‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 45 sur 141 · LES OBJECTIONS A L'AMBASSADE · texte numérisé non relu

LES OBJECTIONS A L'AMBASSADE

Et cependant nos ennemis font des pieds et des mains pour nous noircir là haut. Oui, là haut sur ce toit du monde, dans le palais de la Sibylle, dans les avenues qui y mènent, sur chaque degré des escaliers qui conduisent à la Chambre supérieure où se tient l'héritier et le successeur du Pêcheur, ils ont agi, et manœuvré, et intrigué contre nous. M. Hanotaux qui en revient répète ce qu'a vu et dit M. René Bazin, des envoyés officiels de l'Autriche, de la Bavière, de l'Allemagne, de la Turquie. « Quatre ambassadeurs ou ministres sont à leurs postes, ils ne quittent pas les alentours du Vatican, on les trouve et on les 7'e trouve partout. » Sans doute, le passé, le présent, l'avenir de la France sont de grandes idées, de taille à se défendre contre les hommes et les propos ennemis : elles se défendraient mieux encore si des hommes étaient mis au service de ces idées.

Nous vivons un moment de notre histoire où nous n'avons le droit de rien négliger. C'est bien l'avis de M. Hanotaux, mais il hésite, il n'ose demander une ambassade ou une légation 1 11 s'arrête à la timide demi-mesure d'un vague « porte-paroles autorisé »'. Et si on lui demande pourquoi :

Personne, assurément, ne songe à soulever, auprès 1. L'attitude de M. Hanotaux était moins timide en 1914.

de lopinion française et du Parlement français, le grand débat que provoquerait la questiu)' de la reprise des relations avec le Vatican. Il est entendu que nous écartons résolument tout ce qui nous divise. Ni une ambassade, ni même une légation, n'aurait uns situation honorable et forte, si elle n'était pleinement approuvée par la volonté déclarée du pays et de ses représentants.

Et voilà ce que donne le gouvernement des « débats », le régime de la discussion et de réleclion, dans une aflaire où est ainsi engagé le salut public, comprenez le salut de tous, de tous les Français, cléricaux ou anticléricaux, partisans ou adversaires de Fanibassadc vaticane. Nous avons un gouvernement qui ne croit pas avoir le droit de sauver ses gouvernés malgré eux.... C'est un peu bête.

Bêtise d'autant plus lamentable qu'il n'y a rien de plus artificiel que l'anticléricalisme français. C'est un fruit de serre cultivé dans la rédaction de quelques journaux et payé à la caisse de quelques banquiers, simple moyen de « berner le prolétariat », comme disait fort bien M. Jules Guesde, et que M. Denys Cochin, avec qui me voici d'accord cette fois, explique très justement dans la Revue des Deux Mondes du I'-'^ mai, par « l'embarras d'imaginer de « nouveaux programmes » pour les anciens partis.

L'internationale pacifiste des socialistes ayant fait faillite, un regain de foi religieuse devant l'ennemi s'étant dessiné dans les âmes, il fallait tout reprendre en sous-œuvre : c'est l'unique raison pour laquelle ils se sont remis à i foire de l'anticléricalisme ».

Franchement, c'est le pays qui est fait et qui est refait par de tristes faiseurs.

Mai-hkas. — i.o Papp. i)

i" décembre 1915.

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