‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 68 sur 141 · UN VÉRITABLE QUIPROQUO · texte numérisé non relu

UN VÉRITABLE QUIPROQUO

Une dépêche Havas, naturellement aggravée par le Temps, nous apporte de Pau la nouvelle suivante :

L'abbé Etcharf., de Saint-Étienne-de-Baigorry, avait fait au début de la guerre un violent prêche où il déclarait que la guerre était le châtiment voulu par la Providence, à cause de la perséculion religieuse. Traduit devant le tribunal de Bagonne, il fut acquitté.

Sur pourvoi du ministère public, le jugement a été confirmé, mais Varrèt déclare déplorables les paroles du curé, bien que ne tombant pas sous le coup de la loi.

La dépêche Havas parle de « sévères altenJus ». Le Temps confondant les curés et les pasleurs, la prédication et le prêche, éclaircit comme il peut ces attendus déplorables. Nous permettra-t-on de douter que les audiences du tribunal et de la cour aient vraiment élucidé la question dont ils n'étaient pas juges, si la prédication catholique est restée libre en France?

Depuis plus d'un mois que l'on parle de ce prône du curé basque, nous nous demandons s'il n'y a point là tout simplement un abominable malentendu, comme il en surgit à chaque instant dans notre nationalité en charpie, « dans ce peuple mutin divisé de courage », comme disait Ronsard pour une période analogue.... Oui, si c'était un quiproquo?... Le doux et mystique Voyant qui conseillait à ses disciples de s'aimer les uns les autres* commencerait par dire aux Français d'aujourd'hui : « Traduisez- « vous les uns les autres! Ah! ne vous battez pas, « ne vous condamnez pas avant de vous être traa duits ! »

Donc, le curé basque a prêché que cette guerre est un châtiment providentiel des crimes ou des fautes de la France. Que disait-il, ainsi parlant? Avec la précipitation de l'esprit de parti avec l'espèce de cécité rageuse que donne la passion anticléricale, les journaux radicaux, Dépéc/te de Toulouse en tête, ont pensé que ce châtiment était unilatéral, qu'il était destiné à la France seule et que, par voie de conséquence, guerre, dans la pensée du curé basque, voulait dire châtiment suprême, donc défaite, donc disparition de la France....

Or, en soi, la guerre est un iléau bilatéral. Dans la conception catholique de la providence, il est parfaitement admissible que la même guerre dût aussi punir les crimes de l'Allemagne. Les Français ont pu le mériter par les persécutions incontestablement appliquées au catholicisme, par exemple à

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