‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 70 sur 141 · VIEILLES HAINES · texte numérisé non relu

VIEILLES HAINES

Si laflaire du curé basque n'élait pas tout à fait limpide, il faudrait citer celle de l'évoque de Grenoble, S. G. Mgr Maurin, accusé parle journal socialiste du pays de nourrir dans son cœur le serpent des « vieilles haines accumulées », parce qu'il engagea ses prêtres et fidèles à lui déférer, pour qu'il les déférât lui-même aux tribunaux, les gens qui colportaient des imputations infamantes pour le clergé... Dans une lettre publiée par la Croix de Vlsère après insertion dans le Droit du Peuple, ce prélat expose avec une grande clarté qu'il n'y a pourtant pas deux conduites possibles :

Si l'on veut la paix et l'amitié, il faut se rendre mutuellement justice.

Si l'on se montre injuste, il faut consentir à aller s'expliquer, au besoin s'accorder devant les tribunaux.

A moins qu'il n'y ait un troisième parti obscurément voulu et secrètement préparé par une faction ignorée, mais forte : le parti pris d'éterniser nos guerres civiles.

Mieux vaudrait pourtant en finir avec ces « vieilles haines » artificiellement attisées et exaspérées ! Tant de cœurs devraient depuis longtemps s'être reconnus pour des frères, puisqu'ils sont les uns et les autres du bon sang de France !

26 janvier 1915.

Sous prétexte de plaider la cause de l'union

sacrée, voici que, pour la troisième ou la quatrième fois, le Temps publie un article qui n'est pas beau et commet une action qui non plus n'est pas belle. Nous avons signalé une par une ces défaillances d'un journal que nous approuvons quand il le faul; nous ne manquerons pas au devoirde lui infliger de nouveau le blâme qu'il a mérité pour les plus graves motifs.

Nous n'avons pas sous les yeux l'article dans lequel un catholique lyonnais, M. Pierre Jay, aurait, d'après le Temps, identifié (après Fichte), le protestantisme et le germanisme, la barbarie teutonne et le messianisme luthérien, nous ne pouvons savoir si les termes de cet article offensenl ou non les sentiments de tolérance et de modération que le Temps juge être indispensables à l'union sacrée, mais il faut constater que la réponse du plus grand journal de la République aggrave cette offense si elle a été faite, ou de toute façon il la constitue directe et formelle, ne serait-ce qu'à l'endroit où le Temps met en parallèle le secours donné par 1' « Angleterre protestante » à la « Belgique catholique » avec le « silence diplomatique » qu'aurait (( gardé » < le Saint-Siège » « après la destruction de Louvain et le massacre de vingt-huit prêtres belges». Ces allégations concrètes lancées avec une telle légèreté contre la Cour et la personne du Pape, sur un sujet encore infiniment mal connu, doit être dans la pensée du Temps ce que noire confrère appellerait sans doute une « réponse modérée à rinfànu'; pamphlet » de M. Jay contre la mémoire de Martin Luther. Mais Luther est mort depuis des siècles, et

POL^^ ET CONTRE L'UNION SACRÉE. n7>

S. S. Benoît XV et S. E. le cardinal Gasparri sont vivants. Cela fait nne différence dont un esprit politique ou même un esprit juste aurait pu tenir compte, bien qu'elle ait été inaperçue des passions religieuses du Temps, les mêmes qui l'emportent à nous aliéner le catholicisme espagnol.

En revanche, il est vrai, ces gaucheries du Temps pourront surprendre les nombreux catholiques irlandais ou anglais qui combattent pour nous.

Nos alliés, qui savent leur histoire, n'oublient pas qu'il y a six siècles que l'Angleterre lutte pour écarter des Flandres (et d'Anvers!) la souveraineté de toute grande puissance continentale. Puritains et Anglicans eux-mêmes s'étonneront d'y trouver leur foi engagée : ni Wiclef, ni Henry \ÏU n'élaient nés du temps du Prince Noir!...

Quant aux catholiques français, ce Temps ne peut manquer de les promener de stupeur en stupeur jusqu'à l'irritante formule dite de « conciliation » par laquelle on prétend attirer la pensée d'un écrivain ecclésiastique et lui proposer de nous unir dans a la France de Vincent de Paul et de Voltaire! » Cette insolence est de M. Joseph Reinach ; elle date, dit le Temps, des « temps les plus troublés et les plus funestes de l'atTaire Dreyfus ». Nous n'aurions pas réveillé ce souvenir. Nous n'aurions pas eu à rappeler que M. Joseph Reinach, doué d'un véritable génie de l'erreur de fait, est aussi l'un des maîtres de l'impropriété du langage.

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