CHANCE ET BONHEUR
M. René Bazin essaye de dissiper le ridicule préjugé qui nous fait croire qu'un Allemand qui plaide pour sa nation est nécessairement un personnage noir de péché, rouge de sang et ainsi reconnaissable au premier coup d'œil. La cautèle de ces brutaux est inventive, leur perfidie fertile, leur mensonge hardi et fort.
Cette campagne officielle de fictions dépourvue
1. Le commandant Billot, frère du Cardinal est tombé au Champ d'honneur.
de contre-partie officielle, pouvait, devait donner un certain résultat comme l'effort d'une armée qui manœuvre contre un ennemi qui ne manœuvre pas .. « Heureusement », ditpar trois fois M. René Bazin, ce résultat commence à baisser et à décroître par l'effort réuni de la vérité des faits et des amis dévoués qui la font connaître. « Heureusement », il y a le cardinal secrétaire d'État qui a longtemps vécu chez nous et qui sait la France. « Heureusement » enfin, il y a Benoît XV, pénétrant diplomate, juge divinateur : il y a celui qui a su condamner l'injustice en la forçant à se reconnaître, môme à se dévoiler, car ceux qu'il a désignés en termes indirects « se sont sentis atteints n, « et ils Vont dit », et ils en ont fait des plaintes, odieuses et ridicules, mais déjà vengeresses...
C'est du bonheur, assurément, et il faut nous féliciter avec M. René Bazin de cette chance imprévisible. Cependant quel est le citoyen, quel est le père de famille qui, ayant à donner un foyer et un toit à leur progéniture, se borneroni à la confier à la chance el qui, au lieu de pain, lui prodigueront leurs souhaits d'avoir le bonheur d'en trouver ? Un Etat français étendant sa fonction paternelle à toutes les familles delà patrie, doit mettre la main à la pûlc pour assurer à la nation les instruments qui lui sont indispensables pour se tirer d'affaire. Notre chance et notre bonheur à Rome, c'est très joli! Ne serait-ce (jue pour les fixer et les enchaîner à notre cause juste, rétablissons notre ambassade au Vatican.
LE SAINT-SIÈGE ET LA FRANCE. r.3
2 mai 1915.