‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 78 sur 141 · LA CENSURE A BORDEAUX · texte numérisé non relu

LA CENSURE A BORDEAUX

L'un des hommes auxquels la Défense nationale est en droit d'adresser les plus graves reproches, i\l. Camille Pelletan, avait lancé, dans un journal girondin, des attaques virulentes contre le Pape. Du point de vue de la politique élémentaire, cela est à peu près aussi intelligent que de prendre à partie M. ]Maura, Don Jaime ou M. Giolitti pour l'attitude (.le quelques-uns de leurs partisans. Un prince de l'Église, S. E. le cardinal Andrieu, archevêque de Bordeaux, a répliqué à M. Pelletan, avec autant de dignité et de pertinence que d'énergie.

Le cardinal s'est borné à évoquer en termes sévères, mais extrêmement généraux, le rôle misérable

1. Cet optimiste très volontaire a été mis en défaut. La presse parisienne ne fit aucun écho à cet appel de bon sens et de concorde.

138 LE PAPE, LA tiUERHE ET LA PAIX.

tenu par M. Pellelaii pendant ses trois années de dévastation rue Royale. Citoyen français, écrivain et docteur, Mgr Andrieu avait élevé et mesuré son langage pour déjouer tout à la fois la réplique et la critique. Aussi n'est-ce point là-dessus que le censeur bordelais a trouvé matière à intervenir. jMais ces motifs inattaquables étaient suivis d'un bref dispositif défendant aux catholiques, sous les peines édictées par la loi du catholicisme, toute lecture du journal de M. Pelletan : c'est ce dispositif qu'il a été interdit aux journaux de faire connaître !

En vérité, pourquoi? La France de Bordeauo: et du Sud-Ouest n'est pas un journal catholique, M. Pelletan appartient lui-même à la communion protestante : qu'est-ce que cela peut bien leur faire d'être excommuniés? Il n'y a que le gobe-mouches Gustave Hervé pour se figurer qu'un pasteur suisse dont il parlait dernièrement pût éprouver le moindre dommage à l'idée d'être retranché d'une confession à laquelle il n'a jamais appartenu et se fait même honneur de n'appartenir point. Le cardinal, le prélat, le prêtre qui met le public au courant de la doctrine de M. Pelletan et de son journal, doctrine nullement mystérieuse, nullement cachée, je suppose, qu'est-ce qu'il fait de désagréable ou de gênant pour qui que ce soit? 11 épure la situation. Il la rend claire et loyale. Au fond, il aide à sa manière, aux intentions de MM. Pelletan et Lucien-Victor Meunier. Ces messieurs arborent une cocarde violemment auticatliolique. Le cardinal signale ce petit insigne afin (ju'il soit remarqué des intéressés, atin que ceux (|ui sas-

l'OUIl ET CONTRE L'UNION SACUÉE. 139

socieiit à celte œuvre ne soient plus regardés ni comptés pour des catholiques. L'ordre est rétabli.

Ce qui réiablit l'ordre ne peut pas le troubler. Alors? Ou bien le préfet de la Gironde a voulu se mêler de définir ce qui est catholique et ce qui ne l'est pas, prétention contraire à la loi de Séparation presque autant qu'au bon sens et au sens commun. Ou il veut essayer de donner à l'antipapalisme de M. Pelletan et de M. Meunier un caractère clandestin contre lequel ces deux messieurs, tel qu'on les connaît, se devront de protester. Dans les deux cas, la censure exercée contre le dispositif des déclarations du cardinal Andrieu ne va pas seulement contre les libertés nécessaires du catholicisme en pays français ; elle contredit toutes les lois de cohérence de l'esprit humain, elle relève de l'absurdité pure et simple. Dans l'intérêt et le bon renom de cette chère censure, mieux vaudrait en finir avec ce non-sens.

17 mars 1915.

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