règles tulélaires du droit international auraient bénéficié du prestige moral et sacré que leur aurait garanti la collaboration, l'adhésion solennelle de Rome. Les articles essentiels des conventions de 1899 et de 1007 auraient été vraisemblablement promulgués, commentés, à titre de règles obligatoires de la morale des nations, dans quelque document i>ontilical adressé à lÉglise universelle. Les mêmes pi'iiicipes de la morale et du droit auraient été, eu chaque pays du monde, inculqués à des millions de consciences par la prédicalion ecclésiastique, par l'enseignement théologique et catéchétique...
L'attitude adoptée par la Papauté romaine naurait
probablement pas été sans provoquer l'émulation des Églises dissidentes et des groupements non chrétiens; de sorte que de puissantes influences religieuses, intellectuelles, sociales se seraient exercées le plus énergiquement possible à faire partout connaître, respecter le Code nouveau et contractuel de la loi des nations...
Les nations, les armées auraient été imbues de ces principes directeurs ; en dehors même des sanclions ecclésiastiques concevables et prévisibles, le niveau des mœurs militaires en aurait été automatiquement relevé. On a voulu agir sans la Papauté. II est de fait que le résultat de l'action est resté égal à zéro el même inférieur à zéro, si on tient compte de l'hypocrisie surajoutée par la Bochie écrivante et dogmatisante aux crimes de la Bochie militante. Rien, moins que rien et pis que rien, voilà le bilan du pacifisme propagé par une cinquantaine de « puissances » de l'Europe et d'ailleurs.