LA RENTRÉE DE M. CAILLAUX
C'est un anniversaire.
Il y eut hier une année que Gaston Calmette tombait à son poste sous une balle d'assassin.
Hier donc, par une lettre que le Temps insère à titre de document, M. Joseph Caillaux ou « le Crime impuni », comme Capus l'appelle, faisait sa rentrée dans la politique française.
Cette proclamation aux électeurs de Mamers est du reste datée du 14 mars. Le 14 mars 1915 sera-t-il
une date fatale de notre grande guerre ? La défense républicaine va-t-elle succéder, ou tout au moins se juxtaposer à la défense du pays?
Ces trois cents lignes de copie grand format ont brusquement rouvert une large baie sur le cloaque. L'air méphitique de la politique des partis dont nous étions déshabitués rentre à flots. L'ancien ministre des finances donne un corps aux aspirations diviseuses de la démocratie laissées depuis huit mois inertes et sans emploi ; c'est ce que l'auteur appelle avec une jolie emphase, qui doit avoir sa sincérité : « la politique dans le sens le plus élevé du mot ».
M. Gaillaux commence naturellement par une plainte qui est de style. Toutes les mauvaises querelles, toutes les querelles d'Allemand de l'intérieur ont le même début : VHumanité publie-t-elle de sales caricatures du Pape? elle se plaint qu'on n'observe pas l'union sacrée ; la Lanterne veut-elle crier, des mois entiers, contre d'innocentes distributions de médailles ou de scapulaires? elle flétrit les perturbateurs de l'union sacrée; M. Caillaux veut-il déclarer qu'il a couru les Amériques et n'y a trouvé dans les partis cléricaux qu'un nombre infime de partisans de la France? cette calomnie indirecte à l'adresse des catholiques français est précédée de la diatribe rituelle contre « certains » qui « ont une façon particulière d'entendre l'union sacrée ».