LES SCANDALES DIVISEURS
Si j'avais eu l'honneur d'approcher M. Millcrand quand il fait sa circulaire à la Croix-Rougc, je n'aurais pas manqué de lui proposer énergiquement la méditation de ces vérités. L'erreur politique est commise. On en commet une autre en refusant d'apporter aux victimes de la monstrueuse calomnie dénoncée ici la réparation juste, la réparation vengeresse que l'intérêt de la Patrie exige pour elles. Plus on larde, plus on encourage des passions sans aveu et des intérêts sans honneur. Plus on expose, plus on découvre « l'union sacrée ».
Assurément, je ne crois pas à la fonction spirituelle et dogmatique de^l'État, mais je crois à son influence morale. Une certaine tenue de l'esprit dans les sphères supérieures pourraient décourager certains débraillés cérébraux. Je le dis sans illusion, mais aussi sans faux fuyant : il dépendrait non pas certes des prohibitions d'une censure ou des mots dordre du gouvernement, mais du langage, de l'atti-
lude et de l'allure du « ministère national » que certaines offenses, que certaines insultes, ne vissent pas le jour. Il suffirait d'en décourager les auteurs. Il suffirait qu'on sût le désir et la volonté de paix du gouvernement pour qu'à la Dépèche de Toulouse, par exemple, personne, n'eût songé à écrire l'apostrophe haineuse qui fait le tour de la presse française avant d'aller réjouir et réchauffer les espérances de nos grossiers ennemis.
« Battez-vous maintenant, petits soldats ! Donnez votre chair, donnez votre vie! Et mourez en pensant que la cloche de l'église sonnera peut-être des carillons quand les Allemands entreront dans votre village. >
Cette façon de dénoncer dans le clergé, dans ses cloches, dans ses églises un élément intéressé h la défaite française et à la victoire allemande réalise le plus cruel, le plus impie, le plus diviseur des scandales. Cette division doit être conjurée et ce scandale doit finir : tous les bons citoyens ont le droit de l'exiger, comme le respect de la loi, comme l'exécution des sentences judiciaires, au nom du peuple français!
Question de force ou de faiblesse, autant dire de vie ou de mort [)our notre nation envahie!
9 octobre 1914.