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LE CARDINAL DE CABRIÈRES

Nous avons publié depuis plusieurs jours la belle lettre dans laquelle le cardinal de Cabrières a commenté avec autant d'éloquence et d'esprit que d'àpropos patriotique un message de M. le Président de la République et son « rappelez-vous » poignant. Le mot de M. Poincaré était certainement allé au cœur de l'éminent évècjue de Montpellier qui sent que la noblesse des cœurs, des races, des nations i-epose sur le fond de leurs souvenirs, si bien que notre Mistral a pu assimiler dans le même distique de la Comtesse

Ceux qui ont la mémoire Ceux qui ont le cœur haut...

Leibnilz faisait aussi entrer le beau don d'unifier le présent et le passé dans les conditions d'une âme vraiment humaine, sui memor.... La faiblesse du régime républicain lient à son absence de mémoire centrale et, pour ainsi dire, axiale. Mais quand les Français s'avisent de corriger par l'initiative personnelle le défaut de rinstitution, il faut applaudir doublement : au bien qu'ils font, au mal qu'ils empêchent.

On conçoit que l'âme forte et fière du doyen de l'épiscopat national ait correspondu volontiers à cet appel au souvenir émané du chef de l'Etat; rien n'est plus naturel que cet écho apostolique dont

s'enchante, avec une pointe de surprise, le Temps. Mgr de Cabrières^est royaliste, sans doute? Mais il est royaliste parce qu'il est Français, parce qu'il sait se souvenir de la France. « Tout ce qui est national est sien », même et surtout une idée juste de M. le Président de la République. Le Temps écrit :

L'évêque de Montpellier applaudit aux paroles de M. le Président de la République et son cœur de patriote s'émeut des espérances victorieuses qui s'expriment dans le message. Il s'associe aux sentiments de tous les Français avec une ardeur sans réserves. Il ne craint pas de dire son indignation contre les Empires du Centre, son horreur à cause de la Belgique envahie et des cathédrales incendiées.

Nul évoque français, nul prêtre français n'a éprouvé cette crainte.... Il y a trop de bonne volonté sensible dans l'article du Temps pour qu'il soit utile de lui reprocher les pointes secrètes dont sa note est continuellement hérissée, les unes tournées contre tel ou tel évêque de France, les autres contre le Sacré Collège et le Vatican. Qu'auprès de cardinaux qui siègent de loin en loin aux conseils de l'Eglise, il y ait à Rome des cardinaux plus jeunes chargés du soin absorbant des affaires courantes, le Temps ne croit pas pouvoir en admettre l'explication naturelle : il lui faut des raisons ténébreuses tirées des grâces ou des disgrâces de cour et, naturellement, d'un népotisme, le « népotisme romain ». Je recommande au Temps une belle mine à creuser, l'étude approfondie du népotisme de Pie X! Il y aurait aussi à dire et;\ redire sur la façon

dont est présentée l'attitude des prêtres français du « début de la guerre ». Mais, basle ! il faut prendre les gens et les journaux comme leurs papas et mamans les ont fabriqués. S'il eût mieux valu que la réponse du plus grand journal de la République aux paroles ailées d'un prince de l'Eglisef eût été moins rugueuse, plus unie et d'une amabilité moins rouée, si en outre il eût été meilleur de se dispenser de l'écriteau « Religion nationale », qui peut être naturel, mais qui peut aussi être lu comme une provocation, malgré tout ne nous défendons pas contre le plaisir de lire une parole de paix en un lieu d'où sont partis tant de cris de guerre : sans entrer dans aucune des thèses du Temps, félicitons-le d'avoir rendu au moins justice à la « forte personnalité » d'un homme « toujours semblable à soimême » et qui a pratiqué « la bienfaisance et la droiture ».

Cette droiture, cette bienfaisance, tous les Français, surtout peut-être ceux du Midi, les connaissent bien ! Les peuples du Languedoc n'ont pas oublié l'acte de confiance supérieure par lequel leur évêque ouvrit les portes de sa cathédrale à la foule anxieuse de ses vignerons révoltés pendant les nuits tragiques de 1907. La tragédie de la guerre a naturellement amplifié l'évidence des charités de ce grand cœur. Préfets, généraux, même hommes d'Etat et ambassadeurs étrangers qui ont défdé à Montpellier depuis août 1914 ont porté témoignage de son talent, de ses vertus. D'un vol lent, mais juste, la renommée apporte peu à peu cette gloire jusqu'aux parages supérieurs de l'Etat français. Voilà le

Temps averti. Peu à peu tout finiia par se savoir à l'Elysée peut-être, au Ouai d'Orsay, qui sait? et ma foi, pourquoi pas? à la Chancellerie de la Légion d'honneur.

18 seplemhro Ivllfi.

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